EMDR pour l’anxiété et les troubles anxieux
Par Sarah Rattana
TEMPS DE LECTURE : 9 minutes
Le cœur qui s’emballe pour un rien, l’esprit qui tourne en boucle, cette boule au ventre qui s’installe le dimanche soir et ne repart plus vraiment. L’anxiété, quand elle déborde, use. Et beaucoup de personnes qui l’ont apprivoisée par la respiration ou les médicaments cherchent autre chose : un travail sur la racine, pas seulement sur le symptôme. C’est là qu’on entend souvent parler d’EMDR pour l’anxiété.
Alors, cette thérapie des mouvements oculaires, née pour le psychotraumatisme, peut-elle vraiment apaiser une anxiété du quotidien ? Oui, dans certains cas, et à certaines conditions. Voyons ce qu’elle peut apporter, comment se déroule le travail, et surtout où sont ses limites — parce qu’il y en a.
🌀 L’anxiété, cette alarme qui ne s’éteint plus
L’anxiété n’est pas une faiblesse de caractère. C’est un système d’alarme, très utile à la base : il vous prépare à réagir face au danger. Le problème commence quand l’alarme se déclenche sans danger réel, trop fort, trop souvent, et qu’elle refuse de s’éteindre. On parle alors de trouble anxieux quand cet état devient envahissant et handicape la vie de tous les jours.
Et ce n’est pas rare. Selon l’Inserm, près de 21 % des adultes connaîtront un trouble anxieux au cours de leur vie, avec une fréquence deux fois plus élevée chez les femmes. En 2021, Santé publique France estimait qu’environ 12,5 % des 18-85 ans présentaient un état anxieux marqué (Bulletin épidémiologique hebdomadaire, Santé publique France). Autrement dit : vous n’êtes pas seul, et ce n’est pas « dans votre tête » au sens péjoratif.
Les troubles anxieux forment une famille : trouble anxieux généralisé (l’inquiétude permanente), trouble panique, phobies spécifiques, anxiété sociale, agoraphobie. Chacun a sa couleur, mais tous partagent un point commun : le cerveau maintient un niveau d’alerte disproportionné.
- Sur le corps : cœur rapide, souffle court, tensions, troubles du sommeil, fatigue.
- Sur les pensées : ruminations, anticipation du pire, difficulté à « couper ».
- Sur les comportements : évitement, contrôle permanent, besoin d’être rassuré.
🧠 Pourquoi l’EMDR s’intéresse à l’anxiété
L’EMDR (pour Eye Movement Desensitization and Reprocessing, désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires) a été créée à la fin des années 1980 par Francine Shapiro. Son terrain de référence, celui où les preuves sont les plus solides, c’est le psychotraumatisme. Mais son modèle explique aussi pourquoi elle s’invite du côté de l’anxiété.
L’idée de départ : certains souvenirs difficiles restent « mal rangés » dans le cerveau, stockés avec leur charge émotionnelle brute. Une humiliation en classe, un accident, un climat familial tendu, une première crise de panique dans le métro… Ces expériences peuvent laisser une empreinte qui alimente l’anxiété d’aujourd’hui. Le modèle du Traitement Adaptatif de l’Information (TAI) postule que le cerveau sait naturellement « digérer » les événements, mais qu’il se bloque parfois.
La stimulation bilatérale alternée — les mouvements oculaires guidés, mais aussi des tapotements ou des sons alternés gauche-droite — accompagne le cerveau pour reprendre ce travail de retraitement. La charge émotionnelle du souvenir baisse. Et quand le déclencheur perd de sa force, l’anxiété qui en découle peut se desserrer.
💡 À retenir : l’EMDR ne cherche pas à « vous détendre » sur le moment, comme le ferait une relaxation. Elle vise à retraiter les expériences qui nourrissent l’anxiété, pour que les déclencheurs cessent de faire sonner l’alarme aussi fort.
