Trouver un bon praticien EMDR : les critères
Par Sarah Rattana
TEMPS DE LECTURE : 9 minutes
Vous cherchez de l’aide, et vous tombez sur une liste de noms. Des sites soignés, des promesses fortes, des tarifs qui vont du simple au triple. Comment savoir à qui confier un souvenir qui fait mal ? Trouver un bon praticien EMDR ne se joue pas au feeling d’une photo de profil. Cela se vérifie, point par point, avant même le premier rendez-vous.
Le métier n’étant pas encadré par un ordre professionnel, la qualité varie beaucoup d’un praticien à l’autre. Bonne nouvelle : quelques critères simples permettent de trier. Voici une grille de lecture concrète, avec les bons signaux, les questions à poser, et les signaux d’alerte qui doivent vous faire reculer.
Une précision d’emblée : choisir n’est pas se méfier de tout. La très grande majorité des praticiens sont sincères et cherchent à bien faire. L’objectif de cet article n’est pas de vous rendre soupçonneux, mais de vous donner des repères pour reconnaître, parmi eux, celui ou celle qui saura vous accompagner en sécurité. Un choix éclairé vaut toujours mieux qu’un choix par défaut.
🎓 La formation : le premier filtre
Un praticien EMDR sérieux a suivi une formation dédiée, structurée, avec de la mise en situation. L’EMDR ne s’improvise pas après trois vidéos : c’est un protocole précis, en 8 phases, qui demande de la pratique supervisée. Demandez sans gêne où la personne s’est formée, sur quelle durée, et si la formation incluait des heures de pratique réelle, pas seulement de la théorie.
Méfiez-vous des week-ends express présentés comme suffisants. Retraiter un trauma demande de savoir stabiliser, repérer une dissociation, doser l’intensité. Ces compétences se construisent sur plusieurs jours et se consolident ensuite. Pour comprendre ce que recouvre une vraie formation, notre article sur l’EMDR en Sécurité Intégrative détaille les repères à connaître.
Un détail rassurant : un bon praticien parle de sa formation avec transparence. Il ne se vexe pas d’une question sur son parcours ; au contraire, il y répond volontiers. La fuite ou l’agacement, eux, doivent vous alerter.
Faut-il forcément un psychologue ? Non, pas nécessairement. Le métier n’étant pas réglementé, un praticien du champ bien-être solidement formé peut très bien accompagner, tandis qu’un professionnel de santé mal formé à l’EMDR ne garantit rien. Ce qui compte, c’est la qualité de la formation à l’EMDR elle-même, plus que le seul diplôme d’origine. Un psychologue formé sérieusement à l’EMDR reste évidemment un excellent choix, en particulier pour un trauma lourd ; mais l’étiquette seule ne fait pas le sérieux.
💡 À retenir : en France, aucun titre officiel ne protège l’appellation « praticien EMDR ». C’est donc à vous de vérifier la formation, le cadre et la posture. Quelques questions posées d’emblée valent mieux qu’un mauvais choix.
🛟 Le cadre de sécurité : le critère qui change tout
Voilà sans doute le point le plus important. Un bon praticien ne se jette pas sur le souvenir douloureux dès la première séance. Il commence par comprendre votre histoire, puis par vous apprendre à vous réguler : respiration, ancrage, « lieu sûr ». Ce n’est qu’ensuite, quand vous avez des ressources solides, qu’il aborde le retraitement.
Cette progression en plusieurs temps porte souvent la forme d’une règle simple : au moins trois rendez-vous avant tout retraitement. Un premier pour l’histoire, un deuxième pour la stabilisation, un troisième — et les suivants — pour le travail lui-même, uniquement si vous êtes prêt. Ce « au moins trois » n’est pas une lenteur inutile : c’est ce qui évite de rouvrir une plaie sans filet. Un praticien qui vous le propose spontanément vous montre qu’il connaît le prix de la précipitation.
Cette prudence porte un nom : la stabilisation. Aller trop vite peut ouvrir une « boîte de Pandore » émotionnelle, avec un débordement plutôt qu’un apaisement. Un praticien qui vous propose de « régler ça en une séance » dès le premier contact ne respecte pas ce cadre. Fuyez la précipitation.
Comment le repérer avant de vous engager ? Écoutez comment la personne présente sa méthode. Parle-t-elle de préparation, de rythme adapté, de la possibilité de faire une pause ? Ou promet-elle des résultats rapides et garantis ? La première posture protège ; la seconde inquiète.
🩺 Le champ d’exercice : bien-être ou soin ?
Tous les praticiens EMDR ne sont pas psychologues ou médecins, et ce n’est pas un problème en soi — à condition que les rôles soient clairs. Un praticien du champ du bien-être accompagne, apaise, aide à retraiter des souvenirs difficiles. Mais il ne pose pas de diagnostic, ne suit pas une pathologie psychiatrique, ne remplace pas un médecin.
