Kinésiologue et EMDR : pourquoi et comment intégrer l’EMDR dans une pratique de kinésiologie
Par Sarah Rattana
TEMPS DE LECTURE : 8 minutes
💡 En bref : un kinésiologue peut se former à l’EMDR et l’intégrer à son cabinet, à condition de séparer les cadres. La kinésiologie travaille le stress et l’équilibre à l’aide du test musculaire ; l’EMDR retraite un souvenir perturbant précis selon un protocole en 8 phases, mesuré par les échelles SUD et VOC. Chez Harmonesis, la formation dure 6 jours en présentiel (148 heures, 2 500 €), sans condition de diplôme.
Je suis kinésiologue certifiée, et je me suis formée à l’EMDR auprès de l’AHTMA avant de concevoir le cursus EMDR d’Harmonesis. On me demande souvent, en journée portes ouvertes, si c’est « compatible ». La réponse courte est oui. La réponse honnête prend un article entier : les deux pratiques se parlent bien, à condition de ne jamais les fondre l’une dans l’autre.
Pourquoi une kinésiologue se forme-t-elle à l’EMDR ?
Beaucoup de kinésiologues se forment à l’EMDR parce qu’ils rencontrent, en séance, des souvenirs qui demandent un autre outil. Un équilibrage sur le stress d’un examen fait remonter un accident. Un travail sur la confiance ouvre sur une humiliation d’enfance, précise, datée, avec des images. La kinésiologie accueille ce matériel, mais son cadre n’a pas été construit pour retraiter un souvenir traumatique pas à pas, avec une mesure de la perturbation avant et après.
C’est ce qui m’a menée vers l’EMDR : le besoin d’un protocole. J’avais des consultants pour qui l’équilibrage apportait un vrai mieux-être, puis un souvenir revenait intact la semaine suivante. Avec l’EMDR, j’ai trouvé une structure en 8 phases, des échelles chiffrées, une préparation explicite avant de toucher au souvenir, et une façon de vérifier, à la séance suivante, que le changement tient. Je n’ai pas abandonné la kinésiologie pour autant. J’ai appris à savoir quand l’une ou l’autre était la bonne réponse.
Qu’est-ce que la kinésiologie et l’EMDR ont en commun ?
Les deux approches partagent une conviction : le corps garde la trace de ce qui n’a pas été digéré, et il peut aider à le retrouver. Notre manuel de formation EMDR de niveau 1 présente le modèle du traitement adaptatif de l’information en disant que le cerveau humain est doté d’un système inné de traitement des informations, « tout comme le corps possède un système de guérison physique ». Un kinésiologue reconnaît immédiatement cette logique d’autorégulation.
- L’attention au corps : le test musculaire en kinésiologie, le scan corporel en phase 6 de l’EMDR, qui repère toute sensation résiduelle après le retraitement.
- La place du stress : les deux approches partent de ce qui active le système nerveux dans le présent.
- Le travail sur les ressources : en kinésiologie, on renforce l’équilibre ; en EMDR, la phase 2 installe un lieu sûr et des ressources avant tout retraitement.
- La stimulation bilatérale, présente en kinésiologie à travers les mouvements croisés et au cœur de l’EMDR avec les mouvements oculaires, les tapotements ou les sons alternés.
Cette parenté se retrouve ailleurs. Notre programme de formation EFT rappelle que l’EFT puise ses racines dans la médecine chinoise, la kinésiologie et la TFT. Les kinésiologues qui arrivent chez nous ont donc souvent un avantage : ils écoutent déjà le corps, et ils savent observer une réaction fine sans l’interpréter trop vite.
Qu’est-ce qui sépare vraiment la kinésiologie de l’EMDR ?
Ce qui les sépare, c’est la cible, l’outil de mesure et la structure de la séance. La kinésiologie est née dans les années 1960, avec les travaux du chiropracteur George Goodheart, puis s’est diffusée auprès du grand public avec la méthode Touch for Health de John Thie. Elle travaille sur un objectif, un équilibre, un stress, en s’appuyant sur la réponse musculaire. L’EMDR est née en 1987, quand Francine Shapiro a remarqué l’effet des mouvements oculaires sur ses propres pensées perturbantes, et a été formalisée en protocole à partir de 1989. Elle vise un souvenir précis, avec une cognition négative, une émotion et une perturbation chiffrée.
