EFT pour les enfants : à partir de quel âge, comment adapter la ronde, et quand consulter
Par Sarah Rattana
TEMPS DE LECTURE : 8 minutes
💡 En bref : l’EFT peut s’utiliser avec un enfant dès 3 ou 4 ans, sous une forme très simplifiée : quelques points, une peluche, des mots courts, 2 à 5 minutes. Vers 7 ou 8 ans, l’enfant tapote lui-même. Elle aide sur les peurs du quotidien, les colères, l’appréhension de l’école. Une difficulté qui dure, un changement brusque de comportement ou un événement grave se montrent d’abord au pédiatre.
Les enfants apprennent les points plus vite que les adultes. Je l’ai constaté chez les enfants de plusieurs stagiaires, qui reviennent en formation en racontant que leur fille de 6 ans leur a corrigé l’ordre des points. Mais adapter l’EFT à un enfant ne consiste pas à faire la même ronde en plus court. Il faut changer les mots, le rythme, la place du parent, et savoir où s’arrête ce qu’on peut faire à la maison.
À partir de quel âge peut-on faire de l’EFT avec un enfant ?
Il n’existe pas d’âge minimum officiel, et aucune règle ne s’impose à tous. Dans la pratique, trois repères se dessinent. Avant 3 ans, l’enfant ne peut ni suivre les consignes ni évaluer une émotion ; c’est le parent qui travaille sur lui-même. Entre 3 et 6 ans, le parent tapote l’enfant ou une peluche, avec des mots très simples. À partir de 7 ou 8 ans, l’enfant peut tapoter seul, guidé, et donner un chiffre.
La page de notre formation le formule ainsi : l’EFT est une approche très adaptée aux enfants et aux adolescents, qui apprennent les points de tapotement très rapidement et peuvent les utiliser en autonomie. Les indications les plus fréquentes chez l’enfant y sont listées : peurs liées à l’école, à la séparation ou aux animaux, troubles du sommeil, gestion de la colère, accompagnement après un événement difficile.
| Âge | Adaptation | Durée conseillée |
|---|---|---|
| Moins de 3 ans | Le parent tapote sur lui-même pour s’apaiser ; contact et voix calmes | Quelques minutes, pour le parent |
| 3 à 6 ans | Le parent tapote l’enfant ou sa peluche ; 3 ou 4 points ; mots de l’enfant | 2 à 3 minutes |
| 7 à 10 ans | L’enfant tapote, guidé ; échelle avec les mains ; dessin possible | 5 minutes |
| 11 à 14 ans | Ronde complète simplifiée ; phrase choisie par l’enfant ; échelle de 0 à 10 | 5 à 10 minutes |
| Adolescents | Recette de base ; confidentialité ; autonomie entre les séances | 10 minutes ou séance complète |
Comment adapter la ronde EFT à un enfant ?
On garde la structure, on change l’habillage. La mesure, la phrase de préparation et les points restent, mais sous une forme que l’enfant comprend et qu’il a envie de refaire. Voici les adaptations que nous enseignons.
- La mesure : au lieu d’un chiffre, l’enfant écarte les bras. « Ta peur, elle est grande comme ça ? » Puis on redemande après la ronde.
- La phrase de préparation : « Même si j’ai peur du noir, je suis un super garçon » ou « je m’aime bien quand même ». Les mots de l’enfant valent mieux que les nôtres.
- Les points : trois ou quatre suffisent chez les petits, par exemple le sourcil, sous l’œil, sous la clavicule et le sommet de la tête.
- Le jeu : on tapote la peluche qui a peur, on invente une chanson de rappel, on fait « la ronde du doudou ».
Notre manuel de formation module 2 donne une indication précieuse à propos de la Picture Tapping Technique : pour les enfants ou les personnes vulnérables, utiliser des mots simples, ou laisser le tapotement se faire en continu, sans verbalisation. Beaucoup d’enfants ne savent pas dire ce qu’ils ressentent. Ils savent tapoter en regardant leur dessin.
💡 À retenir : Chez l’enfant, on ne cherche pas le souvenir ni la cause. On part de ce qui est là maintenant, la peur, la colère, le ventre qui fait mal, et on s’arrête quand l’enfant a envie de s’arrêter.
Pourquoi le dessin marche-t-il si bien avec les enfants ?
Parce qu’il offre une distance. La Picture Tapping Technique, développée par Philip Davis et enseignée au niveau 2 de notre formation, invite la personne à dessiner son problème ou son ressenti, sans chercher un résultat esthétique, puis à tapoter en regardant le dessin. Notre manuel précise qu’elle convient particulièrement aux enfants, notamment lorsque le parent est présent et que l’enfant préfère masquer ce qu’il ressent : le dessin devient une représentation personnelle et protégée du problème.
