séance de psychothérapie où une femme échange avec son psychologue assise sur un canapé.

Faut-il un diplôme pour pratiquer l’EMDR ? Le vrai du faux

« Faut-il être psychologue pour pratiquer l’EMDR ? » « Y a-t-il un diplôme d’État ? » « Est-ce que je peux exercer comme praticien EMDR sans master en psycho ? » Ces questions reviennent dans toutes les journées portes ouvertes des organismes de formation. La réponse courte est non, aucun diplôme n’est légalement requis en France. La réponse longue est plus nuancée — et c’est elle qui compte vraiment pour votre projet professionnel. Cet article fait le tri entre ce que dit la loi, ce qu’imposent certaines instances privées, ce que vous devez démontrer comme compétence, et comment vous positionner crédiblement comme praticien EMDR sans diplôme universitaire.

Le cadre légal en France : aucun diplôme requis

Commençons par le fait juridique brut : la pratique de l’EMDR n’est pas réglementée en France. Aucun titre, aucun diplôme, aucune licence d’État ne sont exigés pour exercer comme praticien EMDR. Vous pouvez vous installer demain en libéral, sous statut de microentreprise, sans avoir suivi un parcours universitaire dans le champ de la santé mentale.

Cette absence de réglementation n’est pas un oubli législatif : c’est le statut commun des approches dites « complémentaires » en France. La sophrologie, l’hypnose, l’EFT, la naturopathie, la kinésiologie partagent cette caractéristique. Seuls les titres de psychologue, psychothérapeute, médecin et infirmier sont protégés. Tout ce qui est en dehors relève de la pratique libre, sous le régime du droit commun (responsabilité civile, devoir d’information, contrat avec le client).

Cela ne veut pas dire qu’on peut faire n’importe quoi. La responsabilité civile professionnelle s’applique : si un consultant subit un préjudice du fait de votre intervention, vous êtes engagé. D’où l’importance d’une formation sérieuse, d’une assurance professionnelle, et d’un cadre déontologique rigoureux. L’absence de diplôme légal ne dispense pas de la rigueur professionnelle.

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L’origine de la confusion : EMDR Europe et EMDR France

D’où vient alors la conviction très répandue qu’il faut un diplôme pour faire de l’EMDR ? De deux instances privées qui ont leurs propres règles internes : EMDR Europe et sa branche française EMDR France.

Ce qu’imposent EMDR France et EMDR Europe

Ces associations professionnelles internationales fixent des prérequis stricts pour leurs propres formations accréditées : être psychologue, psychiatre, médecin, ou détenteur d’un diplôme reconnu en santé mentale. Elles refusent de former d’autres profils. C’est un choix associatif privé, pas une obligation légale française. Les formations qu’elles accréditent sont d’ailleurs excellentes — mais elles ne sont accessibles qu’à une fraction très restreinte de candidats.

Pourquoi cette restriction ?

L’argument historique : l’EMDR ayant été développée par Francine Shapiro pour des contextes cliniques de prise en charge du TSPT (stress post-traumatique), ces instances considèrent qu’elle doit rester réservée à des professionnels du soin psychique. C’est un point de vue défendable. Mais il néglige le fait que l’EMDR, dans un cadre d’accompagnement émotionnel non médical, peut être pratiquée utilement par d’autres profils, dès lors qu’ils respectent leur périmètre d’intervention et orientent vers un médecin ou un psychiatre quand la situation l’exige.

Qui peut concrètement se former à l’EMDR ?

En dehors des formations EMDR France/Europe, le marché français propose plusieurs cursus EMDR certifiés Qualiopi et accessibles à des profils variés. Voici les profils qui se forment majoritairement.

  • Praticiens en hypnose, sophrologues, naturopathes qui veulent enrichir leur palette d’outils émotionnels.
  • Coachs certifiés (coaching pro, life coaching, coaching de transition) qui souhaitent ajouter une dimension de retraitement émotionnel.
  • Infirmiers, sages-femmes, kinésithérapeutes qui veulent compléter leur exercice par une approche d’accompagnement.
  • Travailleurs sociaux et éducateurs qui interviennent auprès de publics fragilisés.
  • Personnes en reconversion totale, sans bagage initial dans l’accompagnement, mais avec un projet professionnel clair et un travail personnel solide.

Pour un panorama complet du métier, voir notre article Devenir praticien EMDR : parcours, prérequis et débouchés.

