Séance d’échange entre patients et thérapeute illustrant la communication-therapeutique

Formation hypnose pour infirmiers, kinés, sages-femmes, aides-soignants : ce qui change quand on est soignant

💡 En bref : un soignant peut se former à l’hypnose pour deux usages distincts : l’intégrer dans ses soins (communication hypnotique, soins douloureux, préparation à l’accouchement), dans le respect de son champ de compétence, ou ouvrir une activité de séances à part. Le DU universitaire vise surtout le premier usage ; une formation d’école comme celle d’Harmonesis (172 heures, 3 500 € stage Premiers Pas compris) prépare aux deux, sans modifier votre statut professionnel.

Dans nos promotions d’hypnose, il y a presque toujours une infirmière, souvent une sage-femme ou un kinésithérapeute, parfois une aide-soignante de nuit. Ils arrivent avec une question que les autres stagiaires ne se posent pas : « qu’est-ce que j’ai le droit d’en faire, dans mon service ? ». Je trouve cette question saine. Elle mérite une réponse précise, parce qu’un soignant ne pratique pas l’hypnose dans le même cadre qu’un hypnothérapeute en libéral.

Que peut faire un soignant avec l’hypnose dans son exercice ?

Dans son exercice, un soignant utilise surtout l’hypnose comme une façon de communiquer pendant un soin : détourner l’attention, installer un confort, préparer un geste douloureux ou anxiogène. C’est l’usage le plus répandu à l’hôpital. Il ne remplace ni l’antalgie prescrite, ni l’anesthésie, ni la surveillance clinique. Il les accompagne.

  • Infirmier : pose de voie veineuse, pansements complexes, ponctions, soins en pédiatrie, accompagnement de l’anxiété avant un examen.
  • Sage-femme : préparation à la naissance, gestion de l’appréhension, accompagnement du travail en complément de la prise en charge obstétricale.
  • Kinésithérapeute : rééducation douloureuse, mobilisation après chirurgie, travail sur l’appréhension du mouvement.
  • Aide-soignant : communication apaisante pendant la toilette, les transferts ou les changes, en lien avec l’équipe infirmière et selon l’organisation du service.

Le rapport d’évaluation de l’Inserm publié en 2015 (Gueguen et al.) a relevé un intérêt de l’hypnose en anesthésie, notamment pour réduire la consommation de sédatifs et d’antalgiques lors de certaines interventions, tout en soulignant la nécessité d’études complémentaires. Vous trouverez les publications de l’institut sur le site de l’Inserm. Et c’est cette base qui explique la place prise par l’hypnose dans les services de soins.

⚠️ Précaution : Dans l’exercice de soin, l’hypnose se pratique à l’intérieur de votre champ de compétence, avec le consentement du patient et l’accord de votre établissement. Elle ne vous autorise pas un acte que votre diplôme ne vous autorise pas.

Et en dehors de son exercice : peut-on ouvrir une activité de séances ?

Oui, mais c’est une autre activité, avec un autre cadre. Un kinésithérapeute ou une infirmière qui reçoit des consultants pour des séances d’hypnose sur le sommeil, le tabac ou la confiance en soi n’exerce plus un acte de soin remboursé. Il accompagne, comme n’importe quel hypnothérapeute, et doit le dire clairement à la personne.

Trois points à clarifier avant de commencer : informer le consultant que la séance n’est pas prise en charge par l’Assurance maladie, séparer les deux activités sur le plan administratif et comptable, et vérifier auprès de votre ordre professionnel les règles qui encadrent la mention de pratiques complémentaires. Beaucoup de soignants choisissent de réserver l’hypnose à des créneaux dédiés, pour que la frontière reste lisible pour tout le monde.

Pensez aussi à l’assurance. La responsabilité civile professionnelle qui couvre vos actes de soin ne couvre pas forcément une activité de séances d’hypnose. Posez la question par écrit à votre assureur, en décrivant précisément l’activité envisagée, et gardez sa réponse. C’est une démarche de dix minutes qui évite de mauvaises surprises le jour où un consultant se plaint.

DU d’hypnose ou formation en école : quelle différence pour un soignant ?

Le DU forme à l’hypnose dans un contexte de soin, avec un public exclusivement soignant. La formation en école forme à la conduite complète d’une séance et à l’installation, avec un public mixte. Les deux sont légitimes. Le choix dépend de ce que vous voulez en faire.

CritèreDiplôme universitaireFormation HarmonesisFormation courte en établissement
AccèsGénéralement réservé aux professionnels de santé, sur dossierSans prérequis de diplômePersonnels de l’établissement
VolumeSouvent 100 à 150 heures sur une année universitaire172 heures : 72 h de cours sur 11 jours + 100 h de mise en situationQuelques jours de sensibilisation
Coût indicatifSouvent 1 500 à 3 000 € selon l’université3 500 € (500 € + 3 000 €), étalement possiblePris en charge par l’employeur
OrientationHypnoanalgésie, soins, anesthésieSéance complète, outils de transformation, douleur, enfants, installationCommunication hypnotique pendant les soins
Ce que cela permetIntégrer l’hypnose à son exercice de santéUtiliser l’hypnose dans ses soins ou ouvrir une activité de séancesAdapter sa communication au quotidien

Aucune de ces trois voies ne délivre un titre protégé d’hypnothérapeute, qui n’existe pas. Le DU est un diplôme d’université, propre à chaque établissement. Nous détaillons ses conditions d’accès dans notre article sur le DU d’hypnose.

Que dit le programme Harmonesis sur la douleur et les usages médicaux ?

