EFT pour dormir : une ronde du soir contre les ruminations et les réveils nocturnes
Par Sarah Rattana
TEMPS DE LECTURE : 8 minutes
💡 En bref : l’EFT ne remplace pas un traitement de l’insomnie, mais une ronde du soir de 5 minutes peut aider à faire baisser l’activation qui empêche de s’endormir : ruminations, inquiétude du lendemain, tension dans le corps. On mesure l’intensité de 0 à 10, on tapote sur la pensée précise, on réévalue. Une insomnie de plus de 3 nuits par semaine depuis 3 mois se montre à un médecin.
Parmi les stagiaires de nos formations EFT, je ne compte plus ceux qui ont découvert la méthode un soir d’insomnie, sur une vidéo. Et je comprends pourquoi : tapoter sur son visage dans le noir, sans réveiller personne, c’est à la portée de tous. Encore faut-il savoir sur quoi tapoter à 23 h 40, quand le cerveau rejoue la réunion du lendemain.
Pourquoi le tapping peut-il aider à s’endormir ?
Parce que ce qui empêche de dormir, bien souvent, n’est pas la fatigue qui manque mais l’activation qui déborde. Le cœur un peu rapide, la mâchoire serrée, la pensée qui tourne. Notre manuel de formation module 1 note que la stimulation des points de l’EFT procure une détente immédiate en agissant sur le système nerveux autonome ; c’est la partie la plus facile à observer, et elle suffit parfois à laisser venir le sommeil.
Le second levier est attentionnel. Une ronde oblige à nommer précisément ce qui tourne, à lui donner un chiffre, à le dire à voix basse point après point. La rumination aime le flou ; la ronde l’oblige à devenir une phrase. Et une phrase, on peut la regarder baisser de 7 à 3.
💡 À retenir : L’EFT n’est pas un traitement de l’insomnie. Les recommandations européennes sur l’insomnie chronique (Riemann et al., 2017) placent la thérapie cognitive et comportementale de l’insomnie en première intention. L’EFT peut accompagner, pas se substituer.
Comment faire une ronde d’EFT le soir, étape par étape ?
Assis au bord du lit ou allongé, lumière basse. Toute la séquence prend cinq minutes. Voici la version que nous proposons, construite sur la recette de base et sur la partie de notre manuel consacrée aux « inquiétudes liées à l’avenir ».
- Nommez la pensée qui tourne, en une phrase : « J’ai peur de ne pas savoir répondre demain en réunion. »
- Repérez où elle se loge dans le corps : « une boule dans la gorge », « le ventre serré ».
- Donnez un chiffre de 0 à 10 à l’intensité, sans réfléchir longtemps.
- Tapotez le point karaté en disant trois fois : « Même si j’ai cette peur de demain qui me serre la gorge, je m’aime et je m’accepte totalement. »
- Faites la séquence des huit points avec une phrase de rappel courte : « Cette peur de demain », « Cette boule dans la gorge ».
- Respirez, redonnez un chiffre. S’il a baissé sans atteindre 2 ou moins, refaites une ronde : « Même s’il me reste un peu de cette peur… »
- Terminez par une ronde douce sur le sommet de la tête : « Je choisis de laisser demain à demain. »
Cette dernière ronde reprend la technique du choix, créée par Patricia Carrington et enseignée dans notre module 1 : une fois le négatif reconnu, on introduit une alternative, en ajoutant le point du sommet de la tête. L’ordre compte. Un « je suis calme » dit avant d’avoir reconnu la peur sonne faux, et le corps le sait.
Quand le souffle reste court, on peut commencer par l’exercice de respiration claviculaire, que notre manuel attribue à Roger Callahan. Deux doigts posés sous la jonction des clavicules, l’autre main qui tapote le point de gamme sur le dos de la main, et un cycle lent : demi-inspiration, inspiration complète, demi-expiration, expiration complète, courte pause. On répète trois à cinq fois, puis on change de côté. Le soir, je conseille de le faire très doucement, sans bloquer la respiration trop longtemps.
Autour de la ronde, les règles de base du sommeil gardent tout leur poids : des horaires réguliers, une chambre sombre et fraîche, les écrans éloignés dans la dernière heure, pas de café en fin de journée. L’EFT ne compense pas une soirée passée à répondre à ses mails au lit. Elle fonctionne mieux comme dernier geste d’un rituel que comme solution de secours à 1 h du matin.
Quelle phrase de préparation selon la cause du réveil ?