⚖️ Ce que l’EMDR peut — et ne peut pas — face à l’anxiété
Soyons clairs, car sur ce sujet l’honnêteté vaut mieux que la promesse. L’indication la mieux validée de l’EMDR reste l’état de stress post-traumatique : elle est recommandée par l’OMS depuis 2013 et par la Haute Autorité de Santé pour ce trouble précis. Pour l’anxiété « tout venant », le niveau de preuve est plus modeste. On parle d’un usage complémentaire, prometteur mais moins établi.
| Ce que l’EMDR peut aider à faire | Ce qu’elle ne fait pas |
|---|---|
| Réduire la charge d’un souvenir déclencheur | Guérir instantanément un trouble anxieux |
| Apaiser une anxiété enracinée dans un vécu précis | Remplacer un suivi médical ou psychiatrique |
| Diminuer l’évitement et l’anticipation du pire | Supprimer toute anxiété (elle a une fonction utile) |
| Compléter une TCC ou un traitement en cours | Poser un diagnostic ou arrêter un traitement |
⚠️ Précaution : une anxiété qui dure, un trouble panique, une dépression associée ou des idées noires relèvent d’un avis médical. L’EMDR peut accompagner ce parcours, jamais le remplacer. En cas de détresse, parlez-en à votre médecin ou appelez le 3114 (numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24h/24).
🛋️ Comment se déroule un travail EMDR sur l’anxiété
Contrairement à ce qu’on imagine, on ne « plonge » pas dans le souvenir dès la première séance. Un accompagnement sérieux suit le protocole en 8 phases de Shapiro, et la sécurité passe toujours avant le retraitement. Les 8 phases ne sont d’ailleurs pas 8 séances : un travail va de 3-4 à une vingtaine de rendez-vous selon l’histoire de chacun.
Les grandes étapes, simplement
- Histoire et repérage : le praticien comprend votre anxiété, ses déclencheurs, son ancienneté.
- Préparation et stabilisation : on installe des outils de régulation (respiration, ancrage, « lieu sûr ») avant tout.
- Évaluation de la cible : image, cognition négative, émotions, niveau de perturbation (SUD de 0 à 10).
- Désensibilisation : le retraitement lui-même, par séries de stimulations bilatérales.
- Installation, scanner corporel, clôture, réévaluation : on ancre une pensée plus juste, on vérifie le corps, on referme proprement.
Chez Harmonesis, cette prudence porte un nom : la Sécurité Intégrative. La règle des « 3 RDV minimum » en découle : anamnèse, puis stabilisation, et on n’aborde le retraitement qu’une fois la personne prête. Aller trop vite avec quelqu’un d’anxieux, c’est risquer d’ouvrir une « boîte de Pandore » émotionnelle. La notion de fenêtre de tolérance guide tout : rester dans la zone où l’on peut ressentir sans être débordé.
« Je vivais avec une boule au ventre permanente depuis des années. On a commencé par des exercices de respiration, ça m’a rassurée de ne pas foncer tout de suite. Au bout de quelques séances sur un vieux souvenir de collège, j’ai senti que le sujet me touchait moins. Je suis toujours quelqu’un de sensible, mais je respire mieux. »
Nadia, 38 ans, ancienne assistante de direction, Rennes
📊 EMDR ou TCC pour l’anxiété ?
C’est la question qui revient le plus. Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) sont la référence historique pour les troubles anxieux, et l’Inserm les cite en première ligne. L’EMDR ne les remplace pas : elle propose un autre chemin, parfois complémentaire. Voici les grandes différences.
| Critère | EMDR | TCC |
|---|---|---|
| Porte d’entrée | Le souvenir, l’émotion, le corps | Les pensées et les comportements |
| Travail principal | Retraiter ce qui alimente l’anxiété | Modifier les schémas et s’exposer |
| « Devoirs » entre séances | Peu ou pas | Souvent (exercices, exposition) |
| Preuve pour l’anxiété | Complémentaire, prometteuse | Solidement établie |
En pratique, beaucoup de praticiens combinent les deux, ou orientent selon le profil. Si votre anxiété semble reliée à un événement précis, l’EMDR a du sens. Si elle est diffuse et nourrie par des schémas de pensée, une TCC peut être plus directe. Pour creuser, notre article EMDR et stress post-traumatique détaille le terrain où les preuves sont les plus fortes.
