Que ressent-on pendant une séance EMDR ?
Par Sarah Rattana
TEMPS DE LECTURE : 9 minutes
Vous envisagez une séance et une question tourne en boucle : qu’est-ce que ça fait, de l’intérieur ? Le ressenti d’une séance EMDR intrigue, parfois inquiète. On imagine des larmes, une perte de contrôle, des souvenirs qui déferlent d’un coup. La réalité est plus douce, plus progressive, et surtout plus encadrée que ce que l’on redoute.
On va décrire ce que traversent la plupart des personnes, minute après minute : l’installation, le choix de la cible, ce qui remonte pendant les séries de stimulation, la palette des sensations possibles, le retour au calme, puis les heures qui suivent. Chaque parcours est unique. Mais il existe des repères communs, et les connaître apaise déjà une bonne partie de l’appréhension.
🛋️ Avant les mouvements : un temps pour se poser
Première surprise pour beaucoup : on ne se jette pas sur le souvenir douloureux dès la porte franchie. Une séance commence par un temps d’installation. On s’assoit, on échange, on souffle. Le praticien vérifie comment vous allez ce jour-là, ce qui a bougé depuis la dernière fois, si le moment est bon pour avancer.
Lors des tout premiers rendez-vous, ce temps est encore plus long. On installe des repères de sécurité : un « lieu sûr » que l’on apprend à convoquer mentalement, des techniques de respiration, un geste d’ancrage. Rien de spectaculaire. Juste de quoi pouvoir revenir au calme si l’émotion monte trop. Ce déroulé s’inscrit dans un cadre précis, le protocole en 8 phases, dont la préparation constitue la deuxième étape.
💡 À retenir : les 8 phases du protocole ne sont pas 8 séances. On peut passer plusieurs rendez-vous sur la seule préparation, avant même de toucher au souvenir. Ce n’est pas du temps perdu : c’est ce qui rend le travail supportable.
Après une séance d’hypnose :
ce qui est normal, ce qui ne l’est pas
Les six réactions les plus fréquentes et leur durée, l’effet rebond décodé, la frontière qui doit vous alerter, et une fiche 48 heures à garder sous la main. Extrait de nos supports de formation.
🎯 Choisir la cible : mettre des mots avant de ressentir
Quand vient le moment de travailler, le praticien vous aide à cerner ce qu’on appelle la cible. Concrètement, il vous demande d’évoquer le souvenir et d’en repérer plusieurs éléments : l’image la plus marquante, la pensée négative qui y est collée (« je suis en danger », « c’est ma faute »), l’émotion qui monte, et l’endroit où ça se loge dans le corps.
À ce stade, on vous demande souvent de noter, de 0 à 10, à quel point ce souvenir vous perturbe ici et maintenant. C’est le SUD (niveau de perturbation subjectif). Ce chiffre n’est pas un jugement : c’est une boussole. On le suivra tout au long de la séance pour voir si la charge descend. Déjà, le fait de nommer les choses produit un léger effet : on prend un peu de distance, on observe le souvenir plutôt que de le subir.
👀 Pendant les séries : ce qui remonte, ce qui se dépose
Voilà le cœur de la séance, la partie que tout le monde imagine. Vous gardez le souvenir en tête pendant que le praticien lance une stimulation bilatérale alternée : ses doigts qui vont et viennent devant vos yeux, une barre lumineuse, de petits boîtiers qui vibrent tour à tour dans chaque main, ou des sons qui passent d’une oreille à l’autre. On procède par courtes séries. Puis on s’arrête, on respire, et le praticien demande simplement : « Qu’est-ce qui vient ? »
Et là, personne ne peut prédire exactement ce qui va se présenter. Chez certains, ce sont des images qui défilent, comme un film qui avance. Chez d’autres, une émotion pointe — de la tristesse, de la colère, un soulagement inattendu. D’autres encore ressentent surtout des sensations physiques : une gorge serrée qui se relâche, une chaleur, un picotement. Parfois, rien de spectaculaire ne se passe, et c’est très bien aussi. Le mécanisme de ce « retraitement » est expliqué dans notre article sur le fonctionnement de l’EMDR.
Ce qui revient chez presque tout le monde : on reste conscient. On n’est pas « endormi », on ne perd pas le contrôle, on n’est pas manipulé. À tout moment, on peut dire « stop ». On garde les yeux ouverts (ou on suit les tapotements). Ce n’est pas de l’hypnose : en EMDR, vous restez le pilote.
Une sensation surprend souvent : entre deux séries, le praticien ne commente pas, ne juge pas, ne cherche pas à « analyser » ce qui remonte. Il vous invite simplement à noter ce qui est venu, puis à repartir. Cette neutreté bienveillante déroute au début, puis rassure : on comprend qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Ce qui vient est ce qui devait venir. Vous n’avez rien à « réussir », juste à laisser le processus se faire.
