Séance d’échange entre patients et thérapeute illustrant la communication-therapeutique

Protocoles avancés en EMDR : floatback, tissage cognitif, CIPOS et scénario du futur expliqués

💡 En bref : les protocoles avancés EMDR adaptent le protocole standard quand il bloque ou va trop vite. Le floatback relie une émotion actuelle à un souvenir plus ancien ; le tissage cognitif relance un retraitement figé par une question brève ; le CIPOS stabilise par de courtes évocations ; le scénario du futur prépare une situation à venir. Chez Harmonesis, ils sont enseignés au niveau 2, à des praticiens déjà formés au protocole standard.

Au quatrième jour, quand le niveau 2 commence, je pose toujours la même question aux stagiaires : qu’avez-vous rencontré en pratique que le protocole standard n’a pas su gérer ? Les réponses arrivent vite. Une consultante qui ne retrouve aucune image. Un souvenir qui tourne en boucle sur « c’est de ma faute ». Quelqu’un qui décroche dès qu’on s’approche de la cible. C’est pour ces moments-là que le niveau 2 existe. Pas pour empiler des techniques : pour choisir la bonne, au bon moment, et savoir s’en passer.

Pourquoi le protocole standard ne suffit-il pas toujours ?

Le protocole standard en huit phases, décrit par Francine Shapiro, suppose trois conditions : un souvenir accessible, une activation tolérable, une cognition négative identifiable. Quand l’une manque, il cale. Le souvenir ne vient pas, ou seulement sous forme d’une émotion sans image. Le retraitement tourne en rond, le SUD reste figé. Ou la personne est trop fragile pour qu’on ouvre quoi que ce soit. Le détail des phases est présenté dans notre article sur le déroulement d’une séance EMDR.

Le manuel EMDR niveau 2 d’Harmonesis résume la philosophie en une phrase : « Ce n’est pas au client de s’adapter au protocole, mais au protocole de s’adapter à la vitesse du client. » Les protocoles avancés sont ces adaptations. Ils ne remplacent pas les huit phases ; ils les rendent possibles, ou permettent de les contourner prudemment quand elles ne le sont pas encore.

Quels sont les principaux protocoles avancés du niveau 2 ?

Notre répertoire du niveau 2 en recense une vingtaine, du protocole 123 à la lettre symbolique. Voici les cinq que je considère comme la colonne vertébrale du module, avec leur usage et leur principal risque.

OutilÀ quoi il sertQuand y penserRisque si mal utilisé
FloatbackRelier une émotion ou une sensation actuelle à une expérience plus ancienneÉmotion vive sans souvenir clair, recherche du souvenir sourceSuggérer un souvenir, activer trop fort sans ressource
Tissage cognitifRelancer un retraitement bloqué par une information minimaleSUD figé, cognition négative rigide malgré les stimulationsInterpréter, faire la leçon, court-circuiter le traitement de la personne
CIPOSStabiliser par de brèves évocations en restant ancré dans le présentFragilité, dissociation, exposition directe prématuréeAllonger trop vite la durée d’évocation
Scénarios du futurPréparer une situation appréhendée, installer une réponse nouvelleAnticipation anxieuse, fin d’un plan de ciblageTravailler le futur alors que le passé reste très actif
Flèche descendanteFaire émerger la croyance racine sous une pensée de surfaceCognition négative introuvable ou trop superficielleDescendre trop profond sans vérifier la stabilité

Notre guide de conduite de séance ajoute une règle que je fais recopier, le principe d’économie : « Ne pas changer de protocole uniquement parce que la séance devient inconfortable. Distinguer un processus actif, un blocage, une dérégulation et une mauvaise indication avant d’intervenir. » Un inconfort n’est pas un blocage. Et un blocage n’appelle pas forcément un nouvel outil.

Qu’est-ce que le floatback, et quand l’utiliser ?

Le floatback part d’un état présent, émotion, sensation ou cognition, et invite la personne à laisser remonter une expérience plus ancienne qui lui ressemble. Le manuel niveau 2 le présente comme la réponse aux moments où « l’émotion est là, vive, oppressante… mais l’image refuse d’émerger ». Il en décrit trois formes.

