Guide 12 — Comparaison

Praticien EMDR vs psychologue : ce qui les sépare, ce qui les rapproche.

Quelle différence entre un psychologue qui pratique l’EMDR et un praticien EMDR non-psy ? Statuts, formations, périmètres d’exercice, complémentarité — la comparaison sans ambiguïté pour comprendre qui fait quoi en France.

11 min de lecture Mis à jour le 18 mai 2026 Niveau : tout public
Praticienne EMDR et psychologue collaborant pour un accompagnement complémentaire
Master 2
Diplôme pour titre psychologue
ADELI
Numéro d’enregistrement obligatoire
Aucun
Diplôme d’État praticien EMDR
2
Métiers complémentaires

Confusion fréquente : « praticien EMDR » et « psychologue qui fait de l’EMDR » sont deux métiers différents. Pas opposés, pas concurrents — mais distincts. La loi française ne les confond pas, les fédérations ne les confondent pas, le client ne devrait pas non plus. Voici la comparaison sans flou.

Le cadre légal français

En France, quatre titres sont réglementés et protégés par la loi dans le champ de la santé mentale :

  • Médecin (et a fortiori psychiatre) — Doctorat de médecine, inscription au Conseil de l’Ordre.
  • Psychologue — Master 2 de psychologie, inscription au répertoire ADELI.
  • Psychothérapeute — Conditions de diplôme depuis 2010, inscription au répertoire ADELI.
  • Neuropsychologue — Spécialité du psychologue.

L’usurpation de l’un de ces titres est sanctionnée pénalement (article L4163-1 du Code de la santé publique). En revanche, le titre de « praticien EMDR » n’est pas réglementé. Toute personne formée peut le porter, à condition de ne pas usurper l’un des titres ci-dessus.

Ce qu’est un psychologue

Le psychologue est un professionnel de santé mentale titulaire d’un Master 2 universitaire (Bac+5). Sa formation couvre la psychopathologie, la psychométrie (tests projectifs et de personnalité), les théories psychologiques (psychanalyse, TCC, systémique, etc.), et un stage clinique long (300h minimum). À l’issue, il est habilité à :

  • Poser des diagnostics psychopathologiques (selon le DSM-5 ou la CIM-11).
  • Réaliser des bilans psychométriques (WAIS, WISC, MMPI, etc.).
  • Conduire des psychothérapies.
  • Travailler en structures médicales (hôpital, CMP, CMPP, médico-social).
  • Être conventionné ou non avec la Sécurité sociale (récemment, le dispositif « Mon soutien psy » a élargi l’accès).

S’il se forme à l’EMDR (typiquement via EMDR France / Institut Français d’EMDR, qui exige le titre de psy), il ajoute une compétence à son champ d’exercice existant.

Ce qu’est un praticien EMDR non-psy

Le praticien EMDR non-psy est un accompagnant en relation d’aide spécialisé dans le retraitement des souvenirs émotionnels par la méthode EMDR. Son cadre d’exercice est plus restreint :

  • Il n’établit pas de diagnostic psychopathologique.
  • Il ne se présente pas comme thérapeute au sens médical.
  • Il ne prescrit pas, ne prend pas en charge les troubles psychiatriques sévères.
  • Il accompagne, libère, apaise des souffrances spécifiques sur des terrains stabilisés.
  • Il oriente systématiquement vers le médical lorsque la situation l’exige.

Statut juridique typique : micro-entreprise (BNC), profession libérale non réglementée. Inscription à une fédération (FFMBE, FEDE) recommandée. Pas de conventionnement Sécurité sociale possible.