🎯 Pour qui ? Indications et prudence
L’EMDR peut être une piste intéressante pour une anxiété reliée à un vécu identifiable, quand les approches purement relaxantes n’ont pas suffi. Elle s’intègre bien dans un parcours déjà encadré médicalement. Mais elle ne convient pas à tout le monde, ni à n’importe quel moment.
- Anxiété liée à un ou plusieurs événements marquants du passé.
- Trouble panique ou phobies, souvent en complément d’un autre suivi.
- Personne stabilisée, capable de tolérer un travail émotionnel.
À l’inverse, certaines situations demandent une extrême prudence, voire une contre-indication temporaire : état dissociatif important, épisode psychotique, crise suicidaire, instabilité majeure. Un praticien formé sait repérer ces signaux et différer le retraitement. Ce n’est pas un détail : c’est le cœur d’une pratique responsable. Notre article sur les attaques de panique aborde ce cadre de près.
⏱️ Combien de séances, à quel rythme ?
Impossible de donner un chiffre unique, et méfiez-vous de qui vous promet « trois séances » chrono. Pour une anxiété liée à un événement isolé, quelques séances peuvent suffire. Pour une anxiété ancienne, tissée à toute une histoire, comptez davantage — parfois une quinzaine, étalées sur plusieurs mois. Le rythme est en général hebdomadaire ou bimensuel au début.
Ce qui compte n’est pas la vitesse, mais la qualité de la stabilisation. Une personne bien préparée avance plus sereinement qu’une personne qu’on a poussée trop tôt vers le souvenir. Pour comprendre le déroulé complet, voyez notre article dédié à la désensibilisation des phobies, qui repose sur la même mécanique.
Entre deux rendez-vous, il arrive que des choses bougent : des rêves, des souvenirs qui remontent, une émotion qui refait surface. C’est normal, le cerveau continue de retraiter en coulisses. Un bon praticien vous prévient et vous donne des outils pour traverser ces moments : revenir au lieu sûr, respirer, noter ce qui vient. Rien de tout cela ne doit vous laisser seul face à une vague trop forte ; c’est justement le rôle du cadre.
🧩 Anxiété généralisée, phobie, panique : l’EMDR s’adapte
Tous les troubles anxieux ne se travaillent pas de la même façon. L’EMDR n’applique pas une recette unique : elle s’ajuste à ce que vous vivez, à la manière dont l’anxiété s’est installée, aux déclencheurs que vous rencontrez. Voici comment elle se décline selon les grandes formes.
Le trouble anxieux généralisé
Ici l’inquiétude est diffuse, presque permanente. Elle ne se rattache pas toujours à un événement unique. Le travail EMDR va souvent chercher des « premières fois » : les moments où le sentiment d’insécurité s’est ancré. On retraite ces scènes fondatrices, une à une, pour desserrer la toile de fond. C’est un travail patient, rarement express.
Les phobies et le trouble panique
Quand l’anxiété se cristallise sur un objet (un animal, l’avion, la foule) ou sur la peur de la crise elle-même, la cible est plus nette. On identifie le déclencheur, le premier épisode marquant, puis on retraite. Beaucoup de personnes décrivent alors une baisse de l’anticipation : la peur d’avoir peur perd du terrain. Notre article sur les phobies et l’EMDR détaille cette mécanique de désensibilisation.
Dans tous les cas, le principe reste le même : on ne force rien, on avance au rythme de votre système nerveux. Et l’on garde toujours en tête que l’EMDR agit sur la charge émotionnelle, pas sur la logique de vos pensées — c’est là que la complémentarité avec d’autres approches prend tout son sens.
💬 Idées reçues sur l’EMDR et l’anxiété
Quelques croyances tenaces circulent. Mettons-les au clair, sans les caricaturer.