  • Floatback conversationnel, hors stimulation : « Est-ce que ce sentiment vous est familier dans votre histoire ? » Il sert à préparer des cibles, souvent pendant le plan de ciblage.
  • Floatback avec ancrage négatif, pendant le retraitement : le praticien marque l’état par un ancrage corporel consenti, une main sur l’épaule, puis invite à « remonter le fil du temps ».
  • Floatback avec ressource : on remonte non vers une douleur, mais vers une qualité déjà vécue, courage, clarté, stabilité, pour l’ancrer avant une épreuve.

Les précautions du manuel tiennent en trois lignes : « Ne pas interpréter, juste accueillir. Laisser un silence contenant. Toujours ramener au lieu sûr si aucune image n’apparaît. » J’ajoute une consigne de supervision : ne jamais proposer de contenu. Le praticien demande ce qui vient ; il ne suggère ni une période, ni une personne, ni un événement.

Pourquoi le tissage cognitif est-il une intervention minimale ?

Parce qu’il n’intervient que lorsque le traitement est réellement bloqué, et qu’il apporte le moins possible. En EMDR, c’est le cerveau de la personne qui fait le travail. Le tissage glisse une information adaptative, une question, un rappel du présent, puis s’efface aussitôt derrière une nouvelle série de stimulations. Notre guide le place en sixième position d’une échelle d’intervention en sept temps, après avoir attendu, être revenu à la cible, recentré l’attention, modifié un paramètre des stimulations et clarifié le blocage.

Le manuel niveau 2 le décrit comme « inspiré de l’art du questionnement de Socrate » : il vise « à introduire le doute, non pour contredire, mais pour susciter une prise de conscience autonome ». Les questions restent ouvertes : « Est-ce toujours vrai ? Ou y a-t-il eu des exceptions ? », « Et si c’était votre meilleur ami qui disait cela… que lui répondriez-vous ? », ou, sur la responsabilité, « Qui avait la responsabilité à ce moment-là ? »

⚠️ Précaution : Un tissage n’est pas une interprétation ni une leçon. Notre guide est explicite : il « doit ouvrir une possibilité, puis être immédiatement suivi de SBA pour laisser la personne traiter sa propre réponse ». Un praticien qui explique au consultant ce qu’il devrait comprendre est sorti du cadre de l’EMDR.

À quoi sert le CIPOS dans la stabilisation ?

Le CIPOS, pour Constant Installation of Present Orientation and Safety, est un protocole de stabilisation destiné aux personnes pour qui une exposition directe au souvenir serait prématurée. Son principe, dans les mots de notre manuel : « effleurer brièvement une émotion ou un souvenir, tout en restant solidement ancré dans le présent ». La formule qui clôt le chapitre le résume mieux que tout : « Toucher sans plonger, c’est parfois le premier pas vers l’intégration. »

  1. Préparer : consentement, et vérification du sentiment de sécurité sur une échelle de 0 à 10.
  2. Ancrer dans le présent : respiration, cinq sens, présence du corps, renforcés par des stimulations bilatérales.
  3. Évoquer très brièvement : la personne pense au souvenir 2 à 10 secondes, sans stimulation, puis expire et revient au présent.
  4. Répéter et élargir : trois à six fois, en allongeant la durée jusqu’à 20 secondes si c’est tolérable.
  5. Tester : quand 20 secondes sont supportées, une évocation avec des stimulations légères. Si la double attention tient, un retraitement standard devient envisageable.

Le CIPOS est l’outil phare de la vitesse 2, celle de la stabilisation. Il est particulièrement utile quand la personne a tendance à se dissocier, un sujet que nous détaillons dans dissociation et EMDR.

Comment travaille-t-on le scénario du futur ?

Le scénario du futur est le troisième volet du protocole standard : une fois le passé et les déclencheurs retraités, la personne imagine une situation à venir avec la réponse qu’elle souhaite, et on l’installe par des stimulations. Si une gêne apparaît, elle devient une cible. Au niveau 2, nous allons plus loin avec les scénarios anticipés, pour les personnes prisonnières d’une anticipation anxieuse.

