EMDR et la confiance en soi

« Je n’y arriverai pas. » « Je ne suis pas à la hauteur. » Ces petites phrases tournent en boucle, discrètes mais tenaces, et finissent par dicter vos choix. Pour beaucoup, elles ne viennent pas de nulle part : elles se sont installées après une humiliation, un échec marquant, des années de critiques. C’est là que l’EMDR et la confiance en soi se rencontrent. Non pas pour repeindre la façade avec des affirmations positives, mais pour retravailler ce qui, en profondeur, entretient le doute.

Comment une thérapie née pour le trauma peut-elle renforcer l’estime de soi ? En s’attaquant aux croyances négatives qui vous collent à la peau. Voyons comment, pour qui, et dans quelles limites.

🪞 D’où vient le manque de confiance

La confiance en soi n’est pas un trait figé avec lequel on naît. Elle se construit — et parfois elle s’abîme. Une moquerie répétée à l’école, un parent impossible à satisfaire, un licenciement vécu comme un verdict : chaque expérience laisse une trace. Et cette trace se cristallise souvent en une conviction sur soi.

Le problème, c’est que ces convictions se comportent comme des vérités. Vous ne pensez pas « j’ai raté cette présentation », vous pensez « je suis nul ». La nuance est énorme. La première décrit un fait, la seconde vous définit. En EMDR, on appelle cela une cognition négative : une croyance globale et douloureuse sur sa propre valeur.

Et ces croyances ont la vie dure. Elles filtrent le réel à votre insu. Un compliment ? « Il dit ça par politesse. » Une réussite ? « J’ai eu de la chance. » Un échec ? « C’est bien la preuve. » Le cerveau retient ce qui confirme la croyance et écarte ce qui la contredit. Résultat : même en accumulant les succès, la confiance ne monte pas, parce que la grille de lecture, elle, n’a pas bougé. C’est précisément cette grille que l’EMDR cherche à assouplir, en remontant à l’endroit où elle s’est formée.

  • « Je ne vaux rien. »
  • « Je ne suis pas à la hauteur. »
  • « Je vais forcément échouer. »
  • « Je ne mérite pas qu’on m’aime. »

💡 À retenir : un manque de confiance n’est pas un défaut de caractère. C’est souvent le résultat d’expériences qui ont laissé une croyance négative bien ancrée. Et une croyance apprise peut, dans un bon cadre, être retravaillée.

🧠 Comment l’EMDR travaille les croyances négatives

L’EMDR — Eye Movement Desensitization and Reprocessing, désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires — repose sur une intuition. Un souvenir chargé d’émotion reste parfois « mal rangé » dans le cerveau, avec sa douleur intacte, comme si c’était encore hier. La stimulation bilatérale alternée (mouvements des yeux, tapotements ou sons gauche-droite) aide le cerveau à retraiter ce souvenir et à en abaisser la charge.

Pour la confiance en soi, le travail suit un fil précis. On ne cherche pas à « penser positif » par-dessus le doute. On remonte au souvenir où la croyance « je ne vaux rien » s’est installée, on le retraite, et l’on installe à la place une cognition positive plus juste : « j’ai de la valeur », « je peux réussir ». Non pas comme un slogan, mais comme une conviction qui devient enfin crédible pour vous.

Cognition négative, cognition positive

Le cœur de la méthode tient dans ce basculement. On mesure au départ à quel point vous croyez à la nouvelle croyance positive, sur une échelle. Au fil du retraitement, cette adhésion monte, pendant que la charge du souvenir descend. Le changement n’est pas magique : il s’appuie sur des cibles concrètes et un cadre en 8 phases, décrit dans notre guide sur le déroulement d’une séance EMDR.

Un exemple parle mieux qu’une explication. Imaginez quelqu’un tétanisé à l’idée de prendre la parole. Souvent, en remontant le fil, on tombe sur une scène précise : un exposé raté, des rires, la honte. Ce souvenir n’a jamais été « digéré ». Chaque prise de parole le réactive, avec la même croyance « je vais me ridiculiser ». Retraiter cette scène, c’est couper le fil qui relie le présent à l’ancienne blessure. La peur ne disparaît pas d’un coup, mais elle cesse d’être branchée sur le passé.

