homme qui mange beaucoup

EFT, perte de poids et compulsions alimentaires : ce que le tapping change vraiment

💡 En bref : l’EFT ne fait pas maigrir. Elle peut aider à faire baisser l’envie impulsive de manger, mesurée de 0 à 10, et à travailler l’émotion qui la déclenche : ennui, colère, solitude. Des essais menés en Australie par Peta Stapleton et son équipe rapportent une baisse des fringales. La perte de poids, elle, se construit avec un médecin ou un diététicien.

Je le dis d’emblée aux personnes qui arrivent en formation avec l’idée d’accompagner la perte de poids : si vous promettez des kilos en moins, vous vous trompez de métier. En revanche, ce qui se passe entre 16 h et 17 h devant un placard, ou à 22 h devant le frigo, c’est un terrain où l’EFT a quelque chose à dire. Voici ce que nous enseignons, et ce que nous refusons d’enseigner.

L’EFT peut-elle faire maigrir ?

Non, pas directement. Tapoter sur des points ne brûle pas de calories et ne modifie pas le métabolisme. Le poids dépend de l’alimentation, de l’activité, du sommeil, de facteurs hormonaux, génétiques et médicamenteux que seul un médecin peut évaluer. Un article ou une praticienne qui annonce « perdez 5 kilos avec le tapping » vous vend quelque chose que la méthode ne fait pas.

Ce que l’EFT peut faire, c’est agir sur un maillon précis de la chaîne : le moment où l’envie de manger ne vient pas de la faim mais d’une émotion. Si ces moments se raréfient, l’alimentation change, et parfois le poids avec. Mais c’est une conséquence possible, jamais une promesse. Nous travaillons l’envie, pas la balance.

⚠️ Précaution : Avant tout projet de perte de poids, un bilan chez le médecin traitant s’impose : une prise de poids peut avoir une cause médicale, et un régime mal conduit a ses propres risques.

Qu’est-ce qu’une envie impulsive, et pourquoi l’EFT s’y intéresse ?

L’envie impulsive, ou fringale émotionnelle, arrive vite, vise un aliment précis, et laisse souvent une culpabilité derrière elle. La faim physique, elle, monte progressivement et se contente de ce qui est disponible. Faire la différence est déjà un premier pas, et c’est exactement le genre de précision que demande l’EFT.

Notre manuel de formation module 1 consacre une étape entière aux « déclencheurs actuels », définis comme des situations ou des interactions qui ravivent des émotions négatives. Il propose cinq questions : dans quelles situations le problème se manifeste, quelle émotion ou pensée survient juste avant, quelles personnes ou quels lieux le déclenchent, à quelle fréquence, et quelles sensations physiques l’annoncent. Appliquées à la fringale, ces cinq questions font souvent apparaître un motif en une semaine.

EnvieÉmotion souvent derrièrePhrase de préparation possible
Sucré en rentrant du travailÉpuisement, besoin de récompense« Même si j’ai besoin de ce chocolat pour tenir après cette journée, je m’accepte totalement »
Grignotage devant la télévisionEnnui, solitude du soir« Même si je mange pour remplir ce vide de la soirée, je m’aime et je m’accepte »
Chips après une disputeColère ravalée« Même si j’avale cette colère avec ce paquet de chips, je m’accepte profondément »
Tout le paquet de biscuitsAnxiété, sentiment de perte de contrôle« Même si j’ai peur de ne pas pouvoir m’arrêter, je m’aime et je m’accepte »
Pain et fromage la nuitInsomnie, inquiétude« Même si je me lève manger parce que je n’arrive pas à dormir, je m’accepte »

Comment faire baisser une envie impulsive avec l’EFT, en 5 étapes ?

Le protocole que nous utilisons en pratique est une adaptation directe de la recette de base et du travail sur les déclencheurs de notre module 1. Il se fait au moment où l’envie est là, idéalement avec l’aliment sous les yeux, et prend cinq à dix minutes.

  1. Évaluer l’envie : regardez ou sentez l’aliment et notez l’intensité de l’envie de 0 à 10.
  2. Identifier le déclencheur : que s’est-il passé juste avant ? Quelle émotion, quelle pensée, quelle sensation dans le corps ?
  3. Formuler la phrase de préparation et la dire trois fois sur le point karaté : « Même si j’ai cette envie de chocolat qui me serre l’estomac, je m’aime et je m’accepte totalement. »
  4. Tapoter la séquence des points avec une phrase de rappel (« cette envie de chocolat »), puis réévaluer, et recommencer tant que le chiffre baisse.
  5. Chercher l’émotion derrière l’envie quand le chiffre stagne, et la tapoter à son tour ; terminer si besoin par une ronde de choix : « Je choisis de m’accorder une vraie pause à la place. »

L’étape 5 compte plus qu’on ne le croit. Notre manuel propose une question très simple quand une émotion résiste : « Si une autre émotion était cachée derrière celle-ci, laquelle serait-ce ? » Derrière l’envie de sucre, on trouve souvent autre chose que le sucre.

✅ Le bon réflexe : Le but n’est pas de s’interdire l’aliment. Si l’envie tombe à 2 et que vous mangez deux carrés de chocolat en les savourant, la ronde a rempli son rôle : vous avez choisi, au lieu de subir.

Pourquoi une partie de soi résiste-t-elle au changement ?

Parce que manger apporte quelque chose, même quand on le regrette ensuite. Notre manuel parle de bénéfices secondaires : certains problèmes procurent des avantages inconscients, qu’il faut explorer sans jugement. Manger peut calmer, consoler, occuper, créer un moment à soi dans une journée qui n’en laisse aucun. Retirer ce geste sans rien mettre à la place, c’est souvent préparer la prochaine compulsion.