La phrase change avec ce qui vous tient éveillé. Notre manuel insiste sur la précision : « même si je suis en colère » agit moins que « même si cette colère me crispe les épaules ». Voici des exemples que vous pouvez adapter à vos propres mots.
| Ce qui empêche de dormir | Phrase de préparation | Phrase de rappel |
|---|---|---|
| Inquiétude pour le lendemain | « Même si j’ai peur de rater ce rendez-vous de 9 h, je m’accepte totalement » | « Ce rendez-vous de 9 h » |
| Rumination d’une dispute | « Même si je rejoue cette dispute avec ma sœur en boucle, je m’aime et je m’accepte » | « Cette phrase qu’elle m’a dite » |
| Tension physique | « Même si ma mâchoire reste serrée ce soir, je m’accepte profondément » | « Cette mâchoire serrée » |
| Réveil à 3 h avec le cœur qui bat | « Même si je me réveille en sursaut avec ce cœur qui s’emballe, je m’accepte » | « Ce cœur qui bat vite » |
| Peur de ne pas dormir | « Même si j’ai peur de passer encore une nuit blanche, je m’aime et je m’accepte » | « Cette peur de la nuit blanche » |
Que faire quand on se réveille la nuit ?
Ne pas allumer la lumière, et ne pas se lancer dans une grande séance. La nuit, on privilégie les versions discrètes que notre manuel module 2 regroupe sous le nom de techniques discrètes. Le TAB, pour Touch and Breath : on pose un doigt sur chaque point en respirant profondément, et on répète intérieurement la phrase de rappel sur l’expiration. Ou la technique silencieuse : on imagine mentalement chaque point en répétant la phrase dans sa tête.
Ces deux versions ont un avantage évident quand on partage son lit : aucun bruit, aucun mouvement. Et elles gardent l’essentiel, qui est l’attention posée sur une cible précise. Un chiffre avant, un chiffre après, même approximatif, reste utile.
Le réveil nocturne a souvent sa propre cible, différente de celle du coucher. À 3 h du matin, ce n’est plus la réunion qui tourne, c’est la peur de ne pas se rendormir, ou le calcul des heures qui restent. Tapotez sur celle-là : « Même si je compte déjà les heures avant le réveil, je m’accepte. » C’est la cible du moment, et c’est elle qui vous tient éveillé.
- Doigt posé, sans tapoter, pour ne pas réveiller le corps.
- Respiration lente, phrase sur l’expiration.
- Une seule cible : la sensation du moment, pas la liste des soucis de la semaine.
- Si rien ne bouge au bout de deux rondes, se lever quelques minutes dans une autre pièce plutôt que d’insister.
Et pour un enfant qui n’arrive pas à dormir ?
La ronde se simplifie. Chez l’enfant, on garde peu de points, des mots très courts, et on transforme le moment en rituel plutôt qu’en exercice. Notre manuel module 2 le rappelle pour la Picture Tapping Technique : avec les enfants, on utilise des mots simples, ou l’on laisse le tapotement se faire en continu, sans verbalisation. Un parent peut tapoter doucement pendant que l’enfant raconte ce qui lui fait peur, ou dessine le monstre sous le lit.
Mais un enfant qui dort mal pendant des semaines, qui fait des cauchemars répétés ou qui a peur d’aller à l’école se montre au pédiatre ou au médecin traitant. Le tapping du soir est un geste de réassurance, pas une réponse à une difficulté qui s’installe. Nous détaillons les adaptations par âge dans notre article sur l’EFT pour les enfants.
Quelles sont les erreurs les plus fréquentes ?
J’en vois quatre, régulièrement, chez les personnes qui me disent « j’ai essayé l’EFT pour dormir, ça ne fait rien ».
- Tapoter sur « mon insomnie » : c’est une étiquette, pas une cible. On tapote sur ce qui tourne ce soir.
- Faire vingt minutes de tapping énergique : on se réveille au lieu de s’apaiser. Deux ou trois rondes, calmement.
- Passer tout de suite au positif : « je dors profondément » sans avoir reconnu l’inquiétude.
- Utiliser le tapping pour ne jamais parler d’une insomnie qui dure depuis des mois à son médecin.
✅ Le bon réflexe : Gardez un carnet près du lit. Si une pensée revient trois soirs de suite, notez-la en quelques mots : elle mérite une vraie séance de jour, pas une ronde à minuit.
Quand l’insomnie relève-t-elle du médecin ?
Dès qu’elle s’installe ou qu’elle s’accompagne d’autres signes. On parle en général d’insomnie chronique quand les difficultés surviennent au moins trois nuits par semaine depuis au moins trois mois, avec un retentissement dans la journée. Un ronflement important avec des pauses respiratoires, des jambes qui ne tiennent pas en place, une humeur très basse, une anxiété qui envahit la journée : tout cela se montre à un médecin.
Le site de l’Assurance maladie propose des repères sur le sommeil et sur le moment où consulter. Et un point de vigilance : un médicament pour dormir ne s’arrête jamais brutalement parce qu’une ronde d’EFT a aidé un soir. Cette décision se prend avec le médecin.
