L’EMDR est-elle dangereuse ? Risques et effets secondaires

On lit tout et son contraire sur le sujet. Alors posons la question franchement : l’EMDR est-elle dangereuse ? Faut-il redouter des effets secondaires, une réaction émotionnelle qui déborde, un souvenir qui remonte trop fort ? Vous hésitez à vous lancer, et c’est une bonne chose d’y réfléchir avant.

La vérité est nuancée. L’EMDR n’est pas une thérapie anodine, elle touche à des souvenirs sensibles. Mais bien encadrée, elle est considérée comme sûre. Tout se joue dans le « bien encadrée ». On vous explique ce qui est normal, ce qui doit alerter, et pourquoi le cadre du praticien change tout.

🧠 D’où viennent les effets ressentis

Pour comprendre les effets secondaires, il faut comprendre ce que fait l’EMDR. Un souvenir traumatique reste « mal rangé » dans le cerveau, stocké avec sa charge émotionnelle brute. La stimulation bilatérale alternée (mouvements oculaires, tapotements, sons alternés gauche-droite) accompagne le cerveau pour retraiter ce souvenir et en réduire la charge.

Or retraiter un souvenir douloureux, ça remue. Pendant une séance, le cerveau travaille énormément. On revisite l’événement, les émotions montent, le corps réagit. Ce n’est pas un effet indésirable : c’est le mécanisme même de la thérapie. Le retraitement passe par un contact bref avec la charge émotionnelle, pour mieux la digérer ensuite.

D’où l’importance de distinguer deux choses : les réactions normales, qui font partie du processus, et les signaux qui, eux, méritent qu’on ralentisse ou qu’on consulte.

Autre repère utile : l’EMDR ne crée pas de faux souvenirs et ne fait pas « disparaître » le passé. Elle ne vous prive pas de votre libre arbitre non plus, contrairement à une croyance tenace. Vous restez conscient, présent, acteur de la séance. Ce qui change, c’est la façon dont un souvenir est stocké, pas le souvenir lui-même. On se rappelle toujours l’événement, mais il cesse peu à peu de faire mal comme avant.

😴 Ce qui est normal après une séance

La plupart des effets ressentis sont passagers et bénins. Ils traduisent le travail en cours, pas un problème. Voici ce que rapportent souvent les personnes accompagnées.

  • Une fatigue marquée, parfois dès la sortie de séance : le cerveau a beaucoup traité.
  • Des maux de tête, des vertiges légers ou des tensions musculaires passagères.
  • Une sensibilité émotionnelle plus grande dans les heures ou jours qui suivent : on pleure plus facilement, on est à fleur de peau.
  • Des rêves intenses ou un sommeil un peu agité, le temps que le retraitement se poursuive.
  • Le sentiment que « ça continue de travailler » entre deux rendez-vous. C’est attendu.

Ces manifestations s’estompent généralement en quelques heures à quelques jours. Un bon praticien vous en prévient à l’avance et vous donne des outils pour vous apaiser d’ici la séance suivante : respiration, ancrage, retour à un « lieu sûr » intérieur.

Un mot sur l’intensité, aussi. Toutes les séances ne se ressemblent pas. Certaines sont calmes, presque anodines. D’autres remuent davantage, selon la cible travaillée ce jour-là. Cette variabilité est normale, elle ne présage rien de mauvais. Ce qui compte, c’est de retrouver son calme avant de quitter le cabinet : une séance bien menée se clôt toujours par un temps de retour à la stabilité, on ne vous laisse pas repartir en pleine tempête émotionnelle.

💡 À retenir : ressentir de la fatigue ou de l’émotion après une séance n’est pas un signe que « ça a mal tourné ». C’est souvent le signe que le retraitement est en cours. Le corps évacue, puis se stabilise.

⚡ L’abréaction, cette réaction qui impressionne

Le mot fait peur, mais il désigne une réalité simple. Une abréaction, c’est une décharge émotionnelle intense pendant la séance : pleurs, tremblements, sensation de revivre l’événement, réactions corporelles fortes. Cela peut survenir quand on approche le cœur du souvenir.