| Repère | Kinésiologie | EMDR |
|---|---|---|
| Origine | Années 1960, George Goodheart, puis Touch for Health (John Thie) | 1987-1989, Francine Shapiro |
| Point de départ | Un objectif, un stress, un déséquilibre | Un souvenir perturbant précis, ou un déclencheur actuel |
| Outil central | Test musculaire | Stimulations bilatérales alternées (oculaires, tactiles, auditives) |
| Ce qu’on mesure | La réponse musculaire | SUD de 0 à 10, VOC de 1 à 7 |
| Structure de séance | Variable selon les branches et les écoles | Protocole standard en 8 phases |
| Cadre de sécurité chez Harmonesis | Orientation vers un médecin dès qu’un symptôme l’impose | Stabilisation avant retraitement, trois rendez-vous minimum avant toute phase 3 |
La différence la plus concrète se voit au deuxième rendez-vous. En kinésiologie, on peut entrer dans le travail dès la première séance. En EMDR, chez Harmonesis, on ne retraite rien avant le troisième : le premier sert à l’anamnèse, le deuxième à l’explication de la méthode et à la stabilisation. Un kinésiologue habitué à « faire » dès le début doit apprivoiser ce temps de préparation. C’est souvent le point qui demande le plus d’ajustement.
Comment articuler les deux dans un même cabinet sans mélanger les cadres ?
On les articule en séparant clairement les séances, les outils et les objectifs. Voici les règles que je me suis fixées, et que je transmets aux kinésiologues qui suivent notre formation.
- Annoncer à l’avance le type de séance : un rendez-vous de kinésiologie ou un rendez-vous d’EMDR, jamais une bascule en cours de route.
- Ne pas utiliser le test musculaire pour choisir la cible EMDR, valider la cognition positive ou remplacer l’échelle SUD : l’EMDR repose sur la mesure subjective de la personne.
- Garder deux trames de dossier distinctes, avec pour l’EMDR le plan de ciblage, les scores et la trace de clôture de chaque séance.
- Si un souvenir traumatique émerge pendant un équilibrage, le noter, stabiliser, et proposer un rendez-vous EMDR dédié plutôt que de l’ouvrir sur-le-champ.
- Appliquer la règle des trois rendez-vous même à un consultant déjà connu en kinésiologie : la confiance acquise ne remplace pas la préparation propre à l’EMDR.
L’organisation du planning suit la même logique. Une séance d’EMDR dure en général 50 à 60 minutes, et un praticien en conduit rarement plus de cinq à sept dans la journée, parce que chaque retraitement demande une attention soutenue. En phase active, le rythme conseillé est d’une séance par semaine, pour laisser au cerveau le temps de poursuivre le tri entre deux rendez-vous. Beaucoup de kinésiologues formés choisissent de réserver certaines demi-journées à l’EMDR. Cela évite d’enchaîner un équilibrage et un retraitement dans la même heure, et cela clarifie les choses pour les consultants, qui savent à quel type de séance ils s’inscrivent.
⚠️ À ne pas confondre : Le test musculaire et l’échelle SUD ne mesurent pas la même chose. En EMDR, c’est la personne qui dit où elle en est, de 0 à 10. Mélanger les deux fragilise le protocole et brouille ce que vous observez.
Que peut apporter la kinésiologie avant ou après un travail EMDR ?
La kinésiologie peut offrir un espace de régulation distinct, sur un autre rendez-vous, pendant un parcours EMDR. Certains consultants apprécient une séance centrée sur l’équilibre général entre deux phases de retraitement. D’autres préfèrent ne suivre qu’une seule approche à la fois, et c’est parfaitement légitime. Je pose toujours la question plutôt que de décider pour eux.
Ce qui ne change pas, c’est que la stabilisation propre à l’EMDR se fait avec les outils de l’EMDR. Notre manuel de niveau 1 précise que la stabilisation comprend une alliance thérapeutique solide, la sécurisation des conditions de vie et « l’activation des ressources personnelles et des compétences de gestion émotionnelle ». Le lieu sûr, le contenant, la respiration : ces ressources doivent être installées et testées dans le cadre EMDR pour servir de filet pendant le retraitement.
Faut-il être psychologue pour ajouter l’EMDR à sa pratique de kinésiologue ?
Non, la formation Harmonesis est accessible sans condition de diplôme, et le praticien EMDR exerce dans le champ de l’accompagnement, pas dans celui des professions de santé réglementées. Cela implique des devoirs précis : ne jamais poser de diagnostic, orienter vers un médecin, un psychiatre ou un psychologue dès qu’un trouble le demande, et ne jamais se présenter comme psychothérapeute. Nous détaillons ces limites dans notre article peut-on pratiquer l’EMDR sans être psychologue, et le parcours selon votre métier d’origine dans EMDR pour infirmier, psychologue ou coach.
Qu’apporte la formation EMDR d’Harmonesis à un kinésiologue ?
Elle apporte un protocole structuré, une pratique supervisée et un cadre de sécurité explicite. Notre formation de praticien EMDR se déroule en deux niveaux de 3 jours, sur 6 mois, avec 48 heures de cours et 100 heures de mise en situation professionnelle documentées, soit 148 heures pour 2 500 €. Le premier niveau pose le modèle TAI, la stabilisation et les 8 phases ; notre programme pédagogique prévoit au troisième jour une « pratique complète du protocole EMDR en binôme, sous supervision ». Le second ajoute la boîte de vitesses thérapeutique, le floatback avec ressource, le protocole CIPOS, le tissage cognitif et le repérage de la dissociation.
