Femme enceinte pratiquant l’hypnose pour un accouchement naturel et apaisé, accompagnée d’une sage-femme.

EMDR après un accouchement traumatique : reconstruire le souvenir de la naissance

💡 En bref : un accouchement peut être vécu comme traumatique même quand tout s’est « bien passé » sur le plan médical : peur pour sa vie ou celle du bébé, perte de contrôle, urgence. Si les reviviscences, l’évitement ou l’hypervigilance durent plus d’un mois, un avis médical s’impose. L’EMDR peut ensuite accompagner le retraitement du souvenir, après trois rendez-vous minimum de préparation.

En supervision, j’entends souvent la même phrase, rapportée par des praticiens un peu désemparés : « Tout le monde me dit que l’essentiel, c’est que le bébé aille bien. » La consultante le sait. Elle aime son enfant. Et pourtant, la nuit, elle revoit la salle, entend l’alarme du monitoring, sent les mains qui la retiennent. Ce décalage entre ce qu’on attend d’elle et ce qu’elle vit est souvent la partie la plus lourde à porter.

Qu’est-ce qu’un accouchement vécu comme traumatique ?

Un accouchement devient traumatique quand la personne a eu le sentiment d’un danger grave, pour elle ou pour l’enfant, sans pouvoir agir. Le critère est subjectif : deux femmes peuvent vivre la même césarienne en urgence, l’une avec un souvenir difficile mais intégré, l’autre avec des images qui reviennent chaque jour. La méta-analyse de Yildiz, Ayers et Phillips (2017) estime qu’environ 4 % des femmes présentent un stress post-traumatique après l’accouchement, et près de 18,5 % dans les groupes à risque.

  • Une urgence vitale : hémorragie, césarienne décidée en quelques minutes, anesthésie générale.
  • Un bébé emmené en réanimation néonatale, avec des heures sans nouvelles.
  • Le sentiment de ne pas avoir été écoutée, informée ou consultée sur les gestes pratiqués.
  • Une douleur insuffisamment soulagée, vécue comme sans fin, ou une séparation brutale après la naissance.

Le partenaire peut vivre la même scène comme traumatique, depuis une autre place. Il a vu, sans pouvoir rien faire. Nous y revenons plus bas.

Quels signes apparaissent dans les semaines qui suivent ?

Les signes les plus fréquents sont les reviviscences, l’évitement et un état d’alerte permanent. Ils peuvent apparaître dès les premiers jours ou plusieurs semaines plus tard, parfois au moment où la vie reprend un rythme plus calme. Voici les repères que nous transmettons à nos stagiaires, avec la conduite à tenir.

SigneCe que la mère peut décrireQuand en parler
ReviviscencesImages, bruits ou sensations de l’accouchement qui s’imposent, cauchemarsS’ils persistent au-delà de quelques semaines ou empêchent de dormir
ÉvitementRefus de parler de la naissance, de repasser devant la maternité, d’aller au contrôle postnatalDès que l’évitement gêne le suivi médical de la mère ou du bébé
HypervigilanceSursauts, peur constante qu’il arrive quelque chose au bébé, sommeil très légerSi l’état d’alerte ne diminue pas avec le temps
HumeurCulpabilité, colère, sentiment d’être une « mauvaise mère », détachementRapidement : ces signes demandent un avis médical
Idées noiresEnvie de disparaître, pensées de se faire du malImmédiatement : appeler le 3114 et son médecin

Baby blues, dépression du post-partum ou trauma : comment faire la différence ?

La différence tient à la durée, à la nature des symptômes et à leur lien avec la scène de l’accouchement. Le baby blues survient dans les jours qui suivent la naissance, avec des pleurs et une grande sensibilité, et s’estompe en général en une à deux semaines. La dépression du post-partum dure plus longtemps et touche l’humeur de fond : tristesse, perte d’élan, épuisement. L’Enquête nationale périnatale de 2021 relève des symptômes dépressifs chez près d’une femme sur six deux mois après l’accouchement. Le stress post-traumatique, lui, est accroché à la scène : la mère revit, évite, reste en alerte.

Ces trois situations peuvent se mêler, et aucune ne se diagnostique dans un cabinet de praticien EMDR. C’est le rôle de la sage-femme, du médecin traitant, du gynécologue ou du psychiatre. En France, un entretien postnatal précoce est proposé entre la quatrième et la huitième semaine après la naissance : c’est un bon moment pour en parler. L’assurance maladie détaille ce suivi sur ameli.fr.

⚠️ Précaution : L’EMDR accompagne ; elle ne se substitue ni à un diagnostic ni à un traitement médical. Face à une tristesse persistante, un épuisement ou des idées noires après une naissance, le premier interlocuteur est un médecin ou une sage-femme. En cas d’idées suicidaires, le 3114 répond 24 h/24.

Comment l’EMDR aborde-t-elle le souvenir de l’accouchement ?

L’EMDR aborde l’accouchement comme n’importe quel souvenir perturbant, mais avec une préparation renforcée. Chez Harmonesis, le premier rendez-vous est consacré à l’anamnèse, le deuxième à l’explication de la méthode et à la stabilisation. Ce n’est qu’à partir du troisième, si la personne est prête, que l’on évalue la cible : l’image la plus perturbante, la pensée négative qui l’accompagne (« j’ai failli mourir », « je n’ai rien pu faire »), la pensée positive souhaitée, l’émotion, l’intensité sur l’échelle SUD de 0 à 10.

Un accouchement est rarement une image unique. C’est une suite d’heures, avec des moments neutres et des pics. Le manuel EMDR niveau 2 d’Harmonesis propose pour ce type de souvenir le protocole du film intérieur : « on déroule le souvenir scène par scène, à la manière d’un film que l’on peut mettre sur pause, ralentir, ou couper si besoin ». Chaque scène perturbante devient un fragment traitable. C’est la consultante qui décide quand on passe à la suivante.