Les compétences qui valent plus qu’un diplôme

Si l’absence de diplôme n’est pas un obstacle légal, qu’est-ce qui fait alors un bon praticien EMDR ? Voici les 5 compétences qui comptent vraiment, classées par ordre d’importance.

1. La maîtrise du protocole en 8 phases

Connaître les 8 phases du protocole standard EMDR sur le bout des doigts, savoir les exécuter sans hésitation, anticiper les transitions. Cela ne s’apprend qu’en formation présentielle, par la pratique répétée en binôme. Un master en psycho ne donne pas cette compétence ; une formation EMDR sérieuse de 6 mois la donne.

2. La capacité d’écoute clinique

Savoir entendre ce que le consultant dit, ce qu’il ne dit pas, ce qui se passe dans son corps pendant la séance. Cette compétence se cultive par l’expérience, le travail personnel, la supervision. Un diplôme ne la garantit pas — beaucoup de psychologues sortent diplômés sans avoir développé cette qualité, et beaucoup de praticiens sans diplôme l’ont par tempérament et par travail sur soi.

3. La conscience de son périmètre d’intervention

Savoir ce qu’on peut faire et ce qu’on ne peut pas faire. Savoir orienter vers un médecin ou un psychiatre quand la situation dépasse ses compétences. Cette lucidité est centrale. Beaucoup de plaintes contre des praticiens du bien-être viennent du non-respect de ce périmètre — pas de l’absence de diplôme.

4. Une supervision continue

Un praticien EMDR sérieux est supervisé. Toujours. Les 6 à 12 premiers mois sont les plus délicats, mais la supervision continue toute la carrière professionnelle, avec un superviseur expérimenté ou un groupe de pairs. C’est cette supervision continue qui sécurise la pratique sur la durée.

5. Un travail personnel

Avoir soi-même fait un travail thérapeutique sur ses propres vécus émotionnels difficiles. C’est l’une des conditions tacites mais essentielles du métier. Comment accompagner quelqu’un dans son trauma si on n’a jamais fait le sien ? Beaucoup d’organismes sérieux exigent une attestation de travail personnel comme prérequis ou condition de certification.

Comment se positionner crédiblement comme praticien EMDR sans diplôme universitaire

L’enjeu n’est pas légal, il est commercial et déontologique. Voici comment construire une crédibilité solide auprès de vos futurs consultants et de votre réseau professionnel.

Soyez transparent sur votre formation

Affichez clairement, sur votre site et vos supports, votre parcours : formation EMDR (organisme, durée, certification Qualiopi), supervision continue, formations complémentaires éventuelles, travail personnel. Ne masquez pas l’absence de diplôme universitaire — assumez-la et expliquez votre légitimité par la formation suivie. Les consultants attendent de la clarté, pas du bluff.

Adoptez le bon vocabulaire

N’utilisez pas les termes « thérapeute », « psychothérapeute » ou « psychologue » — ce sont des titres protégés que vous ne pouvez pas porter sans le diplôme correspondant. Utilisez « praticien EMDR », « praticien en accompagnement émotionnel », « spécialiste EMDR ». Précisez systématiquement que votre intervention relève du bien-être et complète, sans s’y substituer, un suivi médical ou psychologique.

Construisez un réseau d’orientation

Créez des liens avec 2-3 médecins traitants, 1-2 psychiatres, 1-2 psychologues cliniciens dans votre zone. Vers eux vous orienterez les situations qui dépassent votre périmètre. Cette pratique d’orientation est l’un des marqueurs les plus solides de sérieux professionnel — bien plus qu’un diplôme.

Souscrivez une assurance professionnelle

Une responsabilité civile professionnelle spécifique aux métiers du bien-être (compter 150 à 400 € par an) couvre les éventuels préjudices subis par un consultant du fait de votre intervention. Mentionnez-la sur votre site, c’est un signal de sérieux que beaucoup de consultants vérifient.

Et le CPF, dans tout ça ?

Une question qui revient souvent : « Si la formation EMDR n’a pas de diplôme RNCP, peut-elle être financée par le CPF ? » La réponse est en deux temps. Le CPF ne finance que les formations RNCP ou RS. Comme aucune formation EMDR ne dispose d’un titre RNCP en France, l’accès direct au CPF est impossible. Mais des financements alternatifs existent — France Travail, OPCO, aides régionales — accessibles dès lors que l’organisme est certifié Qualiopi. Pour les détails, voir notre guide : Formation EMDR et CPF : éligibilité et financements 2026.