Accompagner ces sensations sans les précipiter fait partie des réflexes enseignés pendant la formation EMDR certifiante d’Harmonesis.
🌡️ La palette des ressentis possibles
Impossible de dire « vous ressentirez ceci ». Mais on peut cartographier ce qui revient le plus souvent, sur trois plans : le corps, les émotions, la tête. Un même moment peut mêler les trois.
| Plan | Ressentis fréquents pendant la séance |
|---|---|
| Corporel | Chaleur, picotements, bâillements, gorge qui se dénoue, larmes, fatigue, parfois légers tremblements |
| Émotionnel | Tristesse, colère, peur qui monte puis redescend, soulagement, calme inattendu |
| Mental | Images qui défilent, souvenirs associés, prises de conscience, pensées plus apaisées en fin de série |
Un point rassure souvent : ces vagues montent, puis retombent. On ne reste pas bloqué au sommet de l’émotion. Série après série, la plupart des personnes constatent que le souvenir « pique » un peu moins. Le fameux SUD, ce chiffre de 0 à 10, tend à descendre. C’est le signe concret que le travail avance.
⚠️ Et si c’est trop ? La fenêtre de tolérance
La grande crainte, c’est d’être submergé. Elle mérite une réponse claire. Le travail se déroule à l’intérieur de ce qu’on appelle la fenêtre de tolérance : la zone où l’on peut ressentir une émotion sans être ni débordé ni déconnecté. Au-dessus, c’est l’hyper-activation : le cœur s’emballe, la panique menace. En-dessous, c’est la sidération, cette sensation de « ne plus être là ».
Tout le métier du praticien consiste à vous garder dans cette fenêtre. S’il perçoit que ça monte trop, il ralentit, revient au lieu sûr, propose une respiration. Vous-même pouvez lever la main et demander une pause. Aller trop vite ouvrirait une « boîte de Pandore » émotionnelle : c’est justement ce qu’un cadre sérieux cherche à éviter. Pour les réactions qui peuvent survenir, notre article sur les risques et effets secondaires de l’EMDR fait le tour de la question.
⚠️ Précaution : l’EMDR touche à des souvenirs sensibles et ne s’improvise pas seul. Elle complète un suivi médical ou psychologique, elle ne le remplace jamais. Face à un trauma lourd, un deuil, une agression, adressez-vous à un professionnel de santé formé. En cas de détresse, contactez votre médecin ou le 3114, numéro national de prévention du suicide.
🧘 La clôture : revenir au calme avant de repartir
Une séance ne s’arrête pas net sur une émotion vive. La phase de clôture est là pour ça. Que le retraitement soit terminé ou seulement entamé, le praticien vous ramène à un état stable avant de vous laisser partir. On refait un exercice de respiration, on revient au lieu sûr, on rebranche le présent : la pièce, la lumière, l’heure, ce que vous allez faire en sortant.
Beaucoup de personnes ressentent, à ce moment-là, une forme de soulagement, parfois une fatigue franche, comme après un effort physique. On vous rappelle aussi que le cerveau continue de « travailler » après la séance, un peu comme une digestion. C’est normal, et c’est même plutôt bon signe.
🌙 Après la séance : les heures et les jours qui suivent
Le ressenti ne s’arrête pas à la porte du cabinet. Dans les heures qui suivent, certaines personnes se sentent légères, d’autres un peu « dans le coton », émotives ou fatiguées. Il arrive que des rêves plus présents apparaissent la nuit suivante, ou que des souvenirs associés remontent : signe que le retraitement se poursuit. Ces réactions sont généralement passagères.
- Prévoyez, si possible, un moment calme après la séance plutôt qu’une réunion à enchaîner.
- Buvez de l’eau, marchez, laissez les choses se déposer.
- Notez ce qui remonte entre deux rendez-vous : ce sera utile au praticien.
- Si une émotion forte persiste ou vous inquiète, contactez votre praticien sans attendre.
Au fil des séances, le souvenir ciblé tend à perdre de son emprise. On peut y repenser sans que le corps s’emballe. C’est l’objectif, aussi bien pour un psychotraumatisme — l’indication de référence de l’EMDR — que pour un travail sur l’anxiété, où l’approche vient en complément.