Concrètement, on demande : « Tu peux dessiner ta peur ? » On regarde ensemble, sans interpréter. « Elle est grande comment, ta peur, sur le dessin ? » On tapote. Puis on propose : « Tu veux changer quelque chose sur ton dessin ? » Un enfant qui ajoute un soleil ou qui rétrécit le monstre vous dit beaucoup sans avoir eu à l’expliquer.
Dans quelles situations l’EFT peut-elle aider un enfant ?
Dans les difficultés du quotidien, passagères, que l’enfant peut nommer ou dessiner. L’EFT n’est pas un traitement ; c’est un outil de régulation émotionnelle que l’enfant peut s’approprier, comme on lui apprend à respirer quand il est en colère.
- La peur du noir, des orages, d’un chien croisé au parc.
- L’appréhension d’une rentrée, d’un contrôle, d’une récitation devant la classe.
- Une colère qui déborde après une dispute avec un frère ou une sœur.
- Le trac avant un match, un spectacle de fin d’année, une compétition.
À l’école, la ronde complète n’est pas possible, et elle n’est pas souhaitable. Notre manuel module 2 décrit des versions discrètes que les enfants plus grands adoptent volontiers : le « quickie », où l’on stimule un seul point de son choix, par exemple sous la clavicule, ou le TAB, où l’on pose simplement un doigt sur un point en respirant. Avant une récitation, un enfant de 9 ans peut poser deux doigts sous la clavicule et respirer trois fois sans que personne ne le remarque. C’est souvent ce petit geste qu’il garde des années plus tard.
Et pour les adolescents, la question de l’image compte. Tapoter son visage devant les autres paraît ridicule à 14 ans. On propose donc des versions silencieuses, ou la technique qui consiste à imaginer chaque point en répétant la phrase dans sa tête, avant un examen ou un match. Un adolescent qui choisit lui-même sa version a beaucoup plus de chances de s’en servir.
Quand l’EFT ne suffit-elle pas, et qui consulter ?
Dès que la difficulté dure, s’aggrave ou change le comportement de l’enfant. Un enfant qui ne dort plus depuis des semaines, qui refuse d’aller à l’école, qui a des maux de ventre répétés, qui mange beaucoup moins, qui s’isole ou régresse brusquement se montre au pédiatre ou au médecin traitant. Ces signes peuvent avoir une cause médicale, ou révéler une souffrance qui demande un psychologue ou un pédopsychiatre.
⚠️ Précaution : Si vous suspectez qu’un enfant subit du harcèlement, des violences ou de la maltraitance, l’EFT n’est pas la réponse. Parlez-en au médecin, et appelez le 119, Allô Enfance en danger, gratuit et joignable jour et nuit. Des idées noires chez un adolescent : le 3114.
Pour un vécu traumatique, un accident, une agression, un deuil brutal, l’accompagnement se construit avec des professionnels formés à l’enfance. Notre article sur l’EMDR pour les enfants détaille ce qui se fait dans ces situations, et l’hypnose pour enfant présente une autre approche douce, avec ses propres précautions.
Quel est le rôle du parent, et comment respecter le consentement de l’enfant ?
Le parent est d’abord un modèle. Un enfant qui voit sa mère tapoter pour se calmer avant un appel difficile comprend plus vite qu’avec toutes les explications. Ensuite, le parent peut guider des rondes courtes à la maison, sur des peurs du quotidien. Il n’est pas le praticien de son enfant pour des sujets lourds, et il n’a pas à l’être.
Le consentement de l’enfant compte autant que l’accord des parents. Un enfant peut refuser qu’on le touche, refuser de parler, refuser de continuer. On respecte ce refus, on propose qu’il tapote lui-même, ou sa peluche, ou on arrête. Notre manuel évoque aussi le surrogate tapping, où l’adulte tapote sur lui-même en pensant à un tout-petit qui ne peut pas suivre les consignes ; il précise honnêtement que ses effets sont difficiles à mesurer scientifiquement. C’est surtout, à mon sens, une façon pour le parent de s’apaiser lui-même.
- Demander à l’enfant s’il veut essayer, et accepter un non.
- Proposer qu’il tapote lui-même, ou sur son doudou.
- Garder des séances courtes, qui s’arrêtent avant la lassitude.
- Ne jamais utiliser l’EFT comme une punition ou une obligation après une colère.
Comment se passe une séance d’EFT avec un praticien pour un enfant ?
