
Cognitions négatives et positives en EMDR : la liste, les familles et comment les choisir en séance
Par Sarah Rattana
TEMPS DE LECTURE : 9 minutes
💡 En bref : en EMDR, la cognition négative est la phrase sur soi, au présent, que réveille un souvenir (« je suis en danger ») ; la cognition positive est celle que la personne voudrait croire à la place (« je suis en sécurité maintenant »). On les classe en 3 familles : responsabilité, sécurité, contrôle. Elles se choisissent en phase 3, et la cognition positive se mesure sur l’échelle VOC, de 1 à 7.
Au niveau 1, la phase 3 est celle où les stagiaires calent le plus. Pas sur les mouvements oculaires : sur une phrase. « Je me sens triste », propose le binôme. Le stagiaire note. Et je dois intervenir : ce n’est pas une cognition, c’est une émotion. J’ai fini par construire une liste de travail, que je vous livre ici, avec la mise en garde que je répète à chaque session : une liste sert à comprendre, jamais à souffler la réponse au consultant.
Qu’est-ce qu’une cognition négative en EMDR ?
C’est une croyance sur soi, formulée au présent, qui reste collée à un souvenir non traité. Elle ne décrit pas ce qui s’est passé ; elle dit ce que la personne a conclu d’elle-même et continue de croire quand le souvenir revient. Notre manuel EMDR niveau 1 la nomme « cognition limitante » et donne la question qui permet de la faire émerger : « à l’époque, quel type de pensée cela vous a-t-il poussé à avoir à propos de vous-même, et qui résonne encore aujourd’hui ? Je suis… »
Le manuel ajoute qu’elle agit comme « un filtre cognitif négatif qui ancre le client dans une perception figée de lui-même ». Une femme humiliée devant sa classe à neuf ans sait très bien, à quarante ans, qu’elle n’est pas stupide. Mais quand son responsable lève un sourcil en réunion, c’est « je suis nulle » qui s’allume, avec la chaleur dans les joues. Le souvenir fonctionne comme s’il était encore en cours. C’est cette phrase que l’EMDR vient assouplir.
- Elle commence par « je » et parle de soi, pas de l’autre.
- Elle est au présent : ce que la personne croit maintenant, en pensant à la scène.
- Elle est générale et identitaire (« je suis », « je ne peux pas »), pas descriptive.
- Elle résonne : quand la personne la prononce, quelque chose bouge dans le corps.
Quelles sont les 3 familles de cognitions ?
Francine Shapiro, qui a créé l’EMDR, a regroupé les cognitions en grands thèmes que l’on retrouve dans la plupart des manuels. Nous en enseignons trois, parce que ce sont aussi les trois thèmes figés que l’on rencontre quand le retraitement bloque. Notre guide de conduite de séance classe d’ailleurs les tissages selon ces mêmes axes : sécurité, responsabilité, contrôle.
- Responsabilité. La personne se croit défectueuse ou coupable : « je suis nul », « c’est de ma faute ». Deux nuances : ce que je suis, et ce que j’ai fait.
- Sécurité et vulnérabilité. La personne se sent en danger ou fragile : « je vais mourir », « je ne peux faire confiance à personne ».
- Contrôle et choix. La personne se sent impuissante ou prise dans une exigence : « je suis impuissant », « je dois être parfait », « je ne peux pas le supporter ».
Repérer la famille aide le praticien à écouter. Une personne qui revient sans cesse sur « ce qu’elle aurait dû faire » est dans la responsabilité, même si elle parle de peur. Une autre qui décrit un accident de voiture en insistant sur la perte de contrôle est souvent dans la troisième famille, même si la question de la sécurité paraît évidente.
Quelle liste de cognitions négatives et positives utiliser en EMDR ?
Ce tableau reprend les formulations que nous utilisons comme repères en formation. Chaque cognition positive répond à la négative de la même ligne. En séance, la phrase exacte vient toujours de la personne.
| Famille | Cognition négative | Cognition positive |
|---|---|---|
| Responsabilité (être) | Je suis nul(le) | Je suis capable |
| Responsabilité (être) | Je ne vaux rien | J’ai de la valeur |
| Responsabilité (être) | Je ne mérite pas d’être aimé(e) | Je mérite d’être aimé(e) |
| Responsabilité (être) | Je suis mauvais(e) | Je suis quelqu’un de bien |
| Responsabilité (être) | Je n’ai pas ma place | J’ai ma place |
| Responsabilité (être) | Je ne compte pas | J’ai de l’importance |
| Responsabilité (faire) | C’est de ma faute | J’ai fait ce que je pouvais |
| Responsabilité (faire) | J’aurais dû faire quelque chose | J’ai fait de mon mieux avec ce que je savais |
| Responsabilité (faire) | Je suis honteux(se) | Je mérite le respect |
| Sécurité | Je suis en danger | Je suis en sécurité maintenant |
| Sécurité | Je vais mourir | C’est fini, je suis en vie |
| Sécurité | Je ne peux faire confiance à personne | Je peux choisir à qui faire confiance |
| Sécurité | Je ne peux pas me protéger | Je peux me protéger aujourd’hui |
| Sécurité | Je ne peux pas montrer ce que je ressens | Je peux exprimer ce que je ressens |
| Sécurité | Je suis vulnérable | Je peux prendre soin de moi |
| Contrôle | Je suis impuissant(e) | J’ai des choix maintenant |
| Contrôle | Je ne contrôle rien | Je contrôle ce qui dépend de moi |
| Contrôle | Je dois être parfait(e) | J’ai le droit de me tromper |
| Contrôle | Je ne peux pas le supporter | Je peux le traverser |
| Contrôle | Je suis faible | Je suis assez fort(e) |
Comment formuler une bonne cognition positive ?
