femme les yeux fermés accompagnée par un thérapeute lors d’une séance d’EMDR pour traiter un traumatisme émotionnel.

Comment se déroule une séance d’EMDR ? Les 8 phases expliquées

Comment se déroule concrètement une séance d’EMDR ? Le protocole standard, développé par Francine Shapiro à la fin des années 1980, s’organise en 8 phases précises. Ces 8 phases ne se déroulent pas toutes dans une même séance : les premières (1 à 3) constituent souvent les premières rencontres, la phase 4 occupe le cœur des séances de retraitement, les phases 5 à 8 ferment chaque séance et préparent la suivante. Voici le déroulé détaillé, ce que vit le consultant à chaque étape, ce que fait le praticien, et pourquoi ce protocole produit l’effet thérapeutique observé.

Phases 1 à 3 : la préparation et l’évaluation

Les trois premières phases sont fondamentales : elles construisent le cadre, la sécurité, et identifient ce qui sera retraité. Sans ces phases bien conduites, le travail de désensibilisation ultérieur sera fragile.

Phase 1 : recueil de l’histoire et planification

La première séance (parfois deux) est consacrée au recueil de l’histoire du consultant. Le praticien explore : la demande actuelle, l’histoire personnelle, les événements marquants (positifs et négatifs), les ressources disponibles, les éventuelles contre-indications (troubles psychiatriques décompensés, dissociation sévère, idées suicidaires actives). Cette phase permet d’identifier ensemble les cibles à retraiter et de hiérarchiser le plan thérapeutique. Elle dure typiquement 60 à 90 minutes.

Phase 2 : préparation et installation d’un cadre sécurisant

Le praticien explique en détail comment fonctionne l’EMDR, ce que le consultant peut attendre, et installe des ressources de sécurité avant tout travail de retraitement. La technique du « lieu sûr » est centrale : le consultant est invité à imaginer un endroit (réel ou imaginaire) où il se sent en sécurité totale, et le praticien renforce cette image par quelques séries de stimulations bilatérales. Ce lieu sûr pourra être réactivé en cours de séance si la charge émotionnelle devient trop forte. Cette phase dure 30 à 60 minutes.

Phase 3 : évaluation de la cible

Avant de commencer la désensibilisation proprement dite, le praticien aide le consultant à activer mentalement la cible : l’image la plus représentative du souvenir, la pensée négative associée (« je suis impuissant », « c’est de ma faute »), l’émotion qui surgit, la sensation corporelle, et l’évaluation de la charge émotionnelle (échelle SUD de 0 à 10) ainsi que la cognition positive souhaitée (échelle VOC de 1 à 7). Cette phase dure 15 à 25 minutes.

Phase 4 : la désensibilisation par stimulations bilatérales

C’est le cœur du travail EMDR — la phase la plus connue, la plus identifiable, et celle qui produit l’effet thérapeutique observé. Le consultant tient activée mentalement la cible (image, pensée négative, émotion, sensation corporelle) et le praticien démarre les stimulations bilatérales.

Ces stimulations peuvent prendre trois formes : mouvements oculaires (le consultant suit du regard les doigts du praticien qui se déplacent latéralement à environ 30 cm de son visage), tapotements alternés (sur les mains, les genoux ou les épaules), ou sons alternés (via un casque audio diffusant des bips dans l’oreille gauche puis droite). Les trois modalités produisent des effets comparables ; le choix dépend des préférences du consultant et de l’expertise du praticien.

Une « série » dure typiquement 30 à 60 secondes. À la fin de chaque série, le praticien invite : « Que remarquez-vous maintenant ? » Le consultant rapporte ce qui a émergé — image qui se modifie, pensée nouvelle, émotion qui change, sensation corporelle qui se déplace. Le praticien ajuste la suite (autre série, retour sur cible initiale, exploration d’un nouveau matériel) selon ce qui se présente. Le travail continue jusqu’à ce que la charge émotionnelle (SUD) descende à 0 ou 1 sur 10. Une séance de désensibilisation dure typiquement 30 à 60 minutes.

Phases 5 à 8 : consolidation et clôture

Phase 5 : installation de la cognition positive

Une fois la cible désensibilisée, le praticien aide le consultant à renforcer la cognition positive identifiée en phase 3 (« je suis en sécurité maintenant », « j’ai fait ce que j’ai pu », « je suis capable »). Le consultant tient mentalement l’image cible originale tout en activant la cognition positive. Le praticien réalise quelques séries de stimulations bilatérales jusqu’à ce que l’évaluation VOC monte à 6 ou 7 sur 7. Cette phase dure 10 à 20 minutes.

Phase 6 : scan corporel

Le consultant tient mentalement l’image cible et la cognition positive, et scanne son corps de la tête aux pieds pour repérer toute tension, douleur ou inconfort résiduel. Si quelque chose émerge, le praticien lance des séries supplémentaires de stimulations bilatérales pour le retraiter. L’objectif : que le souvenir cible soit « propre » non seulement sur le plan cognitif et émotionnel, mais aussi corporel. Durée : 5 à 15 minutes.

Phase 7 : clôture

Que le retraitement de la cible soit complet ou non en fin de séance, le praticien clôture en sécurisant le consultant : retour au lieu sûr, ancrage, point sur ce qui s’est passé, instructions pour les jours qui suivent (noter rêves, sensations, pensées qui peuvent émerger). Le consultant doit pouvoir repartir dans un état émotionnel stable, capable de reprendre ses activités quotidiennes. Cette phase est non négociable, même quand le temps presse.