La technique du conflit, que le manuel attribue à Carol Look, se prête bien à ces ambivalences. On laisse parler les deux voix dans la même phrase : « Même si une partie de moi veut finir ce paquet, et qu’une autre veut arrêter, je m’aime et je m’accepte profondément. » Puis on alterne les deux voix d’un point à l’autre. C’est souvent là que la personne entend, pour la première fois, ce que la voix « qui veut manger » essaie de protéger.

Il y a aussi ce qui vient après. La culpabilité qui suit une compulsion est souvent le déclencheur de la suivante : je m’en veux, je me sens nulle, et pour ne plus sentir ça, je mange. Tapoter sur la culpabilité elle-même casse parfois la boucle mieux qu’un travail sur l’envie. « Même si je m’en veux d’avoir fini ce paquet, et que je me trouve sans volonté, je m’aime et je m’accepte profondément. » La phrase paraît étrange la première fois. C’est justement l’acceptation qui manque à ce moment-là.

Comment l’EFT s’articule-t-elle avec un suivi médical ou diététique ?

En se plaçant à côté, jamais au centre. Le médecin évalue la santé et les causes possibles d’une prise de poids ; le diététicien construit une alimentation réaliste ; le psychologue ou le psychiatre prend en charge un trouble installé. L’EFT peut compléter ce dispositif sur un point précis : donner à la personne un outil pour traverser les moments où l’envie la submerge, entre deux rendez-vous.

Concrètement, je conseille aux praticiens de demander dès la première séance si un suivi existe, et d’en tenir compte. Une personne suivie pour un régime prescrit ne doit pas recevoir de consignes alimentaires contradictoires de la part de son praticien EFT. Et si aucun suivi n’existe alors que la souffrance est réelle, la première recommandation n’est pas une ronde : c’est un rendez-vous chez le médecin traitant.

Que montrent les études sur l’EFT et les fringales ?

Le sujet a été étudié surtout par l’équipe de la psychologue australienne Peta Stapleton. Un essai contrôlé randomisé publié en 2011 dans la revue Behaviour Change (Stapleton, Sheldon, Porter et Whitty) a suivi 96 adultes en surpoids ou obèses après un programme de quatre semaines d’EFT, avec une baisse des fringales rapportée et un suivi à six mois. En 2016, un autre essai de la même équipe, publié dans Applied Psychology: Health and Well-Being, a comparé l’EFT à une thérapie cognitive et comportementale et rapporté des résultats du même ordre sur les fringales.

Ces travaux méritent d’être lus avec prudence. Les échantillons restent modestes, les mesures de fringale sont déclaratives, et une large part des études sur l’EFT est menée par des chercheurs engagés dans la méthode. Ils suggèrent un effet sur l’envie, pas une méthode d’amaigrissement. Pour une lecture plus complète des preuves et de leurs limites, voyez notre article EFT : que dit la science ?.

Quand parler d’un trouble alimentaire, et à qui ?

Dès que la relation à la nourriture fait souffrir au-delà d’un grignotage ponctuel. Des épisodes où l’on mange de grandes quantités en un temps court avec un sentiment de perte de contrôle, des vomissements provoqués, l’usage de laxatifs, une restriction sévère, une perte de poids rapide, une pensée envahie par la nourriture et le corps : ces signes relèvent d’un médecin, et souvent d’une équipe spécialisée.

  • Premier interlocuteur : le médecin traitant, qui peut orienter vers un psychiatre, un psychologue ou un centre spécialisé.
  • Pour l’alimentation elle-même : un diététicien ou un médecin nutritionniste.
  • La Haute Autorité de santé a publié des repères de prise en charge de la boulimie et de l’hyperphagie boulimique.
  • L’EFT peut accompagner ce suivi, avec l’accord de l’équipe, jamais le remplacer.

Un praticien EFT formé chez nous apprend à repérer ces signaux et à orienter, avant même de proposer une ronde. C’est une question de sécurité, et d’honnêteté.

« Je mangeais tous les soirs en rentrant, debout dans la cuisine. On a noté les déclencheurs pendant une semaine avec ma praticienne : ce n’était pas la faim, c’était le silence de l’appartement. On a tapoté là-dessus. Je mange toujours le soir, mais assise, et je sais pourquoi. Le suivi avec ma diététicienne continue en parallèle. »

Laure, 52 ans, secrétaire médicale, Lille

EFT ou hypnose pour les compulsions alimentaires ?

Les deux approches se complètent plus qu’elles ne s’opposent. L’EFT travaille l’envie au moment où elle survient et donne un outil utilisable seul, dans la cuisine ou au bureau. L’hypnose travaille davantage les représentations, les ressources et les suggestions, en séance. Notre article hypnose pour maigrir : ce qui marche vraiment fait la même mise au point pour l’hypnose, et hyperphagie et hypnose aborde les crises plus installées.

Comment se former à l’accompagnement des compulsions par l’EFT ?

En apprenant d’abord les bases, parce que tout repose sur elles : cibler, mesurer, formuler, repérer les résistances. Dans notre cursus EFT de 98 heures (6 jours en visio, 50 heures de mise en situation, 700 €, hors CPF), les déclencheurs actuels, la technique du conflit et la technique du choix sont pratiqués en binôme dès le niveau 1. Les addictions et les compulsions font partie des spécialisations que les praticiens développent ensuite, toujours en lien avec les professionnels de santé. Pour revoir la séquence de base, lisez la ronde EFT pas à pas.

Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.

Sarah Rattana, responsable pédagogique EMDR

Rédigé par

Sarah Rattana

Responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis · Kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR (AHTMA), elle conçoit et supervise le cursus EMDR d’Harmonesis selon l’approche « Sécurité Intégrative ».