Le protocole 1232123 de notre manuel niveau 2 s’appuie notamment sur la Flashforward Procedure de de Jongh et Hornsveld et sur le Future Template de Shapiro. La personne identifie trois scénarios, catastrophe, intermédiaire, positif, et les fait défiler dans un ordre précis avec des stimulations. Le manuel décrit l’effet recherché : « une acceptation mentale du scénario catastrophe » et « un meilleur accès aux ressources du scénario 3 ». Sa devise : « Quand on apprend à réécrire le pire, on retrouve le pouvoir d’imaginer autre chose. »

Comment choisir le bon outil avec la boîte de vitesses ?

En commençant par la vitesse, pas par la technique. Notre guide de conduite de séance est clair : « Le choix ne dépend pas de la technique la plus séduisante, mais de ce que la personne peut traiter en sécurité aujourd’hui. » La boîte de vitesses thérapeutique de la Sécurité Intégrative range les outils selon l’état de la personne.

  • Vitesse 1, anticiper : ressources, scénarios anticipés, ancrage positif.
  • Vitesse 2, stabiliser : CIPOS, remise à zéro émotionnelle, contenant.
  • Vitesse 3, explorer sans souvenir : S.C.A.R.E., stimulations sur clé floue, floatback.
  • Vitesse 4, apaiser le présent : déclencheurs actuels, douleur aiguë, film intérieur.
  • Vitesse 5, retraiter : protocole standard, avec tissage cognitif si le traitement bloque.

Avant d’utiliser un protocole avancé, le guide pose six questions. Les deux que je trouve décisives : « La personne est-elle dans la bonne vitesse ? », avec l’avertissement qu’« un protocole de vitesse 5 ne doit pas être utilisé pour compenser une fragilité de vitesse 2 » ; et « Quel est mon critère d’arrêt ? », à définir avant de commencer.

Peut-on utiliser ces protocoles seul, sur soi ?

Non. Ce sont des outils de praticien formé, conçus pour un cadre : anamnèse, stabilisation, observation extérieure, possibilité d’arrêter et de clôturer. Un floatback pratiqué seul peut faire remonter un souvenir sans personne pour le contenir. Un tissage n’a pas de sens sans quelqu’un qui observe le blocage. Et le CIPOS repose précisément sur un regard extérieur qui vérifie l’ancrage dans le présent.

Même chose pour les techniques très médiatisées qui circulent en vidéo, comme la Flash technique décrite par Philip Manfield. Elle ne fait pas partie de notre programme de niveau 2, et quel que soit l’outil, la règle Harmonesis reste la même : stabilisation avant retraitement, et au minimum trois rendez-vous avant tout retraitement. Les stimulations elles-mêmes sont expliquées dans notre guide sur les stimulations bilatérales alternées.

« Au niveau 1, je croyais qu’un bon praticien connaissait beaucoup de protocoles. Au niveau 2, j’ai compris qu’un bon praticien savait lequel ne pas utiliser. La première fois que j’ai proposé un CIPOS au lieu d’ouvrir la cible, ma binôme m’a remerciée. »

Mathilde, 45 ans, ancienne DRH, Paris

Comment ces protocoles s’apprennent-ils au niveau 2 ?

Sur trois jours, en pratique, avec un formateur qui circule entre les binômes. Le niveau 2 de notre formation EMDR suit trois temps : adaptation du protocole standard (boîte de vitesses, ABCBABC, scénarios anticipés, floatback avec ressource, CIPOS), traumas implicites et anticipés (S.C.A.R.E., flèche descendante, remise à zéro, tissage cognitif, empreintes précoces, protocole inversé), puis EMDR créatif et protocoles complexes (« Tout ça », douleur aiguë, film intérieur, lettre, restitution symbolique).

Le cursus complet compte 2 niveaux de 3 jours, soit 6 jours en présentiel, et 148 heures avec les 100 heures de mise en situation professionnelle documentées, pour 2 500 €, accessible sans condition de diplôme. L’évaluation continue du niveau 2 repose sur une grille de 100 points, qui regarde autant le choix de l’outil que son exécution. Pour la suite du parcours, voir devenir praticien EMDR.

Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.

Sarah Rattana, responsable pédagogique EMDR

Rédigé par

Sarah Rattana

Responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis · Kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR (AHTMA), elle conçoit et supervise le cursus EMDR d’Harmonesis selon l’approche « Sécurité Intégrative ».