Un premier temps avec les parents, pour comprendre la demande et vérifier qu’un avis médical a été pris si nécessaire. Puis un temps avec l’enfant, plus court qu’avec un adulte, souvent 30 à 45 minutes, où le praticien apprend les points par le jeu, utilise le dessin, et laisse l’enfant repartir avec un petit rituel à refaire. Les parents sont informés de ce qui a été travaillé, dans le respect de ce que l’enfant souhaite garder pour lui, surtout à l’adolescence.
Côté recherche, les travaux sur l’EFT chez l’enfant restent rares et de petite taille. Une étude pilote de Gaesser et Karan, publiée en 2017, a comparé l’EFT et une thérapie cognitive et comportementale chez des adolescents anxieux, avec des résultats encourageants pour les deux approches. C’est un début, pas une preuve.
« Mon fils de 7 ans avait peur de dormir seul depuis le déménagement. La praticienne lui a fait dessiner sa peur, puis tapoter sur son lapin en peluche. Le soir, c’est lui qui me demandait de faire la ronde du lapin. Ça n’a pas tout réglé en un jour, mais il a eu un outil à lui. »
Céline, 39 ans, infirmière scolaire, Angers
Comment se former pour accompagner les enfants avec l’EFT ?
En commençant par les bases, puis en se spécialisant. Dans notre formation EFT en présentiel (6 jours, 98 heures, 2 500 €, hors CPF), la Picture Tapping Technique, les techniques discrètes et les adaptations de langage sont pratiquées en binôme. L’accompagnement des enfants fait ensuite partie des spécialisations que nos praticiens développent, avec l’exigence de travailler en lien avec les pédiatres et les psychologues. Pour le coucher, notre article EFT pour dormir propose une ronde du soir, et la ronde EFT pas à pas détaille la version adulte.
Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.
FAQ 
À partir de quel âge un enfant peut-il faire de l’EFT ?
Il n’existe pas d’âge minimum officiel. Dès 3 ou 4 ans, le parent peut tapoter l’enfant ou sa peluche avec des mots très simples. Vers 7 ou 8 ans, l’enfant tapote lui-même et peut évaluer son émotion avec les mains ou un chiffre.
Comment expliquer l’EFT à un enfant ?
Avec des mots concrets : « On va tapoter doucement sur ton visage pour aider ta peur à devenir plus petite. » On peut montrer sur soi ou sur une peluche avant de proposer à l’enfant. L’important est qu’il ait envie d’essayer et qu’il puisse dire non.
Combien de temps doit durer une ronde d’EFT pour un enfant ?
Chez les petits, 2 à 3 minutes suffisent, avec trois ou quatre points. Entre 7 et 10 ans, environ 5 minutes. On s’arrête toujours avant que l’enfant se lasse, pour qu’il garde un bon souvenir de l’exercice.
L’EFT peut-elle aider un enfant anxieux à l’école ?
Elle peut aider sur une appréhension ponctuelle, comme un contrôle, une récitation ou une rentrée. Si l’anxiété dure, s’accompagne de maux de ventre répétés ou d’un refus d’aller à l’école, il faut consulter le pédiatre ou le médecin traitant. L’EFT peut alors accompagner le suivi proposé, sans le remplacer.
Un parent peut-il faire de l’EFT à son enfant ?
Oui, pour des difficultés du quotidien et sous une forme courte et ludique. Le parent reste un modèle et un guide, pas le praticien de son enfant pour des sujets lourds. Pour un événement grave ou une souffrance qui dure, un professionnel doit prendre le relais.
Que faire si l’enfant ne veut pas qu’on le touche ?
On respecte son refus. On peut lui proposer de tapoter lui-même, de tapoter sa peluche, ou simplement de poser un doigt sur les points. S’il refuse tout, on arrête et on propose une autre fois.
L’EFT est-elle adaptée aux adolescents ?
Oui, les adolescents apprennent vite la recette de base et apprécient de disposer d’un outil utilisable seul, par exemple avant un examen. La confidentialité de ce qu’ils expriment compte beaucoup. En cas d’idées noires, de repli important ou de trouble alimentaire, un médecin doit être consulté.
Quand faut-il consulter plutôt que faire de l’EFT à la maison ?
Quand la difficulté dure plusieurs semaines, s’aggrave ou modifie le comportement de l’enfant : sommeil, appétit, isolement, refus scolaire. Également après un événement grave ou en cas de suspicion de violences. Le premier interlocuteur est le pédiatre ou le médecin traitant, et le 119 en cas d’enfant en danger.

Rédigé par
Sarah Rattana
Responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis · Kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR (AHTMA), elle conçoit et supervise le cursus EMDR d’Harmonesis selon l’approche « Sécurité Intégrative ».