Guide 05 — Technique

Les 8 phases du protocole EMDR.

Le protocole standard de Francine Shapiro tient en huit phases. C’est la colonne vertébrale du métier de praticien EMDR — et aussi ce qui distingue une formation sérieuse d’un module rapide qui n’en couvre que la moitié. Voici les huit, expliquées une à une.

16 min de lecture Mis à jour le 18 mai 2026 Niveau : intermédiaire
Formation au protocole EMDR à 8 phases de Francine Shapiro — pratique encadrée
1987
Découverte par F. Shapiro
8
Phases du protocole standard
3
Temporalités : passé, présent, futur
SUD
Subjective Units of Distress

Francine Shapiro a passé vingt-cinq ans à structurer le protocole EMDR. Ce qui a commencé comme une observation fortuite dans un parc californien en 1987 est devenu, en 1995, un protocole rigoureux exposé dans son ouvrage Eye Movement Desensitization and Reprocessing: Basic Principles, Protocols and Procedures. Depuis, le « protocole standard à 8 phases » est l’épine dorsale de l’EMDR moderne. Aucun raccourci, aucune phase optionnelle.

Origine et logique du protocole

Le protocole repose sur le modèle du Traitement Adaptatif de l’Information (TAI). Postulat central : le cerveau humain dispose d’un système inné de traitement des informations qui, en temps normal, intègre les expériences difficiles de manière adaptative. Lors d’un traumatisme, ce système peut se bloquer. Les huit phases ont une seule finalité : réactiver ce système pour que le cerveau termine son travail.

La structure générale du protocole se déroule en trois temps logiques :

  • Préparation (phases 1 et 2) : connaître l’histoire, sécuriser, outiller.
  • Cœur du retraitement (phases 3 à 6) : cibler, désensibiliser, installer, scanner.
  • Sécurisation et suivi (phases 7 et 8) : clôturer, réévaluer.
Principe fondamental

Les 8 phases ne sont pas optionnelles. Une « formation EMDR » qui n’en enseigne que 4 ou 5 (typiquement les phases 3 à 6, le « cœur visible » du protocole) forme à une technique tronquée. C’est la phase 2 (préparation) et les phases 7-8 (clôture, réévaluation) qui sécurisent la pratique.

Phase 1 — Recueil d’informations et plan de ciblage

Cette première phase pose les fondations du travail thérapeutique. Le praticien recueille des informations précises sur le problème, son contexte, ses déclencheurs, et construit une feuille de route structurée.

Objectifs

  • Comprendre les raisons de la consultation : difficultés actuelles, intensité, fréquence, contexte.
  • Explorer le vécu du client : événements passés, déclencheurs présents, anticipations futures.
  • Poser les bases du plan de ciblage : chronologie des événements à retraiter.
  • Établir une alliance thérapeutique solide.

Le triptyque passé / présent / futur

Le plan de ciblage est structuré autour de trois axes :

  • Présent : situations actuelles qui déclenchent des réactions émotionnelles disproportionnées.
  • Passé : souvenirs sources non traités qui alimentent les déclencheurs actuels. Le praticien utilise des techniques comme le Floatback ou le Pont d’affect pour remonter à ces souvenirs.
  • Futur : scénarios futurs où le client pourra réagir de manière adaptée — préparés par visualisation positive.

Phase 2 — Préparation

Cette phase prépare le client au processus EMDR. Le praticien explique la méthode, installe les outils de régulation émotionnelle, et établit les signaux de sécurité. C’est la phase la plus négligée par les formations rapides — et la plus importante pour la sécurité du client.

Les éléments à mettre en place

Le cadre thérapeutique

Durée et fréquence des séances, prix, conditions d’annulation, modalités d’arrêt du traitement, consentement éclairé écrit ou oral.

La compréhension du traumatisme et du modèle TAI

Le client comprend ce qu’est un traumatisme « bloqué » et pourquoi l’EMDR peut aider à le débloquer. Métaphores utiles : la digestion (« comme le corps digère les aliments, le cerveau digère les expériences »), la bibliothèque, le fichier informatique corrompu.

Le signal STOP

Un geste convenu (lever la main) que le client peut utiliser à tout moment pour interrompre une série. Engagement explicite du praticien à respecter ce signal sans discussion.

Le test des stimulations bilatérales

Vérification des contre-indications visuelles, articulaires, neurologiques. Choix entre stimulation visuelle, kinesthésique ou auditive selon le confort et les contraintes du client.

