
EMDR pendant la grossesse : est-ce possible, avec quelles précautions ?
Par Sarah Rattana
TEMPS DE LECTURE : 9 minutes
💡 En bref : oui, l’EMDR peut accompagner une femme enceinte : la grossesse n’est pas une contre-indication absolue. Notre manuel de niveau 1 la range parmi les contre-indications relatives, surtout au premier trimestre, où l’on privilégie la relaxation et la stabilisation. Le retraitement d’un souvenir se décide en lien avec la sage-femme ou le médecin, et jamais avant trois rendez-vous de préparation.
La question arrive en supervision au moins une fois par promotion : « Ma consultante m’annonce qu’elle est enceinte, je continue ou j’arrête ? » Ni l’un ni l’autre, en réalité. Je réponds toujours qu’on change de vitesse. La grossesse modifie l’équilibre émotionnel, le sommeil, la fatigue, et parfois réveille des souvenirs qu’on croyait rangés. Elle ne ferme pas la porte à l’EMDR ; elle oblige à regarder plus attentivement ce qu’on ouvre, et quand.
Pourquoi la question de l’EMDR se pose-t-elle pendant une grossesse ?
La question se pose parce que la grossesse fait souvent remonter ce qui n’a pas été digéré. Une femme qui a vécu un premier accouchement difficile redoute le second. Une autre, qui a subi des violences, supporte mal les examens gynécologiques. Une troisième porte le souvenir d’une fausse couche et vit chaque échographie comme une épreuve. Ce sont des demandes réelles, et elles arrivent au moment où la personne se sent le plus vulnérable.
- La peur intense de l’accouchement, parfois appelée tocophobie, avec évitement des rendez-vous ou demande de césarienne par peur.
- Un accouchement précédent vécu comme traumatique, dont les images reviennent à l’approche du terme.
- Une perte antérieure (fausse couche, interruption de grossesse, deuil périnatal) qui colore la grossesse actuelle d’une angoisse diffuse.
- Des violences passées réactivées par le toucher médical, la position allongée ou la perte de contrôle sur son corps.
Ce qui rend la situation délicate, c’est le calendrier. L’enfant arrive à une date fixée par la biologie, pas par le rythme du travail thérapeutique. La tentation, côté consultante comme côté praticien, est de vouloir « régler » la peur avant le terme. C’est précisément le réflexe qu’on apprend à freiner.
Que dit notre manuel de formation sur l’EMDR chez la femme enceinte ?
Notre manuel de niveau 1 classe la grossesse dans les contre-indications relatives, c’est-à-dire les situations qui ne ferment pas l’accès à l’EMDR mais imposent une adaptation. La formulation est précise : au premier trimestre, face à l’anxiété et à la fragilité émotionnelle, il s’agit de « privilégier des techniques de relaxation douces et éviter les protocoles émotionnellement activants ». Autrement dit, on stabilise, on renforce les ressources, on repousse le retraitement d’un souvenir chargé.
Le manuel de niveau 2 aborde la question sous un autre angle, celui du stress pré-traumatique. Parmi les contextes typiques d’anxiété anticipatoire, il cite explicitement la « grossesse avec passif traumatique ». Ce qui est redouté n’a pas encore eu lieu, mais le corps réagit comme si c’était le cas : ruminations, sommeil perturbé, sensation de menace. Ce travail sur l’anticipation, que nous appelons la vitesse 1 dans notre boîte de vitesses thérapeutique, est souvent la porte d’entrée la plus sûre pendant une grossesse.
Quelles adaptations le praticien EMDR met-il en place ?
Le praticien adapte d’abord le rythme et l’intensité, bien avant de toucher au protocole lui-même. Voici ce que nous enseignons à nos stagiaires quand une consultante est enceinte.
- Prévenir la sage-femme ou le médecin qui suit la grossesse, avec l’accord de la consultante, et vérifier qu’aucune complication en cours ne demande de différer.
- Allonger la phase de stabilisation : lieu sûr, contenant, respiration, exercices de régulation que la future mère peut reprendre seule à la maison.
- Raccourcir les séquences actives et privilégier des stimulations bilatérales lentes, souvent tactiles, plus confortables en fin de grossesse.
- Travailler l’anticipation et le présent avant le passé : scénario du futur, déclencheurs actuels, sentiment de contrôle.
- Garder une marge de sécurité en fin de séance pour que la consultante reparte apaisée, orientée, capable de conduire ou de rentrer seule.
⚠️ Précaution : Chez Harmonesis, aucun souvenir n’est retraité avant trois rendez-vous minimum : anamnèse, puis explication et stabilisation, puis phases 3 et 4 si la personne est prête. Pendant une grossesse, cette règle devient un plancher, pas un objectif. Le suivi médical de la grossesse reste prioritaire sur tout le reste.
Quelles précautions selon le trimestre de grossesse ?
