Femme submergée par un traumatisme émotionnel cherchant à retrouver équilibre et apaisement

Échelles SUD et VOC en EMDR : à quoi elles servent et comment les utiliser sans les subir

💡 En bref : en EMDR, l’échelle SUD mesure de 0 à 10 la perturbation ressentie en pensant à la cible ; l’échelle VOC mesure de 1 à 7 à quel point la cognition positive paraît vraie. On les prend en phase 3 comme point de départ, puis le SUD guide la désensibilisation, avec un objectif de 0 ou 1, et le VOC guide l’installation. Ce sont des repères subjectifs, pas des notes.

En fin de première journée du niveau 1, je demande aux stagiaires ce qu’ils ont trouvé le plus difficile. La réponse la plus fréquente me surprend encore. Ce n’est ni le souvenir, ni les mouvements oculaires. C’est de poser un chiffre. « À combien, de 0 à 10 ? » Dit trop vite, ça sonne comme un questionnaire de satisfaction. Dit juste, ça devient un repère pour le consultant autant que pour le praticien. Voici comment on s’en sert sans les subir.

À quoi sert l’échelle SUD en EMDR ?

Le SUD mesure l’intensité de la perturbation, ici et maintenant, quand la personne pense à la cible. Le sigle vient de l’anglais Subjective Units of Disturbance, unités subjectives de perturbation. L’échelle a été proposée par le psychiatre Joseph Wolpe, pionnier des thérapies comportementales, sur 100 points à l’origine ; l’EMDR l’utilise sur 10. Notre manuel EMDR niveau 1 donne la formulation exacte : « sur une échelle de 0 à 10, où 0 signifie l’émotion a totalement disparu et 10 elle est à son intensité maximale, où situez-vous l’intensité de cette émotion en ce moment ? »

Le chiffre n’a de valeur que pour la personne qui le donne. Un 6 chez l’une n’est pas un 6 chez l’autre. Ce qui compte, c’est la trajectoire : un 8 qui devient 5 puis 2 au fil des séries raconte que le traitement avance. Le manuel le résume ainsi : le SUD permet « de quantifier l’évolution de l’intensité émotionnelle, d’identifier les moments de stagnation ou de libération et d’ajuster le protocole si nécessaire ».

Le manuel précise aussi le moment et le geste. La question arrive après la cible, la cognition négative et l’émotion, « en guidant votre attention vers votre corps ». Dans la fiche de pratique, la consigne au stagiaire est de la poser « en enchaînant et en montrant le corps du client ». Le chiffre ne se calcule pas dans la tête. Il se lit dans la gorge serrée, le ventre noué, les épaules qui montent. Un SUD donné en regardant le plafond, après réflexion, mesure souvent autre chose.

À quoi sert l’échelle VOC ?

Le VOC mesure à quel point la cognition positive paraît vraie, ressentie de l’intérieur, de 1, « je n’y crois pas du tout », à 7, « j’adhère complètement ». VOC signifie Validity Of Cognition, validité de la cognition ; l’échelle a été introduite par Francine Shapiro avec le protocole EMDR, à la fin des années 1980. La question du manuel associe toujours la scène et la phrase : en répétant « je suis… », « à quel point cela vous semble-t-il crédible actuellement ? »

On cherche une réponse ressentie, pas un raisonnement. Une personne peut savoir qu’elle n’était pas responsable d’un accident et sentir, en regardant la scène, que « j’ai fait ce que je pouvais » ne vaut que 2. C’est ce 2 qui intéresse le praticien : il montre l’écart entre ce que la personne sait et ce qu’elle vit. Le choix de la phrase est détaillé dans notre article sur les cognitions négatives et positives.

À quels moments des 8 phases prend-on les deux mesures ?

PhaseMesureCe que l’on vérifie
Phase 3 : évaluationVOC puis SUDPoint de départ, avec la cible, la cognition et l’émotion
Phase 4 : désensibilisationSUD, de temps en tempsProgression, et critère de passage à 0 ou 1
Phase 5 : installationVOC, à plusieurs reprisesStabilisation à 7, ou à 6 si c’est cohérent
Phase 7 : clôtureSUD si la cible reste ouvertePoint d’arrêt noté pour la reprise
Phase 8 : réévaluationSUD et VOCCe qui a tenu depuis la séance précédente

L’ordre de la phase 3 n’est pas un détail. Notre guide de conduite de séance le fixe en sept temps : cible, cognition négative, cognition positive, VOC, émotion, SUD, corps. Le VOC se prend avant que l’émotion ne soit pleinement activée, pour que la personne évalue la phrase positive avec un peu de recul. Le SUD vient ensuite, quand l’image, la cognition négative et l’émotion sont réunies.

Comment lire un score SUD ou VOC ?

Voici les repères que nous donnons en formation. Ils éclairent une décision ; ils ne la prennent pas à la place du praticien.

ScoreCe qu’il indique souventConduite habituelle
SUD 8 à 10Activation forteVérifier la fenêtre de tolérance avant toute série
SUD 4 à 7Cible active, traitement en coursPoursuivre les séries, suivre le fil associatif
SUD 2 ou 3RésiduRevenir à la cible, chercher ce qui reste
SUD 0 ou 1Critère de passageRevérifier la cognition positive, passer en phase 5
VOC 1 ou 2Phrase encore lointaineNormal en phase 3 ; si 1, chercher une phrase plus accessible
VOC 6 ou 7Cognition intégréeConsolider par une ou deux séries, puis scan corporel

Un SUD de 1 ou 2 peut rester en fin de travail sans que ce soit un problème. Notre guide parle d’un « niveau résiduel accepté et cliniquement cohérent ». Quelqu’un qui a perdu un proche dans des circonstances brutales peut garder une tristesse à 1 ou 2 en y repensant, et c’est une réaction juste. On ne pousse pas vers zéro une émotion qui a sa place.