Une cognition positive se formule en « je », au présent, en termes positifs, et elle doit rester crédible pour la personne au moment où elle la choisit. Notre guide de conduite de séance pose un contrôle qualité en une ligne : « La cognition positive n’est ni une injonction ni une formule choisie par le praticien. » Quatre règles en découlent.
- Dire ce que l’on veut. « Je ne suis plus en danger » garde le mot danger au centre. « Je suis en sécurité maintenant » le remplace.
- Rester dans le possible. « Je contrôle tout » est aussi faux que « je ne contrôle rien ». « Je contrôle ce qui dépend de moi » tient la route.
- Parler de soi. « Il ne me fera plus de mal » dépend de l’autre. « Je peux me protéger » dépend de la personne.
- Garder le lien avec la scène. La phrase répond au souvenir travaillé, pas à la vie en général. Elle sera mesurée avec la cible en tête.
Au moment de la phase 3, la cognition positive paraît souvent peu vraie : un VOC de 2 ou 3 sur 7 est courant, et c’est normal. Si la personne répond 1, la phrase est probablement trop loin ; on cherche une marche intermédiaire, comme « je peux apprendre à me faire confiance ». Le lien entre cognition et mesure est détaillé dans notre article sur les échelles SUD et VOC.
⚠️ Précaution : Proposer une liste au consultant avant qu’il ait cherché ses propres mots fausse la phase 3. Notre guide est net : ne pas proposer une phrase avant d’avoir exploré les mots de la personne. La liste reste dans le carnet du praticien, en dernier recours.
Quels pièges éviter au moment de la phase 3 ?
| Ce que dit la personne | Pourquoi ce n’est pas une cognition | Relance possible |
|---|---|---|
| « J’ai peur » | C’est une émotion | « Et quand vous avez peur, qu’est-ce que ça dit de vous ? » |
| « Il m’a trahie » | C’est un fait, et il parle de l’autre | « Qu’est-ce que cette trahison vous fait croire sur vous ? » |
| « C’était horrible » | C’est une description | « Quel est le pire, pour vous, aujourd’hui ? » |
| « Je voudrais ne plus souffrir » | C’est un souhait | « Quand vous revoyez la scène, vous vous dites : je suis… ? » |
Le piège le plus courant, en supervision, reste la confusion entre émotion et cognition. Le second est plus subtil : le praticien reformule avec ses propres mots, par gentillesse. La personne dit « je suis bête » et le praticien note « je manque de confiance en moi ». La phrase est plus douce, mais elle n’est plus la sienne, et le retraitement perd son accroche.
Que faire si la personne ne trouve aucune cognition ?
D’abord, revenir à la scène. Notre guide propose deux relances simples : « Qu’est-ce que cela dit de vous ? » ou « Quel est le pire dans cette scène pour vous aujourd’hui ? » Souvent, cela suffit. Si rien ne vient, le praticien repère la famille la plus probable et pose une question ouverte dans ce registre, sans suggérer la phrase.
Au niveau 2, les stagiaires apprennent la flèche descendante, issue des thérapies cognitives. Le manuel EMDR niveau 2 d’Harmonesis la décrit comme une façon de « remonter le fil d’une pensée automatique pour en dévoiler la croyance noyau sous-jacente ». À partir de « je ne suis pas à la hauteur », on demande : « Et si c’était vrai, qu’est-ce que cela signifierait pour vous ? », puis on descend d’un palier à chaque réponse. La méthode est présentée avec les autres protocoles avancés du niveau 2.
Et parfois, la cognition ne vient pas parce que la personne n’est pas prête. Un souvenir très ancien, préverbal, ou une activation trop forte rendent la phase 3 impossible à remplir honnêtement. Notre guide prévient qu’un ciblage complété par suggestion fragilise tout le retraitement. Mieux vaut ralentir que cocher des cases.
Comment la cognition positive évolue-t-elle pendant la séance ?
Elle bouge, et c’est prévu. En phase 5, une fois le SUD descendu à 0 ou 1, le praticien demande si la phrase choisie en phase 3 est toujours la plus juste. Une meilleure formulation émerge parfois : « je suis en sécurité maintenant » devient « je sais me protéger ». On garde alors la nouvelle, qui vient de la personne, et on l’installe par des stimulations jusqu’à ce que le VOC se stabilise.
