
Auto-hypnose : comment la pratiquer en 5 étapes, avec un exercice de 10 minutes
Par Sarah Rattana
TEMPS DE LECTURE : 9 minutes
💡 En bref : l’auto-hypnose consiste à entrer seul dans un état de transe légère pour travailler une intention simple : détente, sommeil, trac. Elle tient en 5 étapes (préparer, entrer, approfondir, suggérer, revenir) et se pratique 10 à 20 minutes, idéalement chaque jour. Notre manuel de formation le dit sans détour : la profondeur de la transe n’est pas déterminante, la régularité l’est.
À chaque stage Premiers Pas, quelqu’un vient me voir à la pause : « Et tout seul, chez moi, je peux le faire ? » Oui. J’ai même demandé à nos formateurs de faire vivre l’auto-hypnose aux stagiaires avant qu’ils apprennent à la transmettre, parce qu’on explique mal ce qu’on n’a jamais vécu. Voici la méthode que nous utilisons, écrite pour être pratiquée ce soir, et ses limites, dites franchement.
Qu’est-ce que l’auto-hypnose, et qu’est-ce qu’elle n’est pas ?
L’auto-hypnose est un état modifié de conscience que vous induisez vous-même, par la respiration, la focalisation et l’imagination, pour orienter votre attention vers un changement précis. Notre manuel Premiers Pas la présente comme un outil d’autonomie « pour gérer stress, douleur et concentration », dont l’efficacité « croît avec l’entraînement et la régularité ». Ce n’est pas du sommeil : vous entendez les bruits de la rue, vous pouvez ouvrir les yeux quand vous voulez. C’est l’absorption que vous connaissez déjà devant un bon roman ou sur une autoroute monotone, mais cette fois dirigée.
La différence avec la relaxation ? La relaxation s’arrête à la détente. L’auto-hypnose se sert de la détente comme d’une porte d’entrée, puis y dépose une suggestion : une phrase, une image, un geste d’ancrage que vous retrouverez dans la journée. Et la différence avec la méditation tient à l’intention. La méditation observe ce qui est là ; l’auto-hypnose oriente vers ce que vous voulez.
Quelles sont les 5 étapes de l’auto-hypnose ?
Les cinq étapes reprennent la marche à suivre de la fiche « Auto-hypnose » de notre guide pratique pour praticiens, resserrée pour un usage personnel. Chacune a une fonction ; en sauter une, c’est souvent ce qui donne l’impression que « ça ne marche pas ».
| Étape | Ce que vous faites | Durée indicative |
|---|---|---|
| 1. Préparer | Lieu calme, position stable, durée fixée, une seule intention, deux fusibles | 1 minute |
| 2. Entrer | Signal d’entrée (geste, respiration), fixation d’un point ou spirale sensorielle | 2 minutes |
| 3. Approfondir | Compter à rebours, descendre un escalier, laisser le corps s’alourdir | 2 à 3 minutes |
| 4. Suggérer | Souvenir ressource, ancrage, phrase au « tu », positive et au présent | 3 à 10 minutes |
| 5. Revenir | Compter de 1 à 5, bouger doigts et pieds, ouvrir les yeux, noter | 1 à 2 minutes |
Deux détails du manuel Niveau 2 changent tout. D’abord le tutoiement : se parler mentalement en « tu » crée une petite distance, comme si une voix bienveillante vous guidait, et cette dissociation facilite la transe. Ensuite le signal d’entrée, toujours le même (pouce contre index, main posée sur le ventre) : répété chaque jour, il finit par déclencher l’état presque seul.
Comment préparer une séance d’auto-hypnose ?
Choisissez un moment où personne ne vous dérangera pendant un quart d’heure, coupez les notifications, asseyez-vous dans un fauteuil qui soutient la nuque. Puis fixez une intention, une seule, formulée positivement : « me sentir calme avant la réunion de lundi », plutôt que « ne plus stresser ». La fiche de notre guide le résume en quatre mots : « une intention unique et réaliste ».
Reste une étape que les débutants oublient presque toujours : les fusibles. Ce sont deux phrases de protection que vous vous dites avant de commencer. Notre manuel Niveau 2 en propose deux, que je vous conseille de reprendre telles quelles :
- « Si quelqu’un entre, tu reviendras immédiatement ici et maintenant. »
- « Si un souvenir difficile apparaît, tu le verras comme spectateur, sans émotion. »
Un exercice d’auto-hypnose de 10 minutes, pas à pas
Voici l’exercice que je propose aux stagiaires pour leur pratique personnelle entre deux modules. Lisez-le deux fois avant de commencer, ou enregistrez-le d’une voix lente sur votre téléphone. Intention pour une première fois : retrouver un calme utilisable dans la journée.
- Minute 0 à 1. Asseyez-vous, pieds à plat, mains sur les cuisses. Dites-vous : « Pendant dix minutes, tu prends ce temps pour toi. » Puis les deux fusibles.
- Minute 1 à 2. Posez une main sur le ventre et inspirez profondément : c’est votre signal d’entrée. Fixez un point un peu au-dessus de la ligne des yeux. Quand les paupières s’alourdissent, laissez-les se fermer.
- Minute 2 à 3. Spirale sensorielle : nommez intérieurement 3 sons que vous entendez et 3 sensations (le poids des mains, l’air sur la peau, le dossier contre le dos). Puis 2 sons et 2 sensations, puis 1 et 1.