EFT ou auto-hypnose pour s’endormir : comment choisir ?
Les deux outils peuvent cohabiter. L’EFT convient bien quand une pensée précise tourne, parce qu’elle oblige à la nommer et à la mesurer. L’auto-hypnose convient bien quand le corps a besoin de lâcher, sans cible particulière, par une descente guidée. Beaucoup de personnes commencent par une ronde sur l’inquiétude du jour, puis enchaînent sur une induction lente.
Pour la seconde, notre article sur l’auto-hypnose pour dormir décrit un exercice complet, et l’hypnose pour mieux dormir présente l’accompagnement en cabinet. Si le sommeil est surtout abîmé par le stress de la journée, notre guide EFT pour l’anxiété, le stress et le burn-out va plus loin.
« Je me réveillais chaque nuit vers 3 h en pensant au travail. Ma médecine m’a orientée vers des consultations sur le sommeil, et en parallèle j’ai appris une ronde très courte avec une praticienne. Je pose les doigts, je respire, je nomme la pensée. Je ne dors pas parfaitement, mais je ne reste plus une heure à ruminer. »
Karima, 43 ans, cadre dans la logistique, Toulouse
Comment apprendre à accompagner le sommeil avec l’EFT ?
En apprenant d’abord à cibler. La ronde du soir n’est qu’une application de la recette de base, de la technique du choix et des techniques discrètes, que nous enseignons dans notre formation EFT en 6 jours (98 heures, 2 500 €, hors CPF). Les stagiaires y apprennent aussi à repérer ce qui dépasse leur champ : un trouble du sommeil persistant, une souffrance psychique, et à orienter vers le médecin. Le détail de la séquence des points est dans notre article sur la ronde EFT.
Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.
FAQ 
L’EFT aide-t-elle vraiment à dormir ?
L’EFT peut aider à faire baisser l’activation qui retarde l’endormissement : ruminations, inquiétude, tension physique. Elle ne traite pas une insomnie chronique, qui relève d’un avis médical. Beaucoup de personnes l’utilisent comme un rituel du soir de quelques minutes.
Combien de temps faut-il tapoter avant de dormir ?
Deux ou trois rondes calmes suffisent, soit environ cinq minutes. Tapoter longtemps et énergiquement peut au contraire réveiller. L’important est de nommer une cible précise et de mesurer l’intensité avant et après.
Quelle phrase dire pour s’endormir avec l’EFT ?
Il n’existe pas de phrase universelle : elle doit décrire ce qui vous tient éveillé ce soir-là. Par exemple : « Même si j’ai peur de rater ce rendez-vous de 9 h, je m’aime et je m’accepte totalement. » On peut terminer par une phrase de choix comme « Je choisis de laisser demain à demain ».
Comment faire de l’EFT au lit sans réveiller son conjoint ?
Utilisez les techniques discrètes : le TAB, où l’on pose un doigt sur chaque point en respirant, ou la technique silencieuse, où l’on imagine chaque point. La phrase de rappel se dit intérieurement. L’attention reste sur la cible, sans bruit ni mouvement.
Que faire si l’EFT ne m’aide pas à dormir ?
Vérifiez d’abord la cible : « mon insomnie » est trop large, la pensée précise du moment l’est moins. Si rien ne change après deux rondes, levez-vous quelques minutes plutôt que d’insister. Et si les difficultés durent, parlez-en à votre médecin.
L’EFT peut-elle remplacer un somnifère ?
Non. Un médicament prescrit ne s’arrête ou ne se modifie qu’avec le médecin qui l’a prescrit, jamais sur la foi d’une bonne nuit. L’EFT peut accompagner une démarche de sommeil, pas se substituer à un traitement.
Quand faut-il consulter pour un problème de sommeil ?
Consultez quand les difficultés reviennent au moins trois nuits par semaine depuis plusieurs semaines, ou quand la fatigue pèse sur la journée. Des ronflements avec pauses respiratoires, des jambes agitées ou une humeur très basse justifient aussi un rendez-vous. Le médecin traitant est le premier interlocuteur.
EFT ou auto-hypnose, quelle méthode choisir pour dormir ?
L’EFT convient bien quand une pensée précise tourne en boucle, car elle oblige à la nommer et à la mesurer. L’auto-hypnose aide plutôt le corps à lâcher prise par une descente guidée. Les deux se combinent facilement : une ronde courte, puis une induction lente.

Rédigé par
Sarah Rattana
Responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis · Kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR (AHTMA), elle conçoit et supervise le cursus EMDR d’Harmonesis selon l’approche « Sécurité Intégrative ».