Un bon praticien connaît cette limite et l’annonce. Face à une dépression sévère, un trouble psychiatrique, une situation de danger, il vous oriente vers un professionnel de santé. Cette honnêteté est un gage de sérieux, pas un aveu de faiblesse. Pour approfondir ce point souvent flou, lisez notre article : peut-on pratiquer l’EMDR sans être psychologue ?
⚠️ Précaution : l’EMDR complète un suivi médical, elle ne le remplace jamais. Si vous vivez un trauma lourd, une dépression ou des idées noires, parlez-en d’abord à votre médecin ou à un psychologue. En cas de détresse, le 3114 (prévention du suicide) répond gratuitement, 24h/24. Un praticien qui vous déconseille de consulter un médecin est un signal d’alerte majeur.
🔎 Les 7 critères d’un praticien fiable
Pour vous aider à trancher, voici une grille synthétique. Aucun critère pris isolément ne suffit ; c’est l’ensemble qui dessine un praticien de confiance.
| Critère | Ce que vous vérifiez |
|---|---|
| Formation dédiée | Cursus EMDR structuré, avec pratique supervisée, pas un simple week-end |
| Cadre de sécurité | Stabilisation avant retraitement, rythme adapté, possibilité de pause |
| Honnêteté sur les limites | Oriente vers un médecin quand la situation le demande |
| Transparence | Répond sans gêne sur son parcours, ses tarifs, sa méthode |
| Supervision | Continue de se faire superviser par un pair expérimenté |
| Écoute réelle | Vous laisse parler, ne force rien, respecte vos « non » |
| Aucune promesse magique | Ne garantit pas la guérison, ne survend pas ses résultats |
La supervision mérite un mot. Un praticien qui continue de faire relire sa pratique par un pair plus expérimenté progresse et se protège des angles morts. C’est un marqueur de sérieux discret mais parlant. Notre article sur la supervision en EMDR explique pourquoi elle compte autant.
🚩 Les signaux d’alerte qui doivent vous faire reculer
Autant certains signes rassurent, autant d’autres doivent vous faire renoncer, même si le courant passe bien. La sympathie ne remplace pas la compétence. Voici les drapeaux rouges les plus fréquents.
- La promesse de guérison : « je vais vous guérir en trois séances ». Personne ne peut le garantir.
- La précipitation : on attaque le souvenir traumatique dès la première séance, sans préparation.
- Le refus d’expliquer : la personne reste vague sur sa formation ou sa méthode.
- Le discours anti-médecine : on vous déconseille de voir un médecin ou d’arrêter un traitement.
- Le mélange des genres : EMDR, magnétisme, « énergies », tout est confondu dans un même discours flou.
- La pression commerciale : forfaits de dix séances à régler d’avance, urgence artificielle à s’engager.
- L’absence de cadre : pas de contrat clair, pas de tarif annoncé, pas de lieu identifié.
Un point important : ne confondez pas les pratiques. L’EMDR, l’hypnose, la sophrologie, l’EFT et le magnétisme sont des approches distinctes. Un praticien qui les mélange dans une bouillie marketing ne maîtrise probablement bien aucune. La clarté du discours est déjà une information.
Un dernier drapeau, plus subtil : le praticien qui ne vous laisse pas de porte de sortie. S’il refuse une pause quand vous en demandez une, s’il minimise votre inconfort, s’il vous fait sentir que vous « bloquez le travail », la relation n’est pas saine. Un accompagnement sérieux respecte votre rythme et vos « non ». Vous restez maître de ce qui se passe, à chaque instant.
💬 Les bonnes questions à poser au premier contact
Le premier échange, souvent par téléphone, est un excellent révélateur. Vous avez le droit de poser des questions : un bon praticien s’y attend et y répond avec calme. Préparez-en quelques-unes.
- Où et combien de temps vous êtes-vous formé à l’EMDR ?
- Comment se déroulent les premières séances ?
- Que se passe-t-il si une émotion me submerge ?
- Travaillez-vous en lien avec des professionnels de santé ?
- Quels sont vos tarifs, et êtes-vous supervisé ?
Observez moins la réponse parfaite que la manière de répondre. Un praticien qui prend le temps, qui ne promet pas la lune, qui vous invite à consulter un médecin si besoin, coche déjà beaucoup de cases. À l’inverse, celui qui esquive ou survend vous renseigne tout autant.
✅ Le bon réflexe : vous avez le droit d’arrêter après une première séance si le courant ne passe pas. La relation de confiance n’est pas un luxe, c’est la condition d’un travail utile. Prenez le temps de choisir ; ce temps-là n’est jamais perdu.
💶 Le tarif et le cadre pratique : à lire aussi
Le prix n’est pas un critère de qualité en soi, mais il fait partie du cadre. En France, une séance d’EMDR se situe le plus souvent entre 60 et 100 €, avec des variations selon la région, l’expérience et le statut du praticien. Un tarif très bas peut signaler un manque de formation ; un tarif très élevé n’est pas un gage de sérieux pour autant. Ce qui compte, c’est qu’il soit annoncé clairement, avant la première séance, sans mauvaise surprise.