Comparaison détaillée

Critère
Psychologue + EMDR
Praticien EMDR non-psy
Diplôme requis
Master 2 psychologie (Bac+5) + certification EMDR Europe
Formation EMDR Qualiopi 6 à 12 jours, école ouverte (Harmonesis, etc.)
Diagnostic
Autorisé (DSM-5, CIM-11)
Interdit. Doit orienter
Prise en charge sécu
Conventionné possible, dispositif Mon soutien psy
Aucune. Mutuelles santé partielles possibles
Exercice en structure médicale
Oui (CMP, hôpital, association d’aide aux victimes)
Cabinet libéral exclusivement
Indications EMDR autorisées
Toutes : SSPT, traumas complexes, comorbidités psychiatriques, enfants en cadre médical
Profils stabilisés. Traumas simples, anxiété, phobies, burn-out hors phase aiguë
Tarif moyen séance
60 € à 90 € (conventionné) / 80 € à 130 € (libéral)
60 € à 90 € (province) / 90 € à 130 € (grandes villes)
Fédération de référence
EMDR France / Institut Français d’EMDR
FFMBE, FEDE

Complémentarité dans le soin

Loin d’être concurrents, ces deux métiers se complètent dans l’écosystème du soin psychique. Trois scénarios de coopération.

Le psychologue oriente vers un praticien EMDR

Un psychologue saturé (liste d’attente longue) ou peu formé à l’EMDR peut orienter un client pour un travail ciblé sur un souvenir traumatique. Le client revient ensuite au psychologue pour le suivi global.

Le praticien EMDR oriente vers un psychologue

Quand un client présente une comorbidité dépressive, des idéations suicidaires, ou une dissociation, le praticien EMDR oriente pour un suivi médical avant ou pendant l’accompagnement. Réseau de référents indispensable.

Travail en co-thérapie

Pour les traumas complexes, le client peut bénéficier en parallèle d’un suivi psy (régulation médicamenteuse, soutien hebdo) et de séances EMDR ciblées (toutes les 2-3 semaines). Échanges réguliers entre les deux praticiens, dans le respect du secret professionnel adapté.

Un praticien EMDR responsable ne se substitue pas à un psychologue. Il complète l’écosystème. Le vrai marqueur de professionnalisme, c’est de savoir reconnaître ce qu’on ne peut pas faire — et orienter sans réticence.

Histoire des deux métiers en France

Pour comprendre la distinction actuelle entre psychologue et praticien EMDR non-psy, un détour historique éclaire le paysage.

Le psychologue, une profession récente mais structurée

Le titre de « psychologue » est protégé par la loi française depuis seulement 1985 (loi du 25 juillet). Avant cette date, l’exercice était ouvert. La protection du titre s’est accompagnée de la création de la formation universitaire en 5 ans (DESS puis Master 2), du répertoire ADELI (1998), et plus récemment du code de déontologie de 2012. La profession s’est structurée institutionnellement en 40 ans, mais reste un métier jeune comparé à la médecine.

Les praticiens non-psy : héritage des médecines alternatives

Les praticiens en relation d’aide, hypnopraticiens, énergéticiens et autres accompagnants non-médicaux existent en France depuis bien plus longtemps, structurés par des fédérations privées (SNH Syndicat National des Hypnothérapeutes en 1990, FFMBE en 2004, etc.). Cette tradition est antérieure au monopole psychologique et s’est développée en parallèle, sans entrer en concurrence directe sur les titres protégés.

L’EMDR, un objet qui transcende les deux mondes

Quand l’EMDR arrive en France au début des années 2000, elle s’est diffusée d’abord par EMDR France (créé en 2002, antenne d’EMDR Europe) qui réservait sa certification aux professionnels titulaires d’un diplôme psy. Les premières formations « ouvertes » à des praticiens non-psy apparaissent autour de 2010-2012, en réponse à une demande croissante de praticiens en relation d’aide souhaitant intégrer l’EMDR à leur boîte à outils. Aujourd’hui, les deux écosystèmes coexistent : ~3 000 psychologues certifiés EMDR France, et plusieurs milliers de praticiens non-psy formés par les écoles ouvertes.

Témoignages croisés : un psychologue et un praticien non-psy

Pour donner chair à la distinction, voici deux portraits composites tirés de nos retours diplômés et de psychologues partenaires.