🔮 Ce que le ressenti EMDR n’est pas
Beaucoup d’appréhensions viennent d’idées reçues, souvent nourries par des vidéos spectaculaires ou des récits déformés. Les mettre à plat aide à aborder la séance plus sereinement. Voici les confusions les plus fréquentes, et ce qu’il en est vraiment.
| Idée reçue | Ce qu’il en est |
|---|---|
| « On m’endort, je ne me souviendrai de rien » | Vous restez pleinement conscient et vous vous souvenez de la séance. Ce n’est pas de l’hypnose. |
| « Je vais revivre le trauma en entier » | On travaille par petites touches, dans une zone supportable, jamais en immersion totale. |
| « Il faut tout raconter dans le détail » | L’EMDR exige peu de récit verbal : on peut avancer sans dérouler chaque détail à voix haute. |
| « Ça marche du premier coup, comme un déclic » | Le soulagement s’installe le plus souvent progressivement, séance après séance. |
Autre point qui déroute : deux séances ne se ressemblent jamais tout à fait. Un jour, beaucoup de choses remontent ; le lendemain, presque rien, et ce n’est pas un échec. Le cerveau avance à son rythme. Il arrive aussi que des souvenirs qu’on croyait sans lien s’invitent : le praticien les accueille, car ils font partie du même « réseau » de mémoire. Rien de tout cela n’a à être forcé ni contrôlé. Votre seule tâche, pendant les séries, c’est de laisser venir et de dire ce qui se présente, même si ça vous semble insignifiant.
💬 Un témoignage, pour mettre des mots sur le vécu
Rien ne remplace un récit concret. Voici celui d’une personne accompagnée après un accident de la route : son ressenti n’est pas une règle, juste une illustration parmi d’autres.
« Je m’attendais à pleurer tout du long. En vrai, la première séance, on a surtout parlé et fait de la respiration. Quand on a commencé les mouvements, j’ai senti mon ventre se serrer, puis ça s’est relâché. À la fin j’étais vidée, mais soulagée. Le souvenir est toujours là, il ne me coupe plus le souffle. »
Nadia, 38 ans, ancienne assistante commerciale, Toulouse
✅ Le bon réflexe : avant la première séance, dites au praticien ce qui vous inquiète dans le fait de ressentir. Un bon professionnel installe d’abord la sécurité, explique chaque étape et n’attaque jamais le souvenir dès le premier rendez-vous. Vous avez le droit de fixer le rythme.
🎯 En clair : un ressenti qui monte, puis s’apaise
Alors, que ressent-on pendant une séance EMDR ? Un peu tout, et rien d’imposé. On commence par se poser. On nomme le souvenir. On laisse remonter ce qui vient pendant les séries de stimulation — images, émotions, sensations — puis on observe la charge redescendre. On revient au calme avant de partir, et le cerveau continue son travail les jours suivants.
La sensation dominante que rapportent beaucoup de personnes n’est pas la peur de perdre pied, mais la surprise de rester maître du processus. Les émotions traversent, elles ne noient pas. Et c’est précisément parce que le sujet touche à des souvenirs intimes que le cadre du praticien, sa formation et sa manière de sécuriser comptent autant que la technique. L’Inserm rappelle d’ailleurs que les résultats de l’EMDR sur le stress post-traumatique sont comparables à ceux des thérapies cognitivo-comportementales, même si le « pourquoi ça marche » reste discuté.
Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.
À lire aussi : EMDR : que se passe-t-il dans les jours qui suivent une séance ?
FAQ 
Est-ce qu’on pleure forcément pendant une séance EMDR ?
Non. Certaines personnes pleurent, d’autres pas du tout. Les larmes ne sont ni un objectif ni un signe que « ça marche ». Le ressenti varie selon les gens et les séances : images, émotions, sensations corporelles ou parfois presque rien. Toutes ces réactions sont normales, et aucune n’est obligatoire pour que le travail progresse.
Peut-on perdre le contrôle ou être manipulé ?
Non. Contrairement à une idée reçue, l’EMDR n’est pas de l’hypnose. Vous restez conscient, présent, et vous pouvez dire « stop » à tout instant. Le praticien suit votre rythme et vous ramène au calme si l’émotion monte trop. Vous gardez la main du début à la fin de la séance.
Est-ce que ça fait mal ?
Il n’y a pas de douleur physique. En revanche, revisiter un souvenir difficile peut réveiller une émotion inconfortable pendant un moment : gorge serrée, tristesse, tension. Cette vague monte puis retombe, et le travail se déroule dans une zone supportable, la fenêtre de tolérance, que le praticien veille à ne pas dépasser.
Comment se sent-on après la séance ?
Cela dépend. Beaucoup ressentent un soulagement, parfois une fatigue nette, comme après un effort. Il arrive d’être plus émotif quelques heures, ou de faire des rêves plus présents la nuit suivante : signe que le cerveau poursuit le retraitement. Ces effets sont généralement passagers. Prévoyez un moment calme après le rendez-vous.
Ressent-on un soulagement dès la première séance ?
Parfois, mais ce n’est pas la règle. Les premiers rendez-vous servent souvent à préparer et à sécuriser, sans encore toucher au souvenir. Le soulagement s’installe plus généralement au fil des séances, à mesure que la charge du souvenir diminue. Un praticien ne promet jamais de résultat immédiat ni de guérison : il accompagne un processus.

Rédigé par
Sarah Rattana
Responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis · Kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR (AHTMA), elle conçoit et supervise le cursus EMDR d’Harmonesis selon l’approche « Sécurité Intégrative ».