La création du lieu sûr

Espace mental apaisant que le client peut activer en cas de surcharge émotionnelle. Visualisé sensoriellement (vue, son, odeur, sensation, goût), ancré par un mot-clé et installé avec des stimulations bilatérales courtes.

Les outils de stabilisation émotionnelle

Cohérence cardiaque 365, respiration carrée, métaphore du contenant, flot de lumière, exercice 5-4-3-2-1 d’ancrage sensoriel. Ces outils doivent être maîtrisés avant tout retraitement.

Phase 3 — Évaluation

Le praticien et le client sélectionnent ensemble un souvenir cible à retraiter et l’évaluent précisément. Cette phase prépare la « porte d’entrée » du cerveau dans le souvenir.

Les six éléments à identifier

  1. L’image mentale la plus représentative du souvenir cible.
  2. La croyance négative sur soi associée à ce souvenir (ex : « Je suis incapable », « Je suis en danger »).
  3. La croyance positive souhaitée (ex : « Je suis compétent », « Je suis en sécurité maintenant »).
  4. La validité de la croyance positive (échelle VoC, Validity of Cognition, de 1 à 7).
  5. Les émotions actuelles ressenties à l’évocation du souvenir.
  6. Le niveau de détresse (échelle SUD, Subjective Units of Distress, de 0 à 10) et les sensations corporelles associées.

L’évaluation rigoureuse de ces six éléments est ce qui permet ensuite de mesurer objectivement le travail accompli. Le succès d’une séance n’est pas une impression — c’est une variation de SUD et de VoC mesurée.

Phase 4 — Désensibilisation

Cœur visible du protocole. Le praticien conduit des séries de stimulations bilatérales alternées pour aider le cerveau à retraiter le souvenir. Le SUD doit descendre vers 0.

Le déroulé d’une série

  • Le client tient mentalement l’image, la croyance négative et les sensations corporelles.
  • Le praticien lance une série de 24 à 30 allers-retours visuels (rythme adapté à la fenêtre de tolérance).
  • Pause. « Que remarquez-vous maintenant ? » Le client rapporte une image, une pensée, une émotion, une sensation.
  • Le praticien guide : « Restez avec ça » et relance une nouvelle série.
  • Le processus continue par associations libres jusqu’à ce que le SUD baisse, idéalement à 0.
Compétence clé du praticien

Pendant cette phase, le praticien lit en continu les micro-signaux somatiques du client (respiration, tremblements, microexpressions, tonus musculaire) pour décider de ralentir, d’ajuster, ou d’opérer un tissage cognitif (intervention verbale brève qui réoriente le traitement). C’est ce qui sépare un praticien EMDR d’un opérateur qui « fait défiler des doigts ».

Phase 5 — Installation de la cognition positive

Une fois le souvenir désensibilisé (SUD = 0 ou résiduel), le praticien installe la croyance positive identifiée en phase 3. Les stimulations bilatérales sont utilisées pour ancrer cette nouvelle perception dans le système mnésique.

Objectif : faire monter la VoC (Validity of Cognition) à 7. Le client doit pouvoir dire « Je suis compétent » (ou la croyance positive choisie) en s’y reconnaissant vraiment, pas en récitant un slogan. Si la VoC ne monte pas, le praticien revient sur ce qui bloque encore — souvent un fragment de souvenir non retraité.

La phase 5 du protocole standard travaille aussi sur les déclencheurs du présent et l’anticipation du futur. C’est le triptyque temporel complet qui rend l’EMDR durable.

Phase 6 — Scan corporel

Le client est invité à scanner mentalement son corps de la tête aux pieds, en tenant simultanément le souvenir cible et la croyance positive. Toute sensation corporelle résiduelle (tension, gêne, douleur) est traitée par des séries supplémentaires de stimulations bilatérales jusqu’à ce qu’elle disparaisse ou devienne neutre.

Cette phase est essentielle parce que les souvenirs traumatiques s’inscrivent dans le corps autant que dans la mémoire narrative. Un retraitement « cognitif » sans scan corporel laisse souvent des résidus somatiques qui peuvent se réactiver plus tard.

Phase 7 — Clôture de séance

Quel que soit l’état d’avancement du retraitement, la séance se termine par une clôture sécurisée. Le praticien s’assure que le client est dans un état de stabilité émotionnelle suffisant avant de le laisser partir.