- Minute 3 à 5. Comptez lentement de 10 à 1, un chiffre par expiration : « à chaque chiffre, tu descends un peu plus dans ce calme ». Imaginez un escalier, ou un sentier en pente douce si l’escalier ne vous parle pas.
- Minute 5 à 8. Laissez venir un souvenir où vous étiez calme et en sécurité. Retrouvez ce que vous voyiez, entendiez, ressentiez. Quand la sensation est la plus nette, pressez le pouce contre l’index quelques secondes : c’est votre ancrage.
- Minute 8 à 9. Formulez votre suggestion trois fois, avec de légères variations : « Chaque fois que tu presses ton pouce contre ton index, ce calme revient, facilement. »
- Minute 9 à 10. Comptez de 1 à 5 en reprenant de l’énergie à chaque chiffre, bougez doigts et pieds, inspirez, ouvrez les yeux. Restez assis trente secondes avant de vous lever.
✅ Le bon réflexe : Écrivez trois lignes après chaque pratique : ce qui a aidé, ce qui a gêné, ce que vous changerez demain. C’est la dernière étape de la fiche de notre guide, « noter l’expérience », et c’est elle qui transforme un essai en apprentissage.
Que peut-on travailler seul, et que faut-il confier à un praticien ?
L’auto-hypnose convient aux objectifs simples, actuels et peu chargés émotionnellement. Elle devient inadaptée quand l’objectif touche un souvenir douloureux ou une souffrance installée. La ligne de partage que j’enseigne est concrète : si le sujet vous serre la gorge rien qu’en y pensant, ce n’est pas un travail pour une pratique en solo.
- Seul, sans difficulté : détente quotidienne, préparation d’un examen ou d’une prise de parole, endormissement, concentration, entretien d’une ressource installée en séance.
- Seul, avec un œil sur les résultats : grignotage, procrastination, tensions liées au stress. Si rien ne bouge en un mois, un regard extérieur aide.
- Avec un praticien : phobie intense, souvenir traumatique, deuil récent, habitude addictive installée.
- Avec un médecin d’abord : douleur inexpliquée, insomnie qui dure, humeur très basse, trouble psychiatrique connu. L’auto-hypnose peut ensuite accompagner, jamais se substituer au suivi.
Pour le sommeil, j’ai détaillé un protocole du soir dans l’auto-hypnose pour dormir. Pour le trac, voyez l’hypnose pour la prise de parole en public. Et les situations où il vaut mieux s’abstenir sont listées dans notre article sur les dangers de l’auto-hypnose.
⚠️ Précaution : La pratique en solo est déconseillée en cas de trouble psychotique, d’épilepsie non stabilisée ou de souvenir traumatique jamais accompagné, et jamais au volant. Notre manuel le rappelle : l’auto-hypnose « ne remplace pas un suivi médical si nécessaire ». Si des idées noires apparaissent, appelez le 3114.
Quelles erreurs empêchent l’auto-hypnose de fonctionner ?
En supervision, les mêmes erreurs reviennent chez les stagiaires qui débutent leur pratique personnelle. Aucune n’est grave, toutes se corrigent en une semaine.
| Erreur | Ce qui se passe | Correction |
|---|---|---|
| Chercher une transe profonde | Vous vous observez, donc vous restez en surface | Viser la régularité : une transe légère suffit |
| Suggestion négative (« je ne stresse plus ») | L’esprit retient surtout « stress » | Dire ce que vous voulez : « tu restes calme et clair » |
| Trois objectifs dans la même pratique | Aucun ne s’installe vraiment | Une intention, gardée plusieurs jours de suite |
| Un signal d’entrée différent à chaque fois | Pas d’association, l’entrée reste laborieuse | Toujours le même geste, si possible à la même heure |
| Pratiquer au lit pour travailler un objectif | Vous vous endormez avant la suggestion | Assis pour travailler, allongé seulement pour dormir |
| Sortie trop rapide | Tête lourde, sensation cotonneuse | Compter de 1 à 5, bouger, attendre trente secondes |
La plus fréquente reste la première. Je l’entends chaque mois : « je n’étais pas vraiment en transe ». Notre guide pratique donne aux praticiens une consigne face à cette phrase : « Ne pas discuter de profondeur. » Elle vaut pour vous. Si votre respiration a ralenti et que la minute 8 est arrivée plus vite que prévu, vous y étiez.
Au bout de combien de temps ressent-on quelque chose ?
La détente se sent souvent dès la première pratique ; l’effet de l’ancrage demande plutôt quelques semaines de répétition. C’est ce que je lis dans les carnets des stagiaires : les premiers jours, entrer en transe prend cinq bonnes minutes et l’esprit vagabonde. Après une quinzaine de pratiques, le signal d’entrée suffit presque, et le geste d’ancrage commence à produire quelque chose en pleine journée.
Notre manuel Niveau 2 situe la durée idéale entre 10 et 20 minutes, « quotidienne ou selon le besoin ». Mieux vaut dix minutes chaque jour qu’une heure le dimanche. Et si, après un mois de pratique régulière, rien n’a bougé sur votre objectif, ce n’est pas un échec personnel : l’objectif mérite souvent d’être reformulé, ou travaillé d’abord avec quelqu’un.
Faut-il un enregistrement, une application ou un livre pour apprendre ?
Non, mais ils aident au début. Un enregistrement de votre propre voix a un avantage réel : il reprend vos mots et votre souvenir ressource. Les applications offrent des voix agréables mais des suggestions génériques ; nous en avons passé plusieurs au crible dans notre article sur les applications d’hypnose. Un livre donne la théorie. Il ne vous dira pas