Femme en posture de détente illustrant une séance de meditation-hypnose à domicile

Le lieu sûr en EMDR : à quoi il sert, comment on l’installe, et pourquoi il précède tout retraitement

💡 En bref : le lieu sûr, ou lieu sécurisé, est une ressource intérieure installée en phase 2 du protocole EMDR, avant tout retraitement. Le praticien aide la personne à construire un endroit apaisant avec ses cinq sens, lui fait choisir un mot-clé, l’ancre par des stimulations bilatérales lentes, puis le teste sur une petite perturbation. Chez Harmonesis, aucun souvenir n’est retraité avant le troisième rendez-vous.

Quand j’ai construit le premier jour du niveau 1, j’ai placé le lieu sûr avant les mouvements oculaires. Certains stagiaires trouvent ça long : ils sont venus apprendre l’EMDR, pas la relaxation. Puis arrive la première pratique en binôme, quelqu’un pleure plus fort que prévu, et retrouve son lieu en trois respirations. Ce jour-là, plus personne ne râle. Voici comment on l’installe, ce qui coince souvent, et ce que vous pouvez en faire hors du cabinet.

À quoi sert le lieu sûr en EMDR ?

Le lieu sûr sert à revenir. C’est un endroit mental, réel ou imaginaire, que la personne peut rejoindre quand une émotion monte trop haut, pendant la séance comme entre deux rendez-vous. Notre manuel EMDR niveau 1 le décrit comme « un espace mental apaisant où le client peut se réfugier en cas de surcharge émotionnelle ». Il ne traite rien. Il n’efface pas un souvenir. Il donne au système nerveux un point d’appui connu, et c’est ce point d’appui qui rend possible le travail plus exigeant des phases 3 à 6.

Il a une seconde fonction, moins visible : il sert de test. Le manuel reprend les critères de stabilité proposés par le psychiatre Arne Hofmann, dont le « test du lieu sûr » : vérifier que la personne peut « créer et maintenir mentalement un espace imaginaire sécurisant ». Si elle n’y parvient pas, même après plusieurs essais, c’est une information clinique. Elle dit que le moment n’est pas encore venu d’aller vers le souvenir.

  • Apaiser une activation qui monte, en séance ou dans la semaine.
  • Clôturer une séance inachevée en phase 7, avec le contenant.
  • Vérifier la capacité d’auto-apaisement avant tout retraitement.
  • Donner à la personne un outil qu’elle garde bien au-delà de l’accompagnement.

Le manuel insiste sur ce retour régulier à propos des deuils compliqués : avant de revisiter un souvenir de perte, guider la personne dans la création d’un espace imaginaire sécurisant, puis « valider ce lieu sûr à chaque début de séance EMDR ». Concrètement, cela prend une minute. Le praticien prononce le mot-clé, la personne rejoint son lieu, dit ce qu’elle perçoit, et l’on vérifie que l’effet est toujours là avant d’ouvrir la cible du jour.

Comment installe-t-on un lieu sûr, étape par étape ?

L’installation prend en général une vingtaine de minutes, au deuxième rendez-vous. Voici la séquence que nous enseignons au niveau 1, telle qu’elle figure dans le manuel, avec les formulations que les stagiaires apprennent à dire sans les réciter.

  1. Inviter. Le praticien propose de laisser venir « un endroit, réel ou imaginaire, qui évoque pour vous un sentiment de calme, de tranquillité ou de sécurité ». Un lieu déjà visité, un lieu rêvé, ou une simple image.
  2. Explorer par les sens. Formes, couleurs, ce qu’on aperçoit en tournant sur soi, les sons, les odeurs, et même la saveur du lieu. Puis : « Qu’est-ce qui rend ce lieu si apaisant ? Comment vous sentez-vous en étant ici ? »
  3. Nommer. La question que je préfère dans tout le manuel : « Si ce lieu devenait une œuvre d’art, quel titre lui donneriez-vous ? » Ce titre devient le mot-clé.
  4. Ancrer. Le praticien reprend les mots de la personne et le mot-clé pendant quelques séries courtes et lentes de stimulations bilatérales, en vérifiant que l’état reste agréable.
  5. Tester avec une petite perturbation. La personne pense à un agacement récent et léger, puis rejoint son lieu grâce au mot-clé. On observe si le calme revient.
  6. Tester en autonomie. « Prenez un moment pour utiliser votre lieu sécurisé par vous-même, en repensant à une petite perturbation récente. » Le praticien se tait et observe.