Les précautions évoluent au fil des trimestres, parce que l’état physique et émotionnel change. Ce tableau reprend les repères que je donne en formation. Il ne remplace ni l’avis de la sage-femme ni celui de l’obstétricien, qui restent les interlocuteurs de référence.
| Période | Ce qu’on privilégie | Ce qu’on diffère ou surveille |
|---|---|---|
| 1er trimestre | Relaxation douce, lieu sûr, psychoéducation sur le stress | Protocoles émotionnellement activants, retraitement de souvenirs chargés |
| 2e trimestre | Stabilisation approfondie, travail sur l’anticipation, déclencheurs du présent | Retraitement d’un souvenir possible si la personne est stable, avec accord du suivi médical |
| 3e trimestre | Séances plus courtes, SBA lentes et tactiles, scénario du futur autour de la naissance | Ouverture de nouvelles cibles lourdes à l’approche du terme |
| Après la naissance | Reprise du plan de ciblage quand la mère a retrouvé un minimum de sommeil et de disponibilité | Signes de dépression du post-partum, qui relèvent d’abord d’un médecin |
Ce découpage reste indicatif. Une consultante très stable au premier trimestre peut avancer plus vite qu’une autre, fragilisée au deuxième par des nausées persistantes ou un arrêt de travail. Le critère qui compte, c’est l’état du jour : sommeil, niveau d’anxiété, capacité à revenir au calme en fin de séance. En fin de grossesse, je conseille aussi de penser au confort physique, très concret : un fauteuil qui soutient le dos, des pauses pour se lever, une séance plus courte de dix ou quinze minutes. Une consultante qui a mal au dos pendant quarante minutes garde difficilement la double attention que demande l’EMDR.
Quand vaut-il mieux attendre l’après-naissance ?
Il vaut mieux attendre quand la sécurité ne peut pas être garantie pendant et après la séance. Notre guide de conduite de séance parle de « feu orange » : ralentir, stabiliser, demander un avis. Certaines situations passent directement au rouge et imposent d’orienter vers une prise en charge médicale avant toute stimulation bilatérale active.
- Une grossesse à risque, une menace d’accouchement prématuré ou une hospitalisation en cours.
- Des symptômes dépressifs marqués, une perte d’appétit importante ou une insomnie qui s’installe.
- Des réactions dissociatives repérées pendant les séances de préparation.
- Un isolement complet, sans personne de confiance à qui parler entre deux rendez-vous.
- Des idées noires, même passagères : dans ce cas, contactez le 3114, numéro national de prévention du suicide, et votre médecin.
Attendre ne veut pas dire ne rien faire. Les séances de stabilisation peuvent continuer, et le souvenir difficile sera abordé plus tard, dans de meilleures conditions. Si la peur porte sur un accouchement passé, nous avons consacré un article à l’EMDR après un accouchement traumatique.
Comment travailler la peur de l’accouchement sans rouvrir tout le passé ?
La peur de l’accouchement se travaille en priorité par le futur et le présent, pas par le retraitement du passé. Le praticien aide la consultante à construire une représentation de la naissance à venir qu’elle peut tolérer, puis installe des ressources associées : une posture, une respiration, une phrase, une présence rassurante. Les stimulations bilatérales servent ici à renforcer, pas à désensibiliser un souvenir brûlant.
Le repère central, c’est la fenêtre de tolérance. Tant que l’activation reste dans une zone où la consultante peut observer ce qu’elle ressent sans être submergée, le travail avance. Dès qu’elle en sort, on revient au lieu sûr. Nous détaillons ce mécanisme dans notre article sur la fenêtre de tolérance en EMDR. En pratique, c’est souvent ce qui fait la différence entre une séance qui apaise et une séance qui épuise.
Hypnose prénatale ou EMDR : que choisir pendant la grossesse ?
Le choix dépend de la demande. Si la future mère cherche à se préparer, à gérer ses sensations et à vivre la naissance plus sereinement, l’hypnose prénatale est souvent la réponse la plus simple. Nous en détaillons les usages dans notre article sur l’hypnose prénatale. Si la peur est accrochée à un souvenir précis, qui revient en images et en sensations, l’EMDR a davantage de sens, avec les précautions décrites plus haut.
Les deux ne s’opposent pas. Une consultante peut suivre une préparation à la naissance avec sa sage-femme, des séances d’hypnose en fin de grossesse, puis reprendre un travail EMDR après l’accouchement sur un souvenir plus ancien. Ce qui compte, c’est que chaque intervenant sache ce que font les autres. Pour les situations qui demandent de la prudence, notre article sur les indications et contre-indications de l’EMDR donne une vue d’ensemble.
Comment une consultante enceinte a-t-elle vécu cet accompagnement ?
« J’étais venue pour effacer mon premier accouchement avant le deuxième. La praticienne m’a expliqué qu’on ne toucherait pas au souvenir tout de suite. Sur le moment j’étais déçue. Mais les exercices de respiration et le lieu sûr, je les ai utilisés en salle de naissance, et c’est ce qui m’a tenue. »
Élodie, 34 ans, assistante de direction, Bordeaux
Comment nos praticiens apprennent-ils à accompagner une femme enceinte ?