Phase 8 : réévaluation à la séance suivante

La séance suivante commence par une réévaluation : la cible précédente est-elle toujours désensibilisée ? Quelque chose d’autre a-t-il émergé ? Le consultant rapporte ce qu’il a vécu entre les deux séances. Cette phase 8 conclut le cycle de retraitement d’une cible et permet de planifier la suite — passer à une autre cible, approfondir, consolider.

Variantes selon le profil de consultant

Le protocole standard en 8 phases est adapté pour un trauma simple chez un adulte stable. Pour des situations différentes, des protocoles dérivés existent.

  • Protocole enfants : adaptation du langage, recours plus fréquent à des supports concrets (dessin, peluche), durée des séances raccourcie.
  • Protocole traumas complexes (vécu de violences répétées, abus dans l’enfance) : phase de stabilisation plus longue, retraitement par couches successives, supervision plus dense.
  • Protocole de groupe : adapté aux situations d’urgence collective (catastrophes, attentats), permet d’accompagner plusieurs personnes simultanément avec un protocole simplifié.
  • Protocole flash technique : une variante récente pour les premières interventions sur des traumas très récents, sans réactivation complète du souvenir.

Sur la durée moyenne d’un accompagnement EMDR : Combien de séances d’EMDR avant résultats ?

Pourquoi ce protocole fonctionne

Le mécanisme exact reste discuté dans la littérature scientifique, mais plusieurs hypothèses convergent. La principale, formulée par Shapiro elle-même : les stimulations bilatérales réactiveraient le mécanisme naturel de retraitement de l’information (TAI – Treatment of Adaptive Information), un mécanisme proche de celui qui opère pendant le sommeil paradoxal (mouvements oculaires rapides). Un événement traumatique aurait figé ce retraitement, laissant la mémoire « bloquée » avec sa charge émotionnelle initiale ; les stimulations bilatérales débloqueraient le processus.

D’autres hypothèses complémentaires : surcharge de la mémoire de travail (les stimulations bilatérales mobilisent l’attention et « diluent » la charge émotionnelle du souvenir), activation alternée des hémisphères cérébraux, désactivation de l’amygdale par engagement du cortex préfrontal. Le consensus actuel : plusieurs mécanismes coopèrent, et le protocole en 8 phases organise leur mobilisation efficace.

Le cas Harmonesis : la transmission du protocole

La formation EMDR Harmonesis consacre l’essentiel de son temps de présentiel à la maîtrise pratique du protocole en 8 phases. Chaque stagiaire pratique chaque phase en binôme, sous supervision directe d’un formateur qui corrige les ajustements. Le e-learning préparatoire couvre la théorie ; le présentiel forme à la pratique. C’est cette articulation qui rend les diplômés vraiment opérationnels en sortie de cursus. Pour comprendre les enjeux de la modalité présentielle : Formation EMDR en ligne ou présentiel. Pour situer le métier : Devenir praticien EMDR.

Adaptations spécifiques : protocoles dérivés et populations particulières

Le protocole standard en 8 phases se décline en plusieurs variantes pour s’adapter à des situations cliniques particulières. Voici les principales adaptations qu’un praticien EMDR rencontre dans sa pratique.

Le protocole enfants et adolescents

Avec les enfants (à partir de 4-5 ans), le protocole standard est adapté : langage simplifié, recours à des supports concrets (dessins, peluches, marionnettes), durée des séances raccourcie (30-45 min). Les stimulations bilatérales sont souvent réalisées sous forme de tapotements alternés sur les genoux ou les mains plutôt que mouvements oculaires. La présence d’un parent peut être utile lors des premières séances pour sécuriser. L’évaluation SUD est remplacée par une échelle visuelle (échelle des « thermomètres » ou « des nuages »). Pour les adolescents, on revient progressivement vers le protocole adulte.

Le protocole pour traumas complexes

Pour les traumas complexes (vécu de violences répétées, abus dans l’enfance, traumas développementaux), le protocole standard demande des aménagements substantiels : phase 2 (préparation et stabilisation) fortement allongée — parfois plusieurs mois — avant tout retraitement, installation préalable de multiples ressources internes, retraitement par couches successives plutôt que sur cibles isolées, supervision dense. Ce travail est généralement long (12-24 mois minimum) et demande une expérience clinique solide.

Le protocole de groupe (EMDR-IGTP)

Le EMDR Integrative Group Treatment Protocol (EMDR-IGTP) a été développé pour les situations d’urgence collective : catastrophes naturelles, attentats, conflits, accidents collectifs. Il permet d’accompagner simultanément 5 à 20 personnes avec un protocole simplifié centré sur la phase 4 (désensibilisation). Chaque participant travaille sur son propre matériel via un support visuel (le « papillon » : auto-tapotements alternés). Pratiqué par les Cellules d’urgence médico-psychologique (CUMP) et les ONG humanitaires.

Le protocole « Flash Technique »

Variante récente développée par Philip Manfield, le Flash Technique permet une intervention sur des traumas très récents (24-72h) sans réactivation complète du souvenir. Le consultant pense très brièvement à la cible, puis cligne rapidement des yeux 3 fois. Le travail se fait sans visualisation détaillée, ce qui réduit la charge émotionnelle de la séance. Particulièrement utile pour les premières interventions post-événement (urgences).

Variations selon les supports de stimulation

Au-delà des mouvements oculaires classiques, plusieurs supports sont utilisés. Les tapotements bilatéraux (sur mains, genoux ou épaules) conviennent bien aux enfants et aux personnes ayant des problèmes oculaires. Les stimulations auditives (sons alternés via casque) facilitent les séances en visioconférence quand le présentiel n’est pas possible. Les dispositifs vibrants (boitiers tenus dans les mains) offrent une alternative discrète, parfois préférée par certains consultants. Les trois modalités produisent des effets cliniques comparables ; le choix se fait selon la préférence du consultant et l’expertise du praticien.

Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.