Le cas Harmonesis : une formation EMDR ouverte sans diplôme requis

La formation EMDR Harmonesis illustre concrètement ce modèle. Elle est :

  • Accessible sans diplôme universitaire prérequis — l’admission se fait sur projet et entretien individuel.
  • Certifiée Qualiopi — gage de qualité pédagogique et accès aux financements alternatifs (France Travail, OPCO).
  • 100 % présentielle sur les phases pratiques, dans plus de 30 villes en France et en Belgique, le week-end.
  • Structurée sur 6 mois avec plus de 100 heures de pratique supervisée et un dispositif de supervision continue post-diplôme.
  • Orientée installation professionnelle avec un volet sur la communication, le réseau, la déontologie.

Pour aller plus loin sur les critères d’évaluation d’une formation : Quelle formation EMDR choisir ? 8 critères pour ne pas se tromper. Sur la modalité présentielle vs en ligne : Formation EMDR en ligne ou présentiel : que choisir vraiment ? Et pour situer l’EMDR : notre lexique.

Cadre juridique précis : ce que disent vraiment les textes

Pour clarifier définitivement la question légale, voici un point précis sur les textes français qui encadrent (ou n’encadrent pas) la pratique de l’EMDR.

Le titre de psychothérapeute : protégé depuis 2010

La loi HPST de 2009 et son décret d’application de 2010 ont protégé l’usage du titre de « psychothérapeute » en France. Pour porter ce titre, il faut être inscrit au Registre national des psychothérapeutes (ARS), ce qui suppose un diplôme de niveau master en psychologie ou médecine, plus une formation complémentaire de 400h en psychopathologie clinique, plus une pratique professionnelle supervisée. Si vous n’avez pas ce parcours, vous ne pouvez pas vous présenter comme « psychothérapeute » — c’est une infraction pénale.

Conséquence pour la pratique EMDR : n’utilisez jamais le terme « psychothérapie EMDR » ou « psychothérapeute EMDR » sans le titre correspondant. Préférez « praticien EMDR », « accompagnement EMDR », « séance EMDR » — termes neutres et juridiquement sûrs.

Le titre de psychologue : protégé depuis 1985

La loi du 25 juillet 1985 protège le titre de psychologue : il faut un master 2 en psychologie pour le porter, et l’inscription au répertoire ADELI. Même règle : sans le diplôme, vous ne pouvez pas vous appeler psychologue. Donc pas de « psychologue spécialisé EMDR » si vous n’avez pas le master 2.

Les pratiques non réglementées : le régime du droit commun

Le code de la santé publique ne mentionne pas l’EMDR. Aucun article ne réglemente cette pratique, aucun diplôme spécifique n’est exigé. Vous tombez donc dans le régime du droit commun : liberté d’exercice (article 4 de la Déclaration des droits de l’homme), sous trois contraintes principales :

  • Devoir d’information : vous devez informer clairement votre consultant sur la nature de votre intervention, son périmètre, ses limites.
  • Responsabilité civile : vous êtes responsable des dommages éventuels causés par votre intervention. D’où l’importance d’une assurance professionnelle.
  • Interdiction de l’exercice illégal de la médecine (article L4161-1 du Code de la santé publique) : vous ne pouvez pas poser de diagnostic médical, ni prescrire, ni laisser entendre que vous traitez une pathologie médicale.

Cette dernière contrainte est centrale. Ne dites jamais : « je traite la dépression », « je guéris l’anxiété », « je soigne le TSPT ». Dites plutôt : « j’accompagne les personnes qui souhaitent travailler sur des blocages émotionnels liés à des événements passés ». La nuance n’est pas anecdotique : la première formulation peut vous valoir des poursuites pour exercice illégal de la médecine, la seconde est juridiquement sûre.

Cas particulier : les professions de santé qui ajoutent l’EMDR

Si vous êtes infirmier·ère, sage-femme, kinésithérapeute, psychomotricien·ne ou autre professionnel de santé inscrit à un Ordre, vous restez soumis aux règles déontologiques de votre profession. Vérifiez auprès de votre Ordre avant d’intégrer l’EMDR à votre exercice : certaines pratiques peuvent nécessiter une déclaration ou une distinction claire entre vos actes professionnels classiques et vos séances EMDR (généralement sous statut séparé : microentreprise dédiée).

Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.

Sarah Rattana, responsable pédagogique EMDR

Rédigé par

Sarah Rattana

Responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis · Kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR (AHTMA), elle conçoit et supervise le cursus EMDR d’Harmonesis selon l’approche « Sécurité Intégrative ».