- « L’EMDR efface les mauvais souvenirs. » Non. Le souvenir reste, mais il perd sa charge émotionnelle envahissante. Vous vous souvenez, sans être submergé.
- « C’est de l’hypnose. » Non plus. L’EMDR n’est ni de l’hypnose, ni de la sophrologie, ni de l’EFT. Vous restez conscient et acteur, les yeux ouverts, en lien avec le praticien.
- « Une séance suffit pour une anxiété ancienne. » Rarement. Une anxiété installée depuis des années demande du temps et de la stabilisation.
- « Il faut avoir vécu un gros trauma. » Pas forcément. De petits événements répétés (un climat scolaire, familial) peuvent suffire à nourrir une anxiété durable.
Derrière ces mises au point, une idée simple : l’EMDR est un outil précis, pas une baguette magique. Bien utilisée, dans un cadre sécurisé, elle peut réellement alléger le poids de l’anxiété. Mal comprise, elle déçoit ceux qui en attendaient un miracle.
✅ Le bon réflexe avant de se lancer
L’EMDR touche à des zones sensibles. Le choix du praticien fait une vraie différence. Prenez le temps de vérifier sa formation, sa manière de cadrer, sa capacité à ralentir si besoin. Un bon praticien ne vous précipite jamais.
✅ Le bon réflexe : avant une première séance, gardez votre suivi médical en place, posez des questions sur le cadre (stabilisation, nombre de séances estimé, que faire si ça déborde), et vérifiez que le praticien vous oriente vers un médecin dès que le sujet devient médical. Un cadre clair, c’est déjà rassurant.
Enfin, gardez en tête que l’anxiété n’est pas un ennemi à éradiquer. L’objectif d’un travail EMDR, c’est de faire redescendre l’alarme à un niveau vivable, pas de vous transformer en personne sans émotion. Retrouver de la marge, respirer un peu plus large, oser ce qu’on évitait : c’est souvent ça, un bon résultat. Pour aller plus loin sur le fonctionnement général, notre article de référence sur l’EMDR pose toutes les bases.
Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.
FAQ 
L’EMDR est-elle efficace contre l’anxiété ?
L’EMDR peut aider à réduire une anxiété reliée à des souvenirs ou événements précis, souvent en complément d’un autre suivi. Son niveau de preuve le plus solide concerne le stress post-traumatique ; pour l’anxiété en général, elle reste une approche complémentaire prometteuse, sans promesse de guérison.
Combien de séances d’EMDR faut-il pour l’anxiété ?
Cela dépend de l’ancienneté et de la complexité. Une anxiété liée à un événement isolé peut demander quelques séances, tandis qu’une anxiété ancienne en nécessite souvent une quinzaine, étalées sur plusieurs mois. Un praticien sérieux ne promet jamais un nombre fixe à l’avance.
EMDR ou TCC pour un trouble anxieux ?
Les TCC sont la référence historique pour les troubles anxieux et sont solidement validées. L’EMDR propose un autre chemin, centré sur le retraitement des souvenirs, parfois complémentaire. Le choix dépend de votre profil ; un professionnel de santé peut vous aider à trancher.
L’EMDR peut-elle aggraver l’anxiété ?
Un travail mené trop vite, sans stabilisation, peut réveiller des émotions fortes. C’est pourquoi un praticien formé installe d’abord des outils de régulation et respecte votre fenêtre de tolérance. Bien encadrée, l’EMDR reste une approche progressive et sécurisée.
Peut-on faire de l’EMDR en cas d’anxiété si l’on prend un traitement ?
Oui, l’EMDR peut s’intégrer à un parcours déjà encadré médicalement, sans remplacer votre traitement. N’arrêtez jamais un médicament de vous-même : parlez-en à votre médecin, et informez le praticien de votre suivi en cours.

Rédigé par
Sarah Rattana
Responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis · Kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR (AHTMA), elle conçoit et supervise le cursus EMDR d’Harmonesis selon l’approche « Sécurité Intégrative ».