Marie, 41 ans — Psychologue clinicienne certifiée EMDR France

« J’ai exercé 12 ans en CMP avant de me former à l’EMDR en 2019. Aujourd’hui je suis en libéral à mi-temps, conventionnée Mon Soutien Psy. Mes patients viennent avec des diagnostics — TSPT, troubles bipolaires, dépressions sévères avec antécédents traumatiques. L’EMDR est un outil parmi d’autres dans mon cabinet : je l’utilise pour 30 à 40 % de mes patients, en alternance avec de la TCC, de l’analyse de pratique, du travail systémique selon les cas. Ce que je ne pourrais pas faire sans mon Master 2 : les bilans psychométriques, les rapports d’expertise, le travail en équipe pluridisciplinaire à l’hôpital. »

Julien, 38 ans — Praticien EMDR + hypnose en libéral

« J’étais cadre commercial dans le BTP. Reconversion à 35 ans après un burn-out qui m’a fait découvrir l’EMDR en tant que client. Cursus hypnose puis EMDR chez Harmonesis, installation en cabinet 8 mois après. Mon cabinet aujourd’hui : 90 % de clients en thérapie brève — phobies, crises de panique, burn-out en reconstruction, deuils. Je travaille en réseau avec un médecin traitant et une psychiatre référente à qui j’oriente systématiquement quand un client présente des signaux dépassant mon cadre. Mon cabinet est plein depuis 18 mois, je gagne mieux ma vie qu’avant. Ce que je ne fais pas : diagnostics, traumas développementaux complexes, suicidalité active. Et ça me va parfaitement. »

Les deux portraits sont incomplets en isolation, complémentaires en réseau. C’est précisément ce que vise un écosystème thérapeutique sain : diversité de profils, lignes de partage claires, orientations croisées sans rivalité.

Un praticien EMDR non-psy ne « concurrence » pas un psychologue plus qu’un kinésithérapeute « concurrence » un médecin. Ce sont deux métiers distincts qui se rencontrent sur un même outil — et l’usage de cet outil est cadré pour chaque profil par les fédérations et la déontologie.

Quel professionnel pour quel besoin

En tant que client, comment choisir ?

  • Profil à risque psychiatrique (suicidalité, dissociation, dépression sévère, troubles bipolaires, etc.) → psychologue ou psychiatre en première intention.
  • Bilan psychométrique ou diagnostic recherchépsychologue.
  • Trauma simple identifiable (accident, deuil brutal, agression isolée) chez un sujet par ailleurs stable → indifférent ; le praticien EMDR non-psy d’une école sérieuse fait le job, comme un psychologue formé EMDR.
  • Phobie spécifique, anxiété de performancepraticien EMDR ou hypno-praticien, avec un parcours d’investigation préalable rapide.
  • Burn-out en reconstructionidéalement co-suivi médecin traitant + praticien EMDR.
  • Enfant ou adolescentpsychologue, ou praticien spécialisé EMDR enfants, en alliance avec les parents et le pédiatre/pédopsychiatre.

Perspectives : reconnaissance professionnelle des praticiens non-psy

La question de la reconnaissance du métier de praticien EMDR non-psy revient régulièrement dans les débats professionnels. Voici l’état des lieux et les perspectives à moyen terme.

Le débat français

La France est l’un des pays les plus restrictifs d’Europe sur les titres en santé mentale. À l’inverse, l’Allemagne, la Belgique ou la Suisse reconnaissent des statuts intermédiaires (Heilpraktiker, psychopraticien certifié) qui ouvrent l’exercice à des profils non-médicaux. Le métier de praticien EMDR français se construit dans cet espace ouvert mais non protégé : pas de titre RNCP autonome aujourd’hui, mais une régulation effective par les fédérations (FFMBE, FEDE, syndicats).