Notre guide ajoute une nuance que j’aime beaucoup : « Un VOC de 6 peut être acceptable si la personne estime qu’il ne peut pas augmenter davantage et qu’aucun obstacle clinique ne reste actif. » Une cognition positive n’est pas un slogan à croire à cent pour cent. C’est une phrase qui redevient possible. Le déroulé complet figure dans notre article sur les 8 phases d’une séance.
Que racontent les praticiens qui ont appris à laisser chercher ?
« En phase 3, ma consultante répétait je suis trop sensible. J’avais envie de corriger. Je l’ai laissée chercher, et c’est sorti : je ne compte pas. Tout son visage a changé. La cognition positive, elle l’a trouvée seule en fin de séance. »
Karim, 39 ans, ancien éducateur spécialisé, Toulouse
Où apprend-on à choisir les cognitions avec justesse ?
Cela ne s’apprend pas dans un tableau. Dans la formation EMDR Harmonesis, la phase 3 est pratiquée en binôme dès le deuxième jour du niveau 1, avec les sept composantes de la cible dans l’ordre : image, cognition négative, cognition positive, VOC, émotion, SUD, localisation corporelle. Les 100 heures de mise en situation professionnelle servent à roder ce moment jusqu’à ce qu’il devienne naturel, et l’évaluation continue du niveau 2 le regarde de près.
Le cursus compte 6 jours de cours en présentiel et 148 heures au total, pour 2 500 €. Pour une vue d’ensemble du protocole, notre guide des 8 phases de Francine Shapiro reste la meilleure porte d’entrée.
Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.
FAQ 
Quelle est la différence entre cognition négative et émotion ?
Une émotion se ressent : peur, honte, colère, tristesse. Une cognition négative est une croyance sur soi, formulée en phrase, comme « je suis en danger » ou « je ne vaux rien ». En phase 3, le praticien recueille les deux séparément, car la cognition sert de fil au retraitement et l’émotion aide à mesurer le SUD. Une personne qui répond « j’ai peur » est invitée à dire ce que cette peur lui fait croire d’elle-même.
Pourquoi la cognition doit-elle commencer par « je » ?
Parce que l’EMDR travaille sur ce que la personne a conclu d’elle-même à partir d’un événement. Une phrase sur l’autre, comme « il est dangereux », décrit une réalité extérieure que le retraitement ne change pas. Une phrase en « je », comme « je ne peux pas me protéger », touche la croyance qui entretient la réaction. C’est elle qui peut évoluer au fil des séries.
Peut-on utiliser une liste de cognitions pendant la séance ?
Le praticien peut s’en servir comme repère, mais seulement après que la personne a cherché ses propres mots. Proposer une phrase trop tôt revient à choisir à sa place et affaiblit le retraitement. La liste aide surtout en formation, pour comprendre les trois familles. En séance, la formulation retenue est toujours celle du consultant.
Combien de cognitions négatives choisit-on par cible ?
Une seule, la plus chargée pour la personne au moment présent. Si plusieurs phrases viennent, le praticien demande laquelle résonne le plus quand elle pense à la scène. Les autres peuvent être notées dans le plan de ciblage pour une séance ultérieure. Garder une seule cognition rend la phase 4 plus lisible.
Et si la cognition positive paraît complètement fausse ?
Un VOC de 1 indique que la phrase est trop éloignée pour servir de point d’appui. On cherche alors une formulation intermédiaire, plus accessible, par exemple « je peux apprendre à me faire confiance » au lieu de « j’ai confiance en moi ». La cognition positive doit être souhaitable et un peu crédible. Elle gagne en force pendant l’installation, en phase 5.
La cognition positive peut-elle changer en cours de séance ?
Oui, c’est même fréquent. Après la désensibilisation, le praticien vérifie si la phrase choisie en phase 3 est toujours la plus juste. Une formulation plus précise émerge parfois spontanément, et c’est elle que l’on installe. Elle doit venir de la personne et rester reliée à la cible travaillée.
À quelle famille appartient « c’est de ma faute » ?
Elle appartient à la famille de la responsabilité, dans sa forme liée à l’action : ce que la personne pense avoir mal fait ou pas fait. Elle se distingue des cognitions d’identité comme « je suis mauvais ». Une cognition positive possible est « j’ai fait ce que je pouvais avec ce que je savais ». Quand elle résiste, un praticien formé peut utiliser un tissage sur la responsabilité réelle à l’époque des faits.
Les enfants ont-ils aussi des cognitions en EMDR ?
Oui, mais on les recueille avec des mots simples, parfois par le dessin ou par un personnage. Les très jeunes enfants n’accèdent pas toujours à une phrase sur eux-mêmes, et le praticien adapte alors le protocole. Les échelles sont souvent remplacées par des supports visuels, comme l’écart entre les mains. Ce travail demande une formation spécifique et l’accord des parents.

Rédigé par
Sarah Rattana
Responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis · Kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR (AHTMA), elle conçoit et supervise le cursus EMDR d’Harmonesis selon l’approche « Sécurité Intégrative ».