femme les yeux fermés accompagnée par un thérapeute lors d’une séance d’EMDR pour traiter un traumatisme émotionnel.

EMDR : que se passe-t-il dans les jours qui suivent une séance ?

💡 En bref : dans les 24 à 72 heures qui suivent une séance EMDR, le cerveau continue de trier ce qui a été réactivé : fatigue, émotions qui remontent, rêves plus vifs, souvenirs associés. Ces réactions sont attendues et passent en général avant J+7. Chez Harmonesis, le praticien les annonce en fin de séance, remet un carnet de suivi entre deux rendez-vous et reste joignable si quelque chose déborde.

La question m’est posée à chaque session de niveau 1, et souvent par les stagiaires eux-mêmes après leur première pratique en binôme : « J’ai dormi douze heures, c’est normal ? » Oui. Ce que je vais décrire ici, c’est ce que j’observe en supervision depuis que j’ai conçu le carnet de suivi que nos praticiens remettent à leurs consultants. Une séance EMDR ne s’arrête pas quand vous quittez le cabinet. Elle continue, à bas bruit, pendant plusieurs jours.

Que se passe-t-il le soir même, à J0 ?

Le soir même, la réaction la plus fréquente est une fatigue lourde, parfois accompagnée d’une sensation de vide ou de flottement. Vous avez maintenu pendant quarante minutes une double attention, une part de vous sur un souvenir difficile, l’autre sur le mouvement des doigts du praticien. C’est un effort réel, comparable à celui d’un long entretien d’embauche. Certaines personnes ont faim, d’autres ont froid, beaucoup veulent simplement du silence.

Notre manuel de niveau 1 demande au praticien d’anticiper cet entre-séance avant de vous laisser partir, avec une formulation que nos stagiaires apprennent mot pour mot : « Pendant la séance, nous avons réactivé des souvenirs et des émotions. Il est possible que votre esprit continue à traiter ces informations dans les jours à venir. » Si votre praticien ne vous l’a pas dit, la surprise est plus rude. Mais la réaction, elle, reste la même.

  • Évitez de conduire longtemps ou de prendre une décision importante dans les deux heures qui suivent.
  • Prévoyez une soirée calme : peu d’écrans, pas de conversation difficile, un repas simple.
  • Notez, avant de dormir, le dernier élément présent : une image, une pensée, une sensation. Vous le relirez avec un autre regard.
  • Si vous avez un lieu sûr ou un contenant installés en phase 2, utilisez-les avant de vous coucher.

Pourquoi les émotions remontent-elles entre J+1 et J+3 ?

Entre le lendemain et le troisième jour, il est courant que des émotions remontent sans prévenir : une bouffée de tristesse dans le métro, une irritabilité inhabituelle, des larmes devant une scène anodine. Le modèle du traitement adaptatif de l’information, que nous enseignons dès le premier jour du niveau 1, l’explique simplement : la séance a remis en mouvement un réseau de souvenirs figé, et le cerveau poursuit le tri sans vous demander votre avis. Le cahier de pratique Harmonesis le dit avec des mots choisis pour le consultant : l’EMDR « peut faire remonter des émotions, des sensations corporelles, des rêves… C’est souvent le signe que le processus est en cours, même entre les séances. »

Ce qui surprend le plus, ce sont les souvenirs associés. Vous avez travaillé sur un accident de voiture, et c’est une dispute d’enfance qui revient le mardi. Rien d’anormal : les souvenirs sont reliés en chaînes, par une émotion ou une sensation commune, et le retraitement tire sur un fil. Le praticien vous demandera en phase 8, au début de la séance suivante, ce qui est apparu. Ces éléments deviennent parfois de nouvelles cibles, parfois ils s’intègrent seuls.

✅ Le bon réflexe : Observez sans analyser. C’est la consigne exacte de notre guide de conduite de séance pour l’entre-séance : « Observer sans analyser, noter si utile, utiliser les ressources, suivre le plan de contact prévu. » Ruminer un souvenir revenu, c’est le retravailler sans cadre.

Les rêves sont-ils plus intenses après une séance EMDR ?