Trois types de clôture

  • Clôture après retraitement complet (SUD = 0, VoC = 7, scan corporel propre) : retour au lieu sûr, débriefing court.
  • Clôture après retraitement partiel : technique de stabilisation prolongée, métaphore du contenant pour « déposer » ce qui n’est pas terminé, vérification que le client peut rentrer chez lui en sécurité.
  • Clôture d’urgence (abréaction non résolue, dépersonnalisation) : protocole renforcé d’ancrage, contact d’un référent médical si nécessaire, instruction explicite de ne pas conduire seul.

Le praticien donne aussi des consignes pour l’entre-séances : tenir un journal des émotions, des rêves, des sensations corporelles, des éventuels déclencheurs. Ce matériel servira à la phase 8.

Phase 8 — Réévaluation

Au début de chaque nouvelle séance, le praticien réévalue le travail accompli. Cette phase ne dure que 5 à 10 minutes mais structure la cohérence du parcours.

Questions clés

  • Le souvenir cible précédent est-il toujours apaisé (SUD = 0) ?
  • De nouveaux souvenirs ou déclencheurs sont-ils apparus depuis ?
  • Le client a-t-il remarqué des changements concrets dans son quotidien (sommeil, relations, réactions émotionnelles) ?
  • Y a-t-il des fragments du souvenir précédent qui demandent un travail complémentaire ?

La phase 8 ferme la boucle. Sans elle, le praticien navigue à vue. Avec elle, chaque séance s’inscrit dans une trajectoire claire et mesurable.

Les huit phases ne sont pas un menu où l’on pioche selon le confort. C’est une partition qui se joue dans l’ordre, du début à la fin. Ce qui distingue un praticien EMDR sérieux d’un improvisateur, c’est sa fidélité au protocole. — Équipe pédagogique Harmonesis
Praticienne EMDR conduisant une séance
Les 8 phases sont enseignées en présentiel chez Harmonesis sur 6 jours (niveau 1 + niveau 2), avec pratique encadrée à chaque étape.

FAQ

Toutes les phases sont-elles abordées à chaque séance ?

Non. Les phases 1 et 2 (anamnèse, préparation) occupent 1 à 4 premières séances complètes. Ensuite, chaque séance « cœur » se concentre sur les phases 3 à 7 sur un souvenir cible. La phase 8 ouvre chaque séance suivante. C’est cyclique, pas linéaire.

Combien de séances pour un travail complet ?

Pour un trauma de type I (événement unique) chez un client stabilisé : 5 à 10 séances suffisent souvent. Pour un trauma complexe ou des souvenirs cumulés : 20 à 60 séances étalées sur 12 à 24 mois. La variabilité tient au profil, pas à la méthode.

Que se passe-t-il si un retraitement « bloque » en phase 4 ?

Plusieurs stratégies : changer le canal de stimulation bilatérale, opérer un tissage cognitif (intervention verbale ciblée), remonter à un souvenir plus ancien via le pont d’affect, ou choisir de clôturer et reprendre la session suivante. Les blocages sont normaux et font partie du protocole.

L’échelle SUD est-elle vraiment fiable ?

Oui, malgré sa simplicité apparente. Le client est le seul juge légitime de son niveau de détresse. La SUD est utilisée depuis les années 1960 en thérapie comportementale. Sa sensibilité aux variations est la base de l’évaluation EMDR.

Y a-t-il des protocoles dérivés du protocole standard ?

Oui. Protocoles spécifiques pour enfants, deuils complexes, addictions, douleur chronique, performance sportive, etc. Tous sont des variantes adaptées du protocole 8 phases. La maîtrise du standard est le prérequis pour aborder les protocoles spécifiques en formation continue.

Le praticien suit-il un script précis ?

À chaque phase, oui — des formulations standardisées existent (« Que remarquez-vous maintenant ? », « Restez avec ça », « Sur une échelle de 0 à 10… »). Mais à l’intérieur de la phase 4 (désensibilisation), le praticien suit le client. C’est la singularité de l’EMDR : un protocole strict avec une grande liberté à l’intérieur.

Pour aller plus loin sur le protocole

Les ressources ci-dessous permettent d’approfondir la compréhension du protocole standard à 8 phases.

Maîtrisez les 8 phases avec Harmonesis

Notre cursus complet (niveau 1 + niveau 2, 6 jours présentiels) couvre l’intégralité du protocole standard, avec pratique encadrée à chaque phase et supervision post-formation.