La grossesse n’a pas de protocole à part : c’est une situation qui oblige à maîtriser la stabilisation et le choix du rythme. Dans notre formation EMDR en 6 jours (148 heures avec les 100 heures de mise en situation professionnelle, 2 500 €), les techniques de régulation sont enseignées dès le niveau 1, avant les phases de retraitement. Le niveau 2 ajoute la boîte de vitesses thérapeutique, les scénarios anticipés et le repérage de la dissociation.
Quand j’ai conçu l’approche Sécurité Intégrative, je voulais que nos praticiens sachent dire « pas maintenant » sans abandonner la personne. Une femme enceinte qui arrive avec une peur massive a besoin de quelqu’un qui tient le cadre, qui travaille avec sa sage-femme, et qui garde le retraitement pour le bon moment. Stabilisation avant retraitement : pendant la grossesse, la règle prend tout son sens.
Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.
FAQ 
Peut-on faire de l’EMDR quand on est enceinte ?
Oui, la grossesse n’est pas une contre-indication absolue à l’EMDR. Le manuel de formation Harmonesis la classe parmi les contre-indications relatives, ce qui impose des adaptations. Au premier trimestre, on privilégie la relaxation douce et la stabilisation. Le retraitement d’un souvenir chargé se décide ensuite au cas par cas, en lien avec le suivi médical de la grossesse.
Faut-il prévenir sa sage-femme avant de commencer l’EMDR ?
C’est vivement recommandé. La sage-femme ou le médecin qui suit la grossesse connaît les éventuelles complications et peut signaler une raison de différer. Le praticien EMDR peut, avec votre accord, prendre contact pour coordonner les rôles. Le suivi médical de la grossesse reste toujours prioritaire.
L’EMDR présente-t-elle un risque pour le bébé ?
Aucun mécanisme connu ne relie les stimulations bilatérales à un risque pour le fœtus. La vigilance porte sur l’état émotionnel de la mère : une séance trop activante peut provoquer fatigue, stress ou troubles du sommeil. C’est pourquoi le praticien raccourcit les séquences, privilégie la stabilisation et surveille la fenêtre de tolérance. En cas de doute, l’avis de la sage-femme ou du médecin prime.
Quel type de stimulation bilatérale utiliser en fin de grossesse ?
Les tapotements lents, sur les genoux ou les épaules, sont souvent les plus confortables en fin de grossesse. Les mouvements oculaires restent possibles si la consultante les tolère bien. Les sons alternés au casque sont une autre option. Le praticien teste le canal avec la consultante pendant les séances de préparation.
L’EMDR peut-elle aider la peur de l’accouchement ?
Elle peut accompagner cette peur, en priorité par un travail sur l’anticipation et sur les ressources plutôt que par le retraitement du passé. Le praticien aide la future mère à construire une représentation tolérable de la naissance et installe des appuis qu’elle pourra mobiliser le jour venu. Si la peur est liée à un accouchement précédent traumatique, le retraitement de ce souvenir peut être envisagé avec prudence. La préparation à la naissance avec la sage-femme reste complémentaire.
Combien de séances d’EMDR prévoir pendant une grossesse ?
Il n’existe pas de nombre fixe, car tout dépend de la demande et de la stabilité de la consultante. Chez Harmonesis, trois rendez-vous minimum précèdent toute phase de retraitement : anamnèse, stabilisation, puis évaluation de la cible. Pendant une grossesse, les séances de stabilisation occupent souvent plus de place que d’habitude. Le rythme est en général hebdomadaire, parfois espacé en fin de grossesse.
Quand faut-il attendre la naissance pour retraiter un souvenir ?
Il vaut mieux attendre en cas de grossesse à risque, d’hospitalisation, de symptômes dépressifs marqués, de dissociation ou d’isolement important. Dans ces situations, le travail se limite à la stabilisation et à l’orientation vers les professionnels de santé. Le souvenir sera abordé après la naissance, quand la mère aura retrouvé un minimum de sommeil et de disponibilité. En cas d’idées noires, appelez le 3114 et votre médecin.
Hypnose ou EMDR pendant la grossesse, que choisir ?
L’hypnose prénatale convient bien à une préparation à la naissance et à la gestion des sensations. L’EMDR a davantage de sens quand une peur est accrochée à un souvenir précis qui revient en images ou en sensations. Les deux approches peuvent se succéder, par exemple hypnose en fin de grossesse puis EMDR après l’accouchement. Le plus important est que les intervenants se coordonnent avec le suivi médical.

Rédigé par
Sarah Rattana
Responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis · Kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR (AHTMA), elle conçoit et supervise le cursus EMDR d’Harmonesis selon l’approche « Sécurité Intégrative ».