🔄 EMDR ou développement personnel : quelle différence

Les rayons « confiance en soi » débordent de méthodes. Coaching, affirmations, lectures inspirantes : tout cela a une utilité. Mais l’EMDR ne joue pas dans le même registre. Elle ne motive pas, elle retraite. Voici comment situer les approches.

ApprocheSur quoi elle agitCe qu’on peut en attendre
Affirmations / pensée positiveLe discours conscient du présentUn coup de pouce, souvent fragile si la racine reste
Coaching / développement personnelLes objectifs et les comportementsDe l’élan et des outils concrets pour agir
EMDRLe souvenir source et la croyance ancréeUn allègement de la charge à l’origine du doute
Trois logiques différentes, parfois complémentaires.

La force de l’EMDR, c’est d’aller à la source. Sa limite : elle ne fait pas tout. Retrouver confiance demande aussi de passer à l’action, d’oser, d’accumuler de petites réussites. Le retraitement lève un frein ; c’est vous qui avancez ensuite.

C’est d’ailleurs pour cela qu’opposer ces méthodes n’a guère de sens. Une affirmation positive posée sur une croyance intacte glisse, comme l’eau sur une vitre. Mais la même affirmation, après un retraitement qui a désamorcé le vieux souvenir, prend enfin. L’ordre compte : on allège la charge d’abord, on construit ensuite. C’est là que le développement personnel retrouve toute son utilité, sur un terrain enfin réceptif.

🛋️ À quoi ressemble le travail, séance après séance

Rien à voir avec une transe ou une prise de contrôle. Vous restez conscient, acteur, libre d’arrêter. Le praticien vous guide, mais c’est votre cerveau qui fait le travail. Voici les grandes étapes d’un accompagnement orienté confiance en soi.

  1. On retrace votre histoire et l’on repère les souvenirs qui nourrissent le doute.
  2. On installe des repères de sécurité : respiration, ancrage, lieu sûr.
  3. On choisit une cible : une image, la croyance négative associée, l’émotion.
  4. On retraite par la stimulation bilatérale, jusqu’à ce que la charge retombe.
  5. On installe la croyance positive et l’on vérifie qu’elle tient dans le corps.

Combien de temps ? Cela dépend. Pour une confiance entamée par un événement précis, quelques séances suffisent parfois. Pour un manque de confiance enraciné dans l’enfance, le chemin est plus long, plus délicat, et relève souvent d’un travail sur les traces d’un stress post-traumatique.

Une chose vous appartient toujours : le rythme. Vous n’ouvrez une cible que si vous vous sentez prêt, et vous pouvez lever la main à tout moment pour faire une pause. Cette maîtrise n’est pas un détail. Elle fait partie du soin : reprendre la main sur son histoire, c’est déjà, en soi, un premier pas vers la confiance retrouvée.

⚠️ Précaution : un manque de confiance profond peut cacher une dépression, une anxiété sévère ou des blessures anciennes. L’EMDR n’est pas un cours de motivation et ne remplace pas un suivi médical ou psychologique. Si le mal-être vous submerge, si des idées noires apparaissent, parlez-en sans attendre à un professionnel de santé.

🎯 Pour qui cette approche est pertinente

L’EMDR appliquée à la confiance en soi parle particulièrement à certaines situations. Elle n’est pas une baguette magique, mais elle peut débloquer là où la volonté seule ne suffit pas.

  • Vous répétez un scénario d’échec sans comprendre pourquoi.
  • Une croyance « je ne suis pas à la hauteur » vous freine au travail ou en couple.
  • Le trac ou l’anxiété de performance vous paralysent. Voyez aussi l’EMDR pour l’anxiété et les troubles anxieux.
  • Une peur précise vous limite, comme une phobie ; lisez alors EMDR et les phobies.

Précisons un point : l’estime de soi n’est pas une indication médicale « validée » de l’EMDR au sens strict. L’indication reine reste le psychotraumatisme, seule pour laquelle le niveau de preuve est le plus solide, comme le rappelle l’Organisation mondiale de la santé dans ses recommandations de 2013. Sur la confiance en soi, on reste dans le champ de l’accompagnement : cela « peut aider », sans promesse.

🧩 Croyance négative, croyance positive : quelques exemples

Pour rendre le travail concret, voici comment se traduit le basculement d’une cognition négative vers une cognition positive. Le praticien ne vous impose rien : la nouvelle croyance émerge de vous, au fil du retraitement, et vous la choisissez ensemble.

