séance de psychothérapie où une femme échange avec son psychologue assise sur un canapé.

Contre-indications de l’hypnose : troubles psychiatriques, épilepsie, médicaments, ce que le praticien vérifie

💡 En bref : l’hypnose est contre-indiquée en cas de trouble psychotique (schizophrénie, épisode délirant) ou de trouble bipolaire non stabilisé, et demande un avis médical en cas d’épilepsie, de dissociation sévère ou de dépression sévère. Elle n’interagit pas chimiquement avec les médicaments, mais se coordonne avec le médecin. Avant toute séance, le praticien passe en revue un questionnaire de santé et oriente quand la demande dépasse son champ.

J’ai relu bien des fois la rubrique « santé et précautions » du questionnaire que nos stagiaires font remplir au premier rendez-vous. Cinq questions et deux lignes de coordonnées, pas davantage. Elles paraissent simples, mais chacune correspond à une situation où l’hypnose demande de s’arrêter, de ralentir ou de se coordonner avec un médecin. Cet article les reprend une à une, sur un ton volontairement prudent : il ne pose aucun diagnostic et ne tient pas lieu d’avis médical.

Quelles sont les contre-indications de l’hypnose ?

On distingue les contre-indications absolues, où l’hypnose n’est pas proposée, et les contre-indications relatives, où elle reste possible sous conditions : avis médical, stabilisation, adaptation des techniques. Le tableau reprend les situations enseignées à nos stagiaires. Seul un médecin est habilité à évaluer un état de santé.

SituationTypePourquoiConduite du praticien
Trouble psychotique (schizophrénie, paranoïa, épisode délirant)AbsolueL’état hypnotique peut aggraver les symptômesAucune séance ; orientation vers le psychiatre
Trouble bipolaire non stabiliséAbsolue pendant un épisodeRisque de déstabilisation en phase maniaque ou dépressiveAucune séance ; plus tard éventuellement, avec l’accord du psychiatre
Mineur sans accord des responsables légauxAbsolueLe cadre exige l’accord des adultes responsablesAucune séance sans cet accord
ÉpilepsieRelativePrudence tant que le médecin ne s’est pas prononcéAvis du neurologue ; inductions douces
Dissociation sévère, trauma complexeRelativeLa transe peut accentuer la déconnexionProfessionnel formé au trauma ; stabilisation d’abord
Dépression sévère, idées noiresRelativeLa prise en charge médicale passe en premierOrientation immédiate ; 3114 si idées suicidaires
Douleur sans cause identifiéeRelativeRisque de masquer un signal médicalVérification médicale avant tout travail sur la douleur

La première ligne vient directement de notre manuel Premiers Pas : « L’hypnose n’est pas adaptée aux troubles psychotiques (schizophrénie, paranoïa…) car le subconscient peut être difficilement accessible et l’état hypnotique pourrait aggraver les symptômes. » La dernière, de notre guide pratique, qui demande de « vérifier qu’une cause médicale urgente a été écartée avant un travail de modulation hypnotique ».

Pourquoi l’hypnose est-elle déconseillée en cas de psychose ou de trouble bipolaire ?

Parce que l’hypnose travaille avec l’imaginaire et un état modifié de conscience, et que ces troubles touchent justement la frontière entre ce qui est perçu et ce qui est réel. Une personne qui traverse un épisode délirant n’a pas besoin qu’on ouvre davantage cette porte. Pour le trouble bipolaire, la question est surtout celle de la stabilité : pendant un épisode, toute démarche qui mobilise fortement les émotions est à éviter.

Stabilisé et suivi, le trouble bipolaire ne ferme pas forcément toute possibilité. Certains psychiatres acceptent qu’un patient pratique une relaxation ou une hypnose centrée sur le sommeil ou la gestion du stress. La décision leur appartient, pas au praticien. Un hypnothérapeute formé chez nous s’assure de cet accord et reste dans un travail de ressources, sans régression ni exploration de souvenirs.