Pourquoi un SUD qui ne descend pas n’est-il pas un échec ?

Parce qu’un chiffre figé est une information, pas un verdict. Il peut signaler une cible trop large, une cognition mal ajustée, un souvenir plus ancien qui alimente le présent, une peur de changer, ou simplement un traitement qui avance sans que l’intensité bouge encore. Le SUD peut aussi monter : un aspect plus chargé émerge, et le traitement se poursuit tant que la personne reste dans sa fenêtre de tolérance.

Notre guide de conduite de séance donne l’ordre des vérifications quand le SUD ne baisse pas : « Revenir à la cible, vérifier sa précision, observer un éventuel blocage, modifier un seul paramètre des SBA, puis envisager un tissage. » Un seul changement à la fois. En supervision, je vois des praticiens changer de modalité, de vitesse et de cible dans la même minute. Le consultant, lui, ne sait plus où il en est.

💡 À retenir : Une séance qui s’arrête avec un SUD à 5 n’est pas ratée. Le travail commencé continue souvent entre les séances, et la phase 8 dira ce qui a bougé. L’important est de clôturer proprement et de noter le point d’arrêt.

Quelles erreurs de mesure voit-on le plus souvent ?

  1. Demander le SUD après chaque série. Le guide l’écrit en toutes lettres : ne pas le faire. Cela casse le flux et transforme la séance en contrôle continu.
  2. Mesurer le souvenir d’hier. Le SUD « correspond à l’activation actuelle, pas à l’intensité historique supposée ». Un accident vécu à 10 peut être à 4 aujourd’hui.
  3. Mélanger les échelles. Demander le VOC « de 0 à 10 », ou le prendre avec la cognition négative : deux erreurs de débutant, fréquentes au niveau 1.
  4. Suggérer le chiffre. « Ça a dû baisser, non ? » La personne répond pour faire plaisir, et le praticien conduit à l’aveugle.

La complaisance mérite qu’on s’y arrête. Beaucoup de consultants veulent être de bons élèves. Ils annoncent un 2 parce qu’ils sentent que le praticien l’espère. Un visage encore crispé, une respiration courte et un « 2 » lancé trop vite ne vont pas ensemble. Le praticien regarde le corps autant qu’il écoute le chiffre, et le scan corporel de la phase 6 sert aussi de contre-vérification.

Où sont notés les scores entre deux séances ?

Chez le praticien, pas chez le consultant. La fiche de trace de séance de notre guide prévoit une case pour le VOC de départ sur 7, le SUD de départ sur 10, le SUD et le VOC finaux, et le point exact de reprise. C’est ce qui permet de comparer à la séance suivante. Le carnet remis au consultant, notre cahier de pratique, ne lui demande aucun chiffre : il propose des cases à cocher sur l’état général, le sommeil, les rêves, les réactions physiques, et quelques lignes libres.

En phase 8, le praticien reprend la cible et redemande les deux mesures, sans se fier au souvenir de la dernière fois. Notre guide le rappelle : « La décision de poursuivre repose sur l’état actuel, pas sur le score inscrit à la séance précédente. » Une cible terminée à 0 peut remonter à 3 une semaine plus tard, parce qu’un nouvel aspect est apparu. Ce n’est pas une rechute : c’est une information, et le plan de travail s’ajuste.

Ce choix est volontaire. Se noter tous les soirs de 0 à 10 entretient la surveillance de soi, exactement ce qu’on cherche à apaiser. Les réactions à attendre entre deux rendez-vous sont décrites dans notre article sur les jours qui suivent une séance. Et si vous vous demandez combien de séances il faut pour qu’un SUD reste bas, nous y répondons dans cet article dédié.

Comment un consultant vit-il ces échelles ?

« Au début, donner un chiffre m’agaçait. J’avais l’impression de noter ma souffrance comme un restaurant. Puis à la troisième séance, la praticienne m’a relu mon 9 du premier jour. J’étais à 3. Ce chiffre-là, je m’en souviens mieux que de tout le reste. »

Laurent, 52 ans, chef de chantier, Nantes

Comment apprend-on à utiliser les échelles en formation ?

Les échelles arrivent dès le deuxième jour du niveau 1, avec les phases 3 et 4 pratiquées en binôme. Pour ces pratiques, le manuel pose une règle de prudence : la séance d’entraînement « sera arrêtée quand le SUD est descendu de moitié ». On apprend le geste sans aller au bout d’un souvenir chez un collègue. Au niveau 2, les stagiaires découvrent d’autres usages : faire baisser le SUD de 2 à 3 points dans la remise à zéro émotionnelle, ou mesurer l’orientation dans le présent de 0 à 10 pendant le CIPOS.

Dans notre formation EMDR de 148 heures (6 jours de cours, 100 heures de mise en situation professionnelle, 2 500 €), l’évaluation continue du niveau 2 porte aussi sur la justesse des mesures : moment choisi, formulation, lecture. Le détail des phases est repris dans notre article sur le déroulement d’une séance.

Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.

Sarah Rattana, responsable pédagogique EMDR

Rédigé par

Sarah Rattana

Responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis · Kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR (AHTMA), elle conçoit et supervise le cursus EMDR d’Harmonesis selon l’approche « Sécurité Intégrative ».