Croyance négative de départCroyance positive visée
Je ne suis pas à la hauteur.Je fais de mon mieux, et c’est suffisant.
Je vais forcément échouer.Je peux réussir, comme d’autres avant moi.
Je ne mérite pas ma place.J’ai le droit d’être là.
Je suis nul(le).J’ai de la valeur, indépendamment de mes erreurs.
Le retraitement rend la croyance positive enfin crédible pour vous.

La différence avec une simple affirmation ? Ici, la nouvelle croyance ne reste pas coincée « dans la tête ». On vérifie qu’elle tient aussi dans le corps, quand vous repensez à la situation. C’est ce qui distingue un vrai changement d’un vernis passager.

❤️ Confiance, estime, affirmation : ne pas tout confondre

On mélange souvent trois notions voisines, et cela brouille le travail. Les distinguer aide à cibler ce qui coince vraiment pour vous.

  • L’estime de soi : la valeur que vous vous accordez, indépendamment de vos performances. C’est le socle.
  • La confiance en soi : la conviction d’être capable de réussir une action donnée. Elle se nourrit de l’estime, et de l’expérience.
  • L’affirmation de soi : la capacité à exprimer ses besoins, dire non, poser ses limites face aux autres.

L’EMDR agit surtout sur les deux premières, là où d’anciennes blessures ont fissuré le socle. Sur l’affirmation de soi, un travail comportemental complémentaire est souvent précieux. D’où l’intérêt d’un accompagnement qui articule plusieurs leviers, plutôt que de tout attendre d’une seule méthode.

Un dernier mot sur la temporalité. Retrouver confiance n’est pas un interrupteur. Même après un beau retraitement, il faut se confronter au réel, tester, parfois trébucher, recommencer. Le travail émotionnel prépare le terrain ; l’expérience fait le reste. Les deux avancent main dans la main.

Quand le doute cache autre chose

Il arrive que le manque de confiance soit la partie visible d’un iceberg. Derrière, on trouve parfois une anxiété qui ronge, un perfectionnisme épuisant, ou de véritables blessures anciennes. Dans ces cas-là, travailler la seule « confiance » revient à traiter le symptôme sans regarder la source. Un praticien attentif sait repérer ces signaux et vous orienter, si besoin, vers un accompagnement médical adapté avant ou en parallèle du travail EMDR.

💬 Le témoignage de Karim

« Depuis un prof qui m’avait ridiculisé au tableau en cinquième, je fuyais toute prise de parole. À 34 ans, ça bloquait ma carrière. On a retravaillé ce souvenir précis en EMDR, sur trois séances. Je ne suis pas devenu un orateur, mais la boule au ventre avant une réunion a beaucoup diminué. J’ai enfin osé présenter un projet. »

Karim, 34 ans, ancien technicien, Lyon

Le bon réflexe : visez du concret. Plutôt que « je veux plus de confiance », identifiez une situation précise qui vous coûte. C’est sur ces cibles nettes que l’EMDR travaille le mieux.

🔎 Bien choisir son praticien

La confiance en soi touche à des souvenirs parfois anciens et sensibles. Le cadre compte donc autant que la technique. Un praticien sérieux ne fonce pas sur le retraitement : il évalue, stabilise, et n’ouvre une cible douloureuse que si vous êtes prêt. C’est le fil rouge de la « Sécurité Intégrative » que nous défendons chez Harmonesis, où la sécurité se travaille à chaque étape.

  • Il vous explique sans survendre ce que l’EMDR peut et ne peut pas faire.
  • Il prévoit une vraie phase de préparation avant tout retraitement.
  • Il vous oriente vers un médecin ou un psychologue si le mal-être est profond.
  • Il travaille en douceur, à votre rythme, sans jamais forcer.

Pour poser les fondations, notre article qu’est-ce que l’EMDR reprend l’essentiel de la méthode. La confiance en soi ne se décrète pas d’un claquement de doigts. Mais quand une vieille croyance « je ne vaux rien » perd enfin de sa force, l’espace se libère. Et c’est souvent là, dans cet espace retrouvé, que l’on ose de nouveau.

Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.

Sarah Rattana, responsable pédagogique EMDR

Rédigé par

Sarah Rattana

Responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis · Kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR (AHTMA), elle conçoit et supervise le cursus EMDR d’Harmonesis selon l’approche « Sécurité Intégrative ».