⚠️ Précaution : Vous prenez un traitement pour un trouble psychiatrique ? Ne l’interrompez jamais pour « essayer l’hypnose ». Parlez de votre projet au psychiatre qui vous suit : c’est lui qui dira si, et comment, une séance est envisageable.

Hypnose et épilepsie : que faut-il savoir ?

Notre questionnaire de santé pose la question dès sa première ligne : « Êtes-vous sujet(te) à l’épilepsie ? » Une réponse positive ne ferme pas la porte, elle impose une étape : l’avis du neurologue ou du médecin traitant. Par prudence, le praticien écarte alors les techniques de surprise ou de confusion et la respiration accélérée, et privilégie une relaxation progressive. Une épilepsie non stabilisée justifie de reporter toute séance. Les mêmes précautions valent pour l’auto-hypnose pratiquée seul.

Les personnes épileptiques qui consultent le font souvent pour des motifs courants : stress, sommeil, confiance. Le praticien n’a pas à juger du traitement ni de la fréquence des crises ; il vérifie que le médecin est informé, note ses coordonnées et prévoit la conduite à tenir si un malaise survenait pendant la séance : arrêter, sécuriser la position, appeler les secours si nécessaire.

Pourquoi la prudence en cas de dissociation sévère ou de trauma complexe ?

Parce que la transe utilise, en douceur, une capacité que la dissociation pousse à l’extrême : se mettre à distance de ce que l’on vit. Chez une personne qui se « déconnecte » déjà souvent, perd des moments de sa journée ou se sent étrangère à son corps, l’hypnose peut accentuer ce détachement au lieu d’apaiser. Notre guide pratique demande, pour tout travail de mémoire, de « privilégier la sécurité, la ressource et la dissociation lorsque l’intensité augmente » ; cette dissociation-là est un outil choisi et contrôlé, pas un état subi.

Dans ces situations, nos stagiaires apprennent à ne pas ouvrir de souvenir, à s’en tenir à des ressources simples et à orienter vers un professionnel formé au trauma, psychologue ou psychiatre. C’est la logique qu’Harmonesis enseigne aussi en EMDR sous le nom de Sécurité Intégrative : stabilisation avant retraitement, et au minimum trois rendez-vous avant tout travail sur un souvenir difficile.

L’hypnose est-elle compatible avec les médicaments et les antidépresseurs ?

Oui, au sens où l’hypnose n’introduit aucune substance et n’interagit pas chimiquement avec un traitement. Antidépresseurs, anxiolytiques, somnifères, antalgiques : aucun n’est en soi une contre-indication. La vraie question est ailleurs. Un traitement signale une situation de santé que le praticien doit connaître, et parfois un état (somnolence, émotions atténuées) qui modifie la façon dont la personne vit la transe.

  • Signalez tous vos traitements au praticien, même s’ils vous paraissent sans rapport avec votre demande.
  • Ne modifiez jamais un traitement parce qu’une séance s’est bien passée : toute diminution se décide avec le médecin prescripteur.
  • Informez votre médecin de votre démarche, pour qu’il en tienne compte dans le suivi.
  • Refusez toute proposition d’arrêter un traitement au profit de l’hypnose : un praticien sérieux ne la formule jamais.

Notre guide pratique demande au praticien, avant chaque séance : « Y a-t-il un suivi médical ou psychologique à prendre en compte selon le cadre professionnel ? » C’est cette coordination, bien plus que l’abstention, que nous enseignons.

Grossesse, cœur, âge : quelles autres situations signaler ?

Le questionnaire de santé mentionne aussi la grossesse, les troubles cardiaques et le port d’un dispositif médical comme un pacemaker. Ce ne sont pas des contre-indications : l’hypnose est souvent proposée pendant la grossesse pour préparer l’accouchement. Ces informations servent à adapter la séance (position, durée, choix des images) et à éviter une émotion trop intense chez une personne fragile sur le plan cardiaque.

Pour les mineurs, le cadre est clair : notre guide pratique demande de « clarifier le cadre avec l’enfant et les adultes responsables ». Pour les personnes âgées, pas de limite d’âge, mais une attention à la fatigue et à l’orientation au retour. Certaines images se vérifient aussi : notre manuel Niveau 2 rappelle de s’assurer de l’absence de phobie des hauteurs avant la métaphore de la montgolfière.