Oui, chez une bonne partie des consultants, les rêves deviennent plus vifs, plus narratifs, parfois plus étranges pendant deux ou trois nuits. Ils reprennent rarement le souvenir travaillé tel quel ; ils le transposent. Une personne qui a retraité un licenciement brutal rêvera d’une maison qu’on lui retire, ou d’un train qu’elle rate. Je le vois comme la continuation nocturne du tri commencé en séance, et la ressemblance avec le sommeil paradoxal n’est pas un hasard : c’est l’une des hypothèses les plus discutées pour expliquer l’effet des stimulations bilatérales.

Le sommeil lui-même peut être modifié dans les deux sens. Certains dorment plus et mieux dès la première nuit. D’autres se réveillent à 4 h avec le cœur qui bat. Le cahier de pratique propose une case à cocher pour chacun de ces cas, sans hiérarchie : « Mon sommeil a changé (mieux / moins bien) ». Ce qui compte, c’est la tendance sur la semaine, pas la première nuit.

Quand l’effet de la séance se stabilise-t-il ?

Entre J+4 et J+7, la plupart des personnes décrivent un retour au calme, avec parfois une impression nouvelle : le souvenir est toujours là, mais il a perdu de son relief. On y pense sans que le corps se serre. C’est ce que mesure le praticien à la séance suivante en reprenant le SUD, l’échelle de perturbation de 0 à 10, sur la même cible. Un score qui est resté bas pendant une semaine vaut plus qu’un score descendu à 0 dans l’euphorie de la fin de séance.

L’effet différé existe aussi. Il arrive qu’une séance paraisse « ratée », sans mouvement visible, et que le changement apparaisse dix jours plus tard, dans une situation qui déclenchait auparavant une réaction disproportionnée. Notre guide de conduite de séance rappelle que la phase 8 « n’est pas une formalité » et que la décision de poursuivre « repose sur l’état actuel, pas sur le score inscrit à la séance précédente ». C’est aussi pour cela qu’on espace les séances d’une semaine en phase active : le cerveau a besoin de ce temps.

Réaction normale ou signe d’alerte : comment faire la différence ?

La frontière tient à trois critères : l’intensité, la durée et votre capacité à fonctionner. Une émotion forte qui passe en une heure est une réaction attendue. Une détresse qui vous empêche de travailler trois jours de suite ne l’est pas. Voici la grille que je donne à nos stagiaires pour qu’ils la transmettent à leurs consultants.

Ce que vous vivezRéaction attendueSigne qui invite à rappeler le praticien
FatigueLourde le soir même, disparaît en 1 à 2 joursÉpuisement qui persiste au-delà d’une semaine
ÉmotionsBouffées de tristesse ou d’irritabilité, brèves, entre J+1 et J+3Détresse continue, incapacité à travailler ou à s’occuper des enfants
SouvenirsUn ou deux souvenirs associés qui reviennent puis s’éloignentFlashbacks répétés, impression de revivre la scène en boucle
SommeilRêves plus vifs, nuits plus courtes ou plus longues pendant 2 à 3 nuitsInsomnie totale plusieurs nuits, cauchemars qui réveillent chaque nuit
CorpsTensions, maux de tête légers, appétit modifiéDouleurs inhabituelles, vertiges persistants, malaise
IdéesPensées en boucle sur le sujet travaillé, qui s’espacentIdées noires, envie de disparaître : appelez le 3114

⚠️ Précaution : Si des idées noires apparaissent, même passagères, elles priment sur tout le reste : contactez votre praticien et appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et ouvert 24 h/24. L’EMDR accompagne ; elle ne remplace ni un médecin ni un psychiatre.

Que demande le cahier de pratique Harmonesis de noter entre deux séances ?

Quand j’ai conçu le carnet de suivi que nos praticiens remettent à leurs consultants, je voulais un outil qui ne transforme pas la semaine en devoir. Il tient en une page par séance, avec des cases à cocher et deux lignes libres. Le consultant le remplit « quand il en ressent le besoin », et ce qu’il y écrit peut être partagé en séance ou gardé pour lui. Voici ce qu’il contient.