Le module Praticien consacre sa première journée à la douleur et aux usages médicaux. Notre programme pédagogique la décrit en trois objectifs : « mettre en œuvre l’hypnose pour la gestion de la douleur », « découvrir les usages médicaux de l’hypnose en milieu hospitalier ou libéral », et « simuler des séances médicales en respectant les règles éthiques spécifiques ». Les soignants de la promotion y apportent souvent des situations vécues, ce qui enrichit la pratique de tous.

Notre guide pratique pour praticiens détaille ensuite des fiches comme le contrôle de la douleur ou le gant anesthésique. Ses consignes sont nettes : « vérifier au préalable qu’aucune cause médicale urgente n’est à écarter », « préciser que l’hypnose ne remplace pas l’évaluation ni le traitement médical », « ne pas promettre la disparition de la douleur ». Pour le gant anesthésique, la préparation à certains soins est citée « lorsque la technique est utilisée dans le champ de compétence du praticien ». Cette précision parle directement aux soignants.

Le manuel Premiers Pas rappelle aussi une limite : les applications médicales de l’hypnose, comme l’anesthésie ou la chirurgie dentaire, « requièrent une formation spécifique et sont réservées aux professions médicales habilitées ». Un stagiaire non soignant n’en sort pas autorisé à la pratiquer. Un soignant, lui, l’utilisera dans le cadre fixé par son établissement et son équipe médicale.

Comment en parler à son employeur ou à son cadre de santé ?

En présentant un projet de service, pas une envie personnelle. Un cadre de santé accepte plus facilement une pratique qui s’inscrit dans un protocole, avec une traçabilité et un bénéfice attendu pour les patients.

  1. Identifier un soin précis où l’anxiété ou la douleur procédurale pose problème dans le service.
  2. Proposer un cadre : information du patient, consentement oral tracé, transmission dans le dossier de soins.
  3. Chercher un appui médical, souvent l’équipe douleur ou l’anesthésiste référent quand il existe.
  4. Demander une prise en charge de la formation au titre du plan de développement des compétences.

Côté financement, les établissements publics passent souvent par l’ANFH, les établissements privés par l’OPCO Santé, et les soignants libéraux peuvent solliciter le FIF PL. Notre page financement récapitule ces interlocuteurs.

✅ Le bon réflexe : Commencez par un seul type de soin pendant trois mois, puis faites le bilan avec l’équipe. Une pratique introduite pas à pas s’installe plus durablement qu’un changement généralisé.

Quelles erreurs font les soignants qui débutent en hypnose ?

Les soignants progressent vite, mais je retrouve souvent les mêmes écueils les premières semaines. Ils tiennent moins à la technique qu’aux habitudes du métier, et ils se corrigent bien quand on les nomme.

  • Expliquer le soin pendant l’induction. Le réflexe d’informer est précieux avant le geste, mais pendant la transe il ramène l’attention vers la douleur ou l’inquiétude.
  • Utiliser des négations. « Ça ne va pas faire mal » installe le mot « mal ». En formation, nous privilégions des formulations positives et permissives, orientées vers le confort.
  • Vouloir tout faire en même temps. Mieux vaut une communication hypnotique simple pendant trois minutes qu’une induction longue interrompue par un appel de chambre.
  • Oublier la clôture. Même après un soin court, le patient a besoin d’un retour clair au présent avant de se lever ou d’être transféré.

Ces points se travaillent en pratique supervisée, pas en théorie. C’est l’un des bénéfices des promotions mixtes : un stagiaire non soignant, dans le rôle du sujet, repère immédiatement le moment où l’infirmière repasse en mode « explication ».

Pourquoi la pratique en binôme reste-t-elle le cœur de la formation, même pour un soignant ?

Parce qu’être à l’aise avec un patient ne veut pas dire être à l’aise avec la transe. Je le constate à chaque session : les soignants ont un vrai sens de l’observation clinique, mais ils ont appris à parler vite, à expliquer, à rassurer par l’information. L’hypnose demande de ralentir, de laisser des silences et de proposer plutôt que d’expliquer. Ce changement de posture ne s’apprend pas dans un livre.

Chez Harmonesis, l’après-midi est consacré à la pratique en binôme, sous le regard du formateur, avec 10 stagiaires en moyenne par session. Le manuel Technicien d’Harmonesis insiste sur ce passage de la suggestion directe, qui cadre, à la suggestion indirecte, qui « contourne les résistances et ouvre l’exploration ». Un soignant qui passe du « ne bougez pas, ça ne fait pas mal » à « vous pouvez laisser ce bras se reposer pendant que vous pensez à autre chose » a changé sa pratique en profondeur.

« Je suis infirmière en pédiatrie depuis quinze ans. J’ai commencé par les poses de perfusion, avec l’accord de ma cadre. Les enfants choisissent maintenant leur “voyage” avant le soin, et l’équipe m’a demandé de partager ce que j’ai appris. »

Céline, 42 ans, infirmière en pédiatrie, Bordeaux

Quelle formation choisir selon votre projet ?

Si votre seul objectif est d’utiliser l’hypnose pendant vos soins, à l’hôpital, un DU ou une formation proposée par votre établissement peut suffire. Si vous voulez aussi conduire des séances complètes, travailler le sommeil, l’anxiété ou les habitudes, ou préparer une activité en libéral, notre formation d’hypnothérapeute en 6 mois vous donne la pratique et le module d’installation. Elle est accessible à tous, hors CPF, et se déroule à raison d’un cours de 3 jours par mois, souvent compatible avec des plannings en roulement.

Pour aller plus loin, lisez notre article sur l’hypnose médicale et, si vous hésitez avec une autre approche, notre comparatif EMDR pour infirmier, psychologue ou coach.

Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.

Sarah Rattana, responsable pédagogique EMDR

Rédigé par

Sarah Rattana

Responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis · Kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR (AHTMA), elle conçoit et supervise le cursus EMDR d’Harmonesis selon l’approche « Sécurité Intégrative ».