Le rôle des fédérations

FFMBE et FEDE jouent le rôle de régulateurs de fait : code de déontologie, exigences de formation continue, médiation des conflits, défense du métier auprès des institutions. Affiliation recommandée pour tout praticien exerçant en libéral, à la fois pour la crédibilité professionnelle et pour l’accès facilité aux assureurs RC Pro.

Évolutions à 5-10 ans

Trois scenarii possibles : (1) statu quo réglementaire avec maintien des deux écosystèmes parallèles ; (2) émergence d’un statut intermédiaire de « praticien en relation d’aide » avec inscription à un répertoire national ; (3) durcissement de la réglementation pour resserrer l’exercice autour des seuls professionnels diplômés. Le scénario (1) ou (2) semble le plus probable au regard du contexte politique actuel et du besoin sociétal d’élargir l’offre de soin psychique.

Trois situations légales à connaître

Pour un praticien EMDR non-psy en exercice, trois situations exigent une vigilance particulière au plan juridique.

L’usurpation involontaire de titre

Se présenter comme « thérapeute » sur sa carte de visite, dans le titre d’une fiche Doctolib ou sur un site internet peut être requalifié par un juge en usurpation du titre de psychothérapeute. Préférer « praticien EMDR », « accompagnant en thérapies brèves », « praticien en relation d’aide ».

Le diagnostic posé par erreur

Indiquer dans un compte-rendu que le client présente un « SSPT », un « TAG » ou tout autre diagnostic du DSM-5 est un acte médical réservé. Préférer des formulations descriptives : « le client rapporte des symptômes de type X », « accompagnement pour vécus traumatiques ».

L’absence d’orientation face à un risque

Continuer un suivi EMDR alors qu’un client présente des idéations suicidaires actives ou des signes psychotiques peut engager la responsabilité du praticien en cas de drame. Documenter systématiquement l’orientation vers un cadre médical dans le dossier client.

La conservation des données client

Le RGPD s’applique pleinement. Notes manuscrites stockées en sécurité, fichiers numériques chiffrés, durée de conservation définie (recommandation : 5 ans après la dernière séance), droit d’accès du client à son dossier. Un manquement RGPD peut conduire à des sanctions de la CNIL.

Une RC Pro professionnelle adaptée (à partir de 200 €/an) couvre les principaux risques. L’affiliation à une fédération facilite l’accès à des contrats négociés.

FAQ

Un praticien EMDR non-psy peut-il facturer en libéral ?

Oui. Statut juridique : micro-entreprise (BNC) ou profession libérale non réglementée. Pas de conventionnement Sécurité sociale, mais certaines mutuelles santé prennent en charge 4 à 10 séances/an au titre des « médecines douces ».

Un psychologue peut-il refuser de pratiquer l’EMDR ?

Bien sûr. L’EMDR est une compétence optionnelle parmi d’autres. Tous les psychologues ne s’y forment pas, ce qui explique l’existence en parallèle d’écoles ouvertes formant des praticiens EMDR non-psy : la demande dépasse l’offre psy spécialisée.

Les fédérations psy reconnaissent-elles les praticiens non-psy ?

EMDR France / Institut Français d’EMDR : non, leur certification suppose un diplôme psy préalable. FFMBE, FEDE, syndicats de psychopraticiens : oui, elles structurent l’écosystème des praticiens non-psy. Deux écosystèmes parallèles qui coexistent.

Quel est le risque légal pour un praticien non-psy ?

Aucun s’il respecte trois règles : ne jamais usurper un titre psy, ne jamais poser de diagnostic, orienter face aux situations qui dépassent son cadre. Le délit d’exercice illégal de la psychologie ne sanctionne pas la pratique d’une méthode (EMDR), mais l’usurpation d’un titre protégé.

Faut-il préférer un psychologue par principe ?

Non, pas par principe. C’est le projet thérapeutique qui compte. Pour un trauma simple chez un sujet stable, un praticien EMDR formé sérieusement obtient des résultats équivalents à ceux d’un psychologue EMDR. Pour un trouble psychiatrique, le psychologue ou psychiatre est non négociable.

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