Méfiez-vous des forfaits de plusieurs séances à régler d’avance : un accompagnement s’ajuste, il ne s’achète pas en bloc. Un bon praticien vous laisse libre de séance en séance. Regardez aussi le cadre concret : un lieu identifié, un cabinet ou un espace calme, un rendez-vous d’une durée annoncée (souvent 60 à 90 minutes pour une séance de retraitement). Ces détails matériels disent quelque chose du professionnalisme.
Enfin, sachez qu’une séance d’EMDR chez un praticien non médecin n’est en général pas remboursée par l’Assurance maladie. Certaines mutuelles participent au titre des « médecines douces » : renseignez-vous auprès de la vôtre. Là encore, un praticien honnête vous informe sans détour de ce point plutôt que de le laisser dans le flou.
📋 Où chercher, et sur quelles preuves s’appuyer
Le bouche-à-oreille reste précieux : un proche accompagné avec sérieux vaut mieux qu’un référencement bien optimisé. Les annuaires d’associations professionnelles peuvent aussi orienter, à condition de garder votre grille de lecture. Un avis en ligne enthousiaste ne remplace pas les critères vus plus haut.
Gardez en tête ce que vaut vraiment l’EMDR. Son efficacité est la mieux établie pour le psychotraumatisme : elle est recommandée par l’Organisation mondiale de la santé depuis 2013 et reconnue par les autorités françaises, comme le rappelle la Haute Autorité de santé. Pour les autres usages (anxiété, phobies, deuil), l’EMDR peut aider, mais le niveau de preuve est moindre : un bon praticien le dit sans survendre.
Pour affiner votre recherche selon votre situation, nos articles dédiés éclairent chaque indication : l’EMDR et le stress post-traumatique, l’EMDR pour l’anxiété ou encore l’EMDR et les phobies. Mieux comprendre votre besoin, c’est déjà mieux choisir votre praticien.
💬 Un témoignage qui résume l’essentiel
Parfois, l’intuition rejoint les critères. Le récit de Christophe illustre bien ce que change un praticien qui prend le temps.
« Le premier que j’avais appelé m’a promis d’en finir en deux séances. Ça m’a mis mal à l’aise, j’ai rappelé quelqu’un d’autre. Celle-ci a commencé par m’expliquer qu’on ne toucherait à rien tant que je ne serais pas prêt. Rien que ça, ça m’a détendu. On a mis le temps qu’il fallait. »
Christophe, 44 ans, ancien chauffeur-livreur, Rennes
Choisir un praticien EMDR, c’est écouter à la fois sa grille de critères et son ressenti. Les deux comptent. Un professionnel formé, honnête sur ses limites, respectueux de votre rythme et supervisé : voilà le socle. Le reste — la chaleur, le lieu, le courant qui passe — vient confirmer ou nuancer ce socle, jamais le remplacer.
Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.
FAQ 
Faut-il être psychologue pour être un bon praticien EMDR ?
Non, ce n’est pas une obligation légale : le métier n’est pas réglementé en France. Un praticien du champ bien-être peut très bien accompagner, à condition de rester dans son périmètre et d’orienter vers un professionnel de santé pour tout ce qui relève du soin. Ce qui compte, c’est la formation, le cadre de sécurité et l’honnêteté sur les limites, plus que le seul diplôme.
Comment vérifier la formation d’un praticien EMDR ?
Demandez-lui directement où il s’est formé, sur quelle durée, et si le cursus comprenait de la pratique supervisée. Un bon praticien répond sans gêne. Méfiez-vous des formations en un week-end présentées comme suffisantes : l’EMDR demande de la pratique pour savoir stabiliser et doser le retraitement.
Quels sont les signaux d’alerte à repérer ?
La promesse de guérison rapide, la précipitation à aborder le trauma dès la première séance, le refus d’expliquer sa méthode, le discours contre la médecine, le mélange des pratiques et la pression commerciale. Un seul de ces signaux suffit souvent à passer son chemin.
Un praticien EMDR peut-il remplacer mon médecin ou mon psy ?
Non. L’EMDR complète un suivi médical, elle ne le remplace jamais. Pour une dépression, un trouble psychiatrique ou une situation de danger, votre médecin ou un psychologue reste votre interlocuteur premier. Un bon praticien vous orientera de lui-même vers un professionnel de santé quand c’est nécessaire.
Peut-on arrêter si le courant ne passe pas au premier rendez-vous ?
Oui, tout à fait. La relation de confiance conditionne l’efficacité du travail : si vous ne vous sentez pas en sécurité, vous avez le droit d’arrêter et de chercher ailleurs. Prendre le temps de trouver le bon praticien n’est jamais du temps perdu.

Rédigé par
Sarah Rattana
Responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis · Kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR (AHTMA), elle conçoit et supervise le cursus EMDR d’Harmonesis selon l’approche « Sécurité Intégrative ».