Que vérifie le praticien lors du premier rendez-vous ?

Bien plus que la demande. L’entretien initial enseigné au stage Premiers Pas suit cinq phases : faire connaissance, comprendre la problématique, déterminer l’objectif, mettre en confiance, définir une stratégie. La sécurité traverse les cinq.

  1. Le questionnaire de santé : épilepsie, grossesse, troubles cardiaques, suivi psychiatrique passé ou actuel, suivi médical en cours, coordonnées du médecin traitant et du psychiatre le cas échéant.
  2. Le champ de compétence : notre guide pose la question en toutes lettres, « le travail envisagé relève-t-il de mon champ de compétence ? »
  3. L’écologie de l’objectif : le changement demandé respecte-t-il les valeurs, la santé et l’équilibre global de la personne ?
  4. Les ressources et le plan de retour : avant d’aborder un souvenir ou une émotion, quelle ressource installer, et comment revenir si l’intensité monte ?

💡 À retenir : Un praticien qui ne pose aucune question de santé avant votre première séance saute une étape essentielle. Vous pouvez tout à fait lui demander pourquoi.

Quand le praticien doit-il orienter vers un médecin ?

Chaque fois que la demande touche une situation de santé qui n’a pas été évaluée, ou qui dépasse l’accompagnement. Nos stagiaires apprennent à orienter sans détour dans les cas suivants : idées noires ou suicidaires (avec le numéro 3114), symptômes psychotiques, douleur nouvelle ou inexpliquée, amaigrissement ou insomnie sévères, souvenir traumatique envahissant, consommation d’alcool ou de substances à risque. Orienter n’est pas renvoyer : on explique, on donne un repère, et l’on reste disponible si le médecin juge ensuite l’hypnose utile en complément. Pour des repères sur la santé mentale et les ressources existantes, le site Psycom est une bonne porte d’entrée.

Quels sont les faux dangers de l’hypnose ?

À côté des vraies contre-indications circulent des peurs sans fondement. On ne reste pas bloqué en transe. On ne perd pas le contrôle : notre pré-talk le résume par « rien ne se fait sans vous… et rien ne se fait contre vous ». On ne livre pas ses secrets malgré soi. Et un souvenir qui émerge sous hypnose n’a pas valeur de preuve : notre guide rappelle qu’« une expérience régressive n’est pas une preuve historique », raison pour laquelle un praticien ne suggère jamais le contenu d’un souvenir. Pour le détail, voyez l’hypnose est-elle dangereuse ? et, pour le cadre hospitalier, l’hypnose médicale.

« Au stage Premiers Pas, on a rempli le questionnaire de santé en binôme. Ma partenaire a hésité sur la ligne du suivi psychiatrique. La formatrice a pris dix minutes pour nous montrer comment accueillir cette réponse sans gêne. C’est la séquence dont je me sers le plus aujourd’hui. »

Émilie, 43 ans, ancienne assistante sociale, Toulouse

Comment ces précautions sont-elles enseignées chez Harmonesis ?

Avant la première induction. Au stage Premiers Pas, les stagiaires découvrent le questionnaire de santé, le pré-talk, les fusibles et la sortie de transe progressive ; aux modules suivants, ils apprennent à adapter chaque outil (régression, travail sur la douleur, métaphores) à ces vigilances. Dans la formation d’hypnothérapeute Harmonesis (172 heures dont 100 heures de mise en situation professionnelle, 3 500 € au total dont 500 € pour le stage Premiers Pas), je veille à ce que chaque stagiaire sache dire calmement : « Ce n’est pas le bon moment pour l’hypnose, voici vers qui aller. »

Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.

Sarah Rattana, responsable pédagogique EMDR

Rédigé par

Sarah Rattana

Responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis · Kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR (AHTMA), elle conçoit et supervise le cursus EMDR d’Harmonesis selon l’approche « Sécurité Intégrative ».