  1. Installer le lieu sûr et un signal STOP, vérifier qu’ils fonctionnent vraiment.
  2. Visionner le film de l’accouchement depuis un moment neutre, avant les premières contractions, jusqu’à un moment où la mère et l’enfant sont en sécurité.
  3. Arrêter l’image dès qu’un inconfort apparaît et appliquer des stimulations bilatérales sur cette scène figée.
  4. Reprendre le film du début, jusqu’à ce qu’aucune étape ne provoque plus de perturbation, puis installer la pensée positive et faire le scan corporel.

Le corps tient une place particulière dans ce travail. Une cicatrice de césarienne, une douleur au périnée, une sensation d’engourdissement liée à l’anesthésie peuvent rester chargées bien après la cicatrisation. Le scan corporel de la phase 6 les fait souvent apparaître, et elles se retraitent comme n’importe quelle sensation résiduelle. Mais toute douleur physique persistante doit d’abord être examinée par un médecin ou une sage-femme : le praticien EMDR vérifie qu’une cause médicale a été écartée avant d’en faire une cible. La culpabilité, elle, revient fréquemment sous forme de pensée négative : « j’aurais dû tenir », « mon corps m’a trahie ». Le tissage cognitif, enseigné au niveau 2, aide à la dénouer quand le retraitement tourne en boucle.

Et les déclencheurs du quotidien : pleurs, odeur d’hôpital, visite de contrôle ?

Les déclencheurs du présent se travaillent à part, parfois avant même le souvenir source. Un bébé qui pleure d’une certaine façon, le bip d’un appareil, l’odeur du désinfectant au cabinet du pédiatre : ces stimuli réactivent tout le corps. Notre boîte de vitesses thérapeutique appelle cela la vitesse 4, « apaiser le présent » : le travail consiste à « désensibiliser ces stimuli du présent, à rompre les boucles réflexes et à restaurer une sensation de sécurité ».

Vient ensuite le futur. Beaucoup de mères concernées redoutent une nouvelle grossesse, ou le simple fait d’en parler. Le scénario du futur, dernière étape du protocole, permet de s’y projeter avec des ressources. Si une nouvelle grossesse est en cours, les précautions changent : nous les décrivons dans notre article EMDR et grossesse.

Quel rôle pour le partenaire après une naissance difficile ?

Le partenaire a un double rôle : soutenir la mère, et reconnaître ce qu’il a lui-même traversé. Beaucoup de pères ou de co-parents décrivent une impuissance totale, l’impression d’avoir été mis de côté pendant l’urgence, puis l’obligation de « tenir » pendant des semaines. Leur propre souvenir peut justifier un accompagnement, séparé de celui de la mère.

  • Écouter le récit sans le corriger, même s’il ne correspond pas à votre souvenir de la scène.
  • Éviter les phrases qui minimisent : « le principal, c’est que le bébé aille bien ».
  • Prendre le relais la nuit quand c’est possible, car le manque de sommeil aggrave l’hypervigilance.
  • Repérer les signes d’alerte et proposer d’en parler au médecin ou à la sage-femme.

Il arrive aussi que les deux récits divergent. Le partenaire se souvient d’une équipe calme et efficace ; la mère se souvient d’une panique autour d’elle. Les deux souvenirs sont vrais, chacun depuis sa place. En EMDR, on ne cherche pas à établir la version exacte des faits : on travaille la trace que la scène a laissée chez la personne qui consulte. Cette nuance soulage souvent les couples, qui cessent de se disputer sur « ce qui s’est vraiment passé ».

Quand consulter, et qui voir en premier ?

Consultez dès que les signes durent, s’aggravent ou empêchent de vivre normalement. Le parcours commence par un professionnel de santé : sage-femme, médecin traitant, gynécologue, service de PMI ou psychiatre selon la situation. Un praticien EMDR intervient ensuite en complément, une fois la situation médicale évaluée. Le travail sur un choc de ce type ressemble à ce que nous décrivons dans notre article sur l’EMDR après un accident ou un choc, avec la dimension particulière du lien à l’enfant.

« Je n’arrivais plus à passer devant la maternité. En séance, on a découpé la nuit en scènes. La pire, c’était le moment où ils ont emmené ma fille sans rien me dire. On est restées longtemps sur cette image. Aujourd’hui je peux raconter la naissance à ma fille sans que ma gorge se serre. »

Julie, 31 ans, professeure des écoles, Nantes

Pour une future grossesse, la préparation peut aussi passer par l’hypnose : notre article sur l’accouchement serein grâce à l’hypnose en présente les principes.

Comment nos praticiens sont-ils formés à ce type de cible ?

Un accouchement traumatique combine tout ce qui demande de la finesse : un souvenir long, un corps encore marqué, une culpabilité fréquente, un nourrisson à charge. Dans notre formation EMDR certifiante (6 jours, 148 heures dont 100 heures de mise en situation professionnelle, 2 500 €), les stagiaires apprennent au niveau 1 la stabilisation et le protocole standard en 8 phases, puis au niveau 2 le film intérieur, la boîte de vitesses et le repérage de la dissociation.

Je tiens à ce qu’ils sortent avec un réflexe simple : orienter d’abord, stabiliser ensuite, retraiter quand la personne est prête. Stabilisation avant retraitement, trois rendez-vous minimum. Avec une jeune mère épuisée, ce cadre protège autant la consultante que le praticien.

Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.

Sarah Rattana, responsable pédagogique EMDR

Rédigé par

Sarah Rattana

Responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis · Kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR (AHTMA), elle conçoit et supervise le cursus EMDR d’Harmonesis selon l’approche « Sécurité Intégrative ».