Les deux derniers temps sont ceux que l’on saute le plus souvent. Ce sont pourtant les plus utiles. Notre guide de conduite de séance le formule sans détour : « Une ressource décrite mais impossible à mobiliser sous légère activation n’est pas encore une ressource suffisamment opérationnelle pour un travail intense. » Un lieu joli sur le papier ne suffit pas. Il doit fonctionner quand ça remue un peu.

⚠️ Précaution : Chez Harmonesis, la règle est de trois rendez-vous minimum avant tout retraitement : anamnèse au premier, explication et stabilisation au deuxième, phases 3 et 4 à partir du troisième si la personne est prête. Le lieu sûr s’installe au deuxième, jamais en fin de premier entretien pour « gagner du temps ».

Pourquoi les stimulations sont-elles lentes pendant l’installation ?

Parce qu’on ne cherche pas le même effet qu’en désensibilisation. En phase 4, les séries sont plus longues et plus rapides, pour relancer le traitement d’un souvenir. Pendant l’installation d’une ressource, on veut au contraire renforcer un état positif sans ouvrir de nouvelles associations. Quelques allers-retours à un rythme tranquille suffisent. Si une image parasite apparaît, le praticien arrête les stimulations et revient aux mots choisis par la personne.

En supervision, je vois parfois l’erreur inverse : un praticien enthousiaste enchaîne vingt balayages rapides sur la plage de son consultant, et la plage se remplit d’un souvenir de vacances qui a mal tourné. Rien de grave si l’on s’arrête à temps. Mais c’est exactement ce que la lenteur évite.

Quelles erreurs voit-on le plus souvent ?

ErreurCe qui se passeCe que fait le praticien
Lieu chargé d’un souvenirLa maison d’une grand-mère décédée ramène le deuilChercher un lieu sans histoire, ou purement imaginaire
Lieu du quotidien actuelLe salon devient le décor du conflit de la veilleDéplacer vers un lieu hors du quotidien
Présence d’une personneLe lieu dépend d’une relation qui peut changerGarder la sensation de soutien, sans la personne
Installation trop rapideLa ressource ne tient pas sous activationRefaire les deux tests avant la phase 3
Stimulations longues et rapidesDes associations négatives s’ouvrentArrêter, revenir aux mots, séries courtes

Le cas le plus délicat est celui du lieu qui se « contamine » : il fonctionnait, puis une image désagréable s’y invite. On ne force pas. On en change, ou l’on passe à une autre ressource. Et certaines personnes n’ont jamais connu d’endroit où elles se sentaient en sécurité ; chercher dans le réel les renvoie à ce manque. L’imaginaire pur, une couleur, une lumière, marche alors souvent mieux.

Lieu sûr, contenant, ressource : quelle différence ?

Ces outils se complètent, et on les confond facilement. Le lieu sûr apaise et accueille. Le contenant met à distance ce qui déborde ; notre manuel le décrit comme « un contenant solide, comme une boîte ou un coffre, où vous pouvez déposer les pensées lourdes ou les émotions intenses ». La ressource, elle, renforce une capacité précise.