  1. Mon état général depuis la dernière séance : plus apaisé, anxiété en hausse, plus d’émotions que d’habitude, moments de vide, sommeil modifié, souvenirs revenus.
  2. Rêves, souvenirs ou images marquantes, en deux lignes, sans interprétation.
  3. Réactions physiques ou émotionnelles : fatigue inhabituelle, tensions, larmes ou irritabilité, besoin d’isolement.
  4. Déclencheurs ou événements importants : un événement m’a-t-il bousculé, et quelle réaction cela a-t-il provoqué ?
  5. Ce qui m’a fait du bien : respiration, ancrage, temps calme, créativité, soutien d’un proche.
  6. Ce que je souhaite aborder à la prochaine séance.

Ce carnet sert au praticien autant qu’au consultant. En phase 8, il permet de reprendre le fil sans reconstruire la semaine de mémoire, et il rend visible l’évolution sur dix séances : la case « plus apaisé » cochée quatre fois de suite dit quelque chose qu’aucun score isolé ne dit. En supervision, je demande toujours à nos praticiens ce que le carnet leur a appris. La réponse la plus fréquente : « Que le changement se passe surtout entre les séances. »

Que faire, concrètement, pendant cette semaine ?

Le cahier de pratique résume l’attitude attendue en cinq gestes simples : dormir suffisamment, limiter les surstimulations (informations, réseaux sociaux, stress), pratiquer les exercices de stabilisation appris en séance, parler à une personne de confiance, s’offrir des temps de calme et de respiration. Rien de spectaculaire. Le piège inverse, c’est de vouloir accélérer : enchaîner deux séances dans la semaine, ou s’imposer des vidéos de « stimulation bilatérale » trouvées en ligne pour « finir le travail ». On ne finit rien ainsi ; on rouvre sans cadre. Si le sujet vous tente, lisez d’abord ce que nous écrivons sur l’EMDR pratiquée seul et ses limites.

Une précision que je donne à chaque promotion : la semaine qui suit n’a pas la même couleur selon la place de la séance dans le parcours. Après les deux premiers rendez-vous, consacrés à l’anamnèse et à la stabilisation, il ne se passe en général pas grand-chose, et c’est voulu. Les réactions décrites ici concernent les séances de retraitement, à partir du troisième rendez-vous au plus tôt, quand la personne est prête. Ce que vous ressentez pendant la séance elle-même fait l’objet d’un autre article.

Comment une consultante a-t-elle vécu sa première semaine ?

« Le soir, j’ai dormi comme une pierre. Le surlendemain, j’ai pleuré dans ma voiture sans raison, et j’ai failli annuler la suite. J’ai relu la page du carnet, la case “J’ai ressenti plus d’émotions que d’habitude” était là, cochable. Ça m’a suffi pour attendre le rendez-vous suivant. »

Nadia, 44 ans, responsable de rayon, Lille

Comment les praticiens apprennent-ils à accompagner l’entre-séance ?

Chez Harmonesis, la clôture et la réévaluation ne sont pas des phases secondaires. Dans notre formation EMDR en 6 jours (148 heures avec les 100 heures de mise en situation professionnelle, 2 500 €), les stagiaires pratiquent la phase 7 dès le troisième jour du niveau 1 : annoncer la fin, contenir ce qui reste, donner les consignes d’entre-séance, noter le point de reprise. Le guide de conduite de séance qu’ils reçoivent liste cette « trace minimale obligatoire » : dernière image, pensée, émotion, sensation, SUD et état de sortie.

Au niveau 2, on ajoute le repérage des consultants pour qui l’entre-séance risque d’être trop remuant, et pour qui l’on ralentit avant même de commencer : c’est la logique de la Sécurité Intégrative et de la règle des trois rendez-vous minimum. Les 8 phases du protocole sont détaillées dans notre guide, et la question du nombre de séances dans un article dédié. Les réactions décrites ici sont attendues et transitoires ; leur absence ne signifie pas que la séance a échoué, leur présence ne signifie pas qu’elle a mal tourné.

Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.

Sarah Rattana, responsable pédagogique EMDR

Rédigé par

Sarah Rattana

Responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis · Kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR (AHTMA), elle conçoit et supervise le cursus EMDR d’Harmonesis selon l’approche « Sécurité Intégrative ».