Les kinésiologues y trouvent souvent ce qui leur manquait : une manière de nommer précisément une cible, de mesurer, et de savoir quand s’arrêter. Le détail des 8 phases est présenté dans notre guide sur le protocole EMDR de Francine Shapiro. Vous pouvez aussi lire mon parcours sur ma fiche de formatrice.
Comment une kinésiologue a-t-elle vécu la formation ?
« J’avais peur de devoir choisir entre deux pratiques. Le plus dur a été de résister à l’envie de tester le muscle pendant les exercices en binôme. Aujourd’hui mes rendez-vous sont clairement séparés, et mes consultants savent ce qu’ils viennent faire. »
Isabelle, 49 ans, kinésiologue, Toulouse
Ce témoignage résume bien ce que j’observe : l’ajustement demande quelques semaines, puis les deux pratiques trouvent chacune leur place. Stabilisation avant retraitement, trois rendez-vous minimum, et une orientation médicale dès qu’un symptôme l’exige : ce cadre vaut pour tout praticien EMDR, quel que soit son métier d’origine.
Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.
FAQ 
Un kinésiologue peut-il pratiquer l’EMDR ?
Oui, un kinésiologue peut se former à l’EMDR et l’intégrer à son cabinet. La formation Harmonesis est accessible sans condition de diplôme et dure 6 jours en présentiel, pour 148 heures au total. Le praticien EMDR exerce dans le champ de l’accompagnement et oriente vers un professionnel de santé dès qu’un trouble le demande. Il doit séparer clairement ses séances de kinésiologie et d’EMDR.
Peut-on utiliser le test musculaire pendant une séance d’EMDR ?
Ce n’est pas recommandé. L’EMDR repose sur la mesure subjective de la personne, avec l’échelle SUD de 0 à 10 et l’échelle VOC de 1 à 7. Utiliser le test musculaire pour choisir une cible ou valider un score mélange deux cadres et fragilise le protocole. Chaque outil garde sa place dans sa propre séance.
Quelle différence entre kinésiologie et EMDR ?
La kinésiologie travaille un objectif, un stress ou un déséquilibre à l’aide du test musculaire. L’EMDR retraite un souvenir perturbant précis grâce à des stimulations bilatérales, dans un protocole en 8 phases conçu par Francine Shapiro. Les deux accordent une grande place au corps et aux ressources. Leurs outils, leurs mesures et leur structure de séance diffèrent.
Faut-il arrêter la kinésiologie pour se former à l’EMDR ?
Non, beaucoup de praticiens exercent les deux. La condition est de proposer des rendez-vous distincts et d’annoncer à l’avance le type de séance. Un souvenir traumatique qui émerge pendant un équilibrage se note et se travaille ensuite dans un rendez-vous EMDR dédié. Cette séparation protège le consultant comme le praticien.
Combien de temps dure la formation EMDR chez Harmonesis ?
La formation comprend deux niveaux de 3 jours en présentiel, soit 6 jours de cours, sur un cursus de 6 mois. Elle totalise 148 heures : 48 heures de cours et 100 heures de mise en situation professionnelle documentées. Le prix est de 2 500 €, avec un étalement possible. Le certificat de formation EMDR Harmonesis s’obtient après une évaluation continue au niveau 2.
La kinésiologie peut-elle servir de stabilisation avant l’EMDR ?
Une séance de kinésiologie peut offrir un moment de régulation sur un rendez-vous séparé. Elle ne remplace pas la phase de stabilisation propre à l’EMDR. Le lieu sûr, le contenant et les exercices de régulation doivent être installés et testés dans le cadre EMDR. Ce sont eux qui servent de filet de sécurité pendant le retraitement.
Un consultant déjà suivi en kinésiologie peut-il commencer l’EMDR plus vite ?
La confiance déjà acquise aide, mais la règle des trois rendez-vous minimum s’applique quand même chez Harmonesis. Le premier sert à l’anamnèse propre à l’EMDR, le deuxième à l’explication et à la stabilisation. Le retraitement ne commence qu’à partir du troisième, si la personne est prête. Cette préparation est spécifique à l’EMDR et ne se transfère pas d’une autre pratique.
Qui est Sarah Rattana ?
Sarah Rattana est responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis et kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR auprès de l’AHTMA, elle a conçu l’approche Sécurité Intégrative enseignée dans le cursus. Elle rédige les supports de cours et supervise les praticiens. Sa double pratique l’amène à accompagner les kinésiologues qui se forment à l’EMDR.

Rédigé par
Sarah Rattana
Responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis · Kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR (AHTMA), elle conçoit et supervise le cursus EMDR d’Harmonesis selon l’approche « Sécurité Intégrative ».