OutilÀ quoi il sertQuand on l’utilise
Lieu sûrApaiser, retrouver un sentiment de sécuritéPhase 2, début et fin de séance, entre les séances
ContenantMettre de côté ce qui reste actif jusqu’à la séance suivantePhase 7, séance inachevée, émotion envahissante
Ressource (qualité, souvenir aidant)Renforcer courage, calme ou confiancePréparation, scénario du futur, floatback avec ressource au niveau 2
Flot de lumière, couleur ressourceVariante quand aucune image de lieu ne vientPhase 2, personnes peu visuelles

Que faire si aucune image apaisante ne vient ?

C’est fréquent, et ce n’est pas un échec. Certaines personnes ne « voient » pas d’images mentales ; d’autres en voient, mais rien d’apaisant. Le praticien change alors de porte d’entrée : une sensation, comme le poids d’une couverture, un son, comme la pluie sur un toit, une couleur que la personne imagine circuler dans son corps. Le manuel propose aussi le « repos ressource » : se sentir allongé sur une surface douce qui soutient tout le corps.

Si, après deux ou trois rendez-vous, aucune ressource ne tient, je conseille aux praticiens que je supervise de ne pas insister et de ralentir. Cette difficulté peut signaler une fragilité qui demande l’avis d’un médecin ou d’un psychologue, et un travail de stabilisation plus long. C’est la logique de la fenêtre de tolérance : on élargit d’abord, on retraite ensuite.

Peut-on installer un lieu sûr seul, chez soi ?

Oui, pour la partie apaisement, avec des limites claires. Un lieu sûr construit seul, sans stimulation bilatérale, reste un exercice de visualisation, proche de ce que proposent la sophrologie ou l’hypnose. Il aide à s’endormir ou à redescendre après une journée tendue. Ce qu’il ne fait pas : préparer un retraitement, ni servir de filet pour aller seul vers un souvenir douloureux. Nous détaillons ces limites dans l’article peut-on faire de l’EMDR soi-même.

  • Choisissez un lieu sans lien avec une personne ou une période difficile.
  • Parcourez-le par les cinq sens, lentement, pendant cinq minutes.
  • Donnez-lui un titre, comme à un tableau.
  • Associez-y un geste doux, bras croisés et tapotements lents sur les épaules : c’est le principe de l’étreinte du papillon.

✅ Le bon réflexe : Notez le titre de votre lieu et ses trois détails sensoriels les plus forts. Le cahier de pratique Harmonesis prévoit une ligne « Mot-clé personnel » pour cela. Relire trois mots suffit souvent à retrouver l’état.

Comment les stagiaires vivent-ils leur première installation ?

« J’ai choisi une plage, évidemment. Mon binôme m’a demandé quel goût avait l’air, et j’ai senti le sel. Le titre est venu tout seul : marée basse. Trois semaines plus tard, en pratique, un souvenir m’a submergée, et c’est ce mot qui m’a ramenée dans la pièce. »

Nadia, 44 ans, ancienne assistante sociale, Lille

Comment le lieu sûr s’apprend-il dans la formation EMDR Harmonesis ?

Dans notre formation EMDR en 6 jours (148 heures, dont 100 heures de mise en situation professionnelle documentées, 2 500 €), le lieu sûr est pratiqué en binôme dès le premier jour, avec les respirations, le contenant, le flot de lumière et la couleur ressource. Chaque stagiaire l’installe et se le fait installer. On apprend autant en étant guidé qu’en guidant.

Au niveau 2, il revient sous d’autres formes : floatback avec ressource, CIPOS, remise à zéro émotionnelle, et système des 5 vitesses de la Sécurité Intégrative, où la vitesse 2 est entièrement consacrée à stabiliser. Le lieu sûr reste la base. Les 8 phases du protocole ne commencent vraiment qu’une fois cette base posée.

Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.

Sarah Rattana, responsable pédagogique EMDR

Rédigé par

Sarah Rattana

Responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis · Kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR (AHTMA), elle conçoit et supervise le cursus EMDR d’Harmonesis selon l’approche « Sécurité Intégrative ».