Est-ce dangereux ? Non, à condition d’être accompagné par un praticien formé. L’abréaction fait partie du possible en EMDR. Le rôle du praticien est justement de la contenir : rester présent, sécuriser, ramener la personne dans sa fenêtre de tolérance, cette zone où l’on peut ressentir sans être submergé ni sidéré. C’est tout l’art du dosage.

Le vrai risque n’est pas l’abréaction en elle-même. C’est d’être face à quelqu’un qui ne sait pas la gérer, ou qui va trop vite. Aller au trauma sans stabilisation préalable, c’est ouvrir une « boîte de Pandore » émotionnelle. D’où l’insistance des praticiens sérieux sur la préparation.

La gestion de ces réactions s’apprend : elle occupe une place centrale dans la formation EMDR certifiante d’Harmonesis.

⚠️ Ce qui doit vous alerter

Certaines réactions, plus rares, ne relèvent plus du « normal ». Elles ne signifient pas forcément un danger grave, mais elles imposent de faire le point avec votre praticien et, si besoin, avec un médecin.

  • Une détresse qui persiste plusieurs jours sans redescendre, au lieu de s’apaiser.
  • Des reviviscences envahissantes, des cauchemars qui s’aggravent nettement.
  • Un sentiment de déconnexion, d’irréalité, de « ne plus être là » (dissociation) qui dure.
  • Des idées noires, un mal-être profond : dans ce cas, contactez sans attendre un professionnel de santé ou le 3114 (numéro national de prévention du suicide).

⚠️ Précaution : l’EMDR ne convient pas à tout le monde ni à tout moment. En cas de trouble psychiatrique instable, de dissociation sévère ou de traumatisme complexe, elle peut être trop brutale si elle est mal cadrée : le risque, rare, est celui d’une retraumatisation. Elle complète un suivi médical, ne le remplace jamais. Un bilan préalable avec un praticien formé est indispensable.

🛋️ Pourquoi le cadre du praticien protège

Voilà le point central. La sécurité de l’EMDR ne tient pas à la technique seule, elle tient à la manière dont elle est conduite. Un cadre solide transforme un moment potentiellement déstabilisant en travail thérapeutique maîtrisé.

C’est le sens de l’approche « Sécurité Intégrative » enseignée chez Harmonesis : la sécurité se travaille à chaque étape, avant même d’aborder le trauma. On installe d’abord des techniques de régulation, on repère les signaux de dissociation, on progresse graduellement. Concrètement, une méthode en « 3 rendez-vous minimum » précède tout retraitement.

  1. Rendez-vous 1 : anamnèse, on comprend l’histoire et on repère les fragilités.
  2. Rendez-vous 2 : explication et stabilisation. On n’avance pas tant que la personne n’est pas prête.
  3. Rendez-vous 3 et suivants : retraitement, seulement si la stabilité est là.

Ce n’est pas de la lenteur pour la lenteur. C’est ce qui évite les débordements. L’INSERM le souligne : l’EMDR doit être pratiquée par des professionnels formés (psychothérapeutes, psychiatres, psychologues), et les programmes non encadrés qui l’imitent exposent à de vrais risques de manipulation ou de préjudice. Le danger, quand il existe, vient rarement de la méthode : il vient du manque de cadre.

Réaction normale (attendue)Signal à surveiller
Fatigue, maux de tête passagersDétresse qui persiste plusieurs jours
Émotivité accrue pendant 1 à 3 joursCauchemars ou reviviscences qui s’aggravent
Abréaction contenue en séanceSensation de déconnexion durable (dissociation)
Rêves intenses, « ça continue de travailler »Idées noires : contacter un pro ou le 3114
EMDR : distinguer le normal du signal d’alerte

🎯 Les profils qui appellent une vigilance accrue

L’EMDR n’est pas contre-indiquée pour tout le monde, loin de là. Mais certaines situations demandent une prudence renforcée, parfois un report, toujours un travail préparatoire plus long. Ce n’est pas un refus, c’est une adaptation du cadre.

  • Traumatismes complexes (violences répétées, trauma d’enfance) : l’EMDR, souvent pensée pour un choc unique, peut être trop brutale si on saute la stabilisation. Le retraitement se fait alors très progressivement.
  • Tendance à la dissociation : il faut d’abord renforcer l’ancrage et la capacité à rester présent avant tout travail sur le trauma.
  • Trouble psychiatrique en phase instable : on stabilise d’abord, en lien avec le médecin ou le psychiatre référent.
  • Grossesse, certaines pathologies : on en parle au préalable, l’accompagnement s’ajuste au cas par cas.

Dans tous ces cas, la règle est la même : on n’accède au trauma que si la personne est prête. C’est précisément ce filtre qui protège. Un praticien qui prend le temps d’évaluer, de préparer, de doser, réduit le risque à peu de chose. Un praticien pressé, ou insuffisamment formé, l’augmente. La différence ne tient pas à la technique, elle tient au discernement.

💬 Un témoignage pour dédramatiser

« À la première vraie séance de retraitement, j’ai fondu en larmes, mon corps tremblait. Sur le moment, j’ai eu peur. Mais la praticienne est restée calme, elle m’a ramenée à ma respiration, et c’est passé. Le soir, j’étais lessivée, j’ai dormi douze heures. Le lendemain, le souvenir pesait déjà un peu moins lourd. »

Karim, 41 ans, ancien chauffeur-livreur, Lille

Ce récit résume bien l’affaire : une réaction forte, impressionnante, mais contenue par le cadre, suivie d’une fatigue attendue et d’un mieux progressif. Rien d’anodin, rien de dangereux non plus, parce que tout s’est passé dans un espace sécurisé.

Il faut aussi rappeler l’autre versant du sujet. À force de parler des risques, on oublierait presque le bénéfice attendu. Pour l’état de stress post-traumatique, l’EMDR est l’une des thérapies les mieux validées, recommandée par l’OMS et la HAS. Autrement dit, le rapport entre le risque et le bénéfice penche nettement du bon côté quand la méthode est employée dans son indication de référence et par quelqu’un de formé. La question n’est donc pas tant « est-ce dangereux ? » que « avec qui, et dans quelles conditions ? ».

✅ Le bon réflexe avant de commencer

Réduire les risques de l’EMDR, c’est surtout bien choisir avec qui on la fait, et dans quelles conditions. Quelques repères concrets.

  • Vérifiez la formation du praticien et sa manière de travailler la sécurité en amont.
  • Signalez tout suivi médical ou psychiatrique en cours : l’EMDR s’y articule, elle ne s’y substitue pas.
  • Attendez-vous à des séances de préparation avant le retraitement. C’est bon signe, pas une perte de temps.
  • Osez dire quand c’est trop. Un bon praticien ajuste le rythme, il ne force jamais.

✅ Le bon réflexe : une séance qui remue n’est pas une séance qui rate. Prévoyez du temps calme après, hydratez-vous, évitez les décisions lourdes le jour même. Et gardez le contact avec votre praticien entre les rendez-vous si besoin.

Pour aller plus loin, voyez à quoi ressemble concrètement le déroulement d’une séance EMDR en 8 phases, et quelles sont les indications validées et contre-indications de la méthode. Si votre motivation première est l’anxiété, notre article sur l’EMDR pour l’anxiété et les troubles anxieux précise ce qu’on peut en attendre. Pour l’indication la mieux reconnue, lisez l’EMDR et le stress post-traumatique. Et si la peur est ciblée sur un objet précis, notre dossier EMDR et phobies montre le travail de désensibilisation.

Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.

À lire aussi : Abréaction en EMDR : que se passe-t-il quand l’émotion déborde, et que fait le praticien ?

Sarah Rattana, responsable pédagogique EMDR

Rédigé par

Sarah Rattana

Responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis · Kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR (AHTMA), elle conçoit et supervise le cursus EMDR d’Harmonesis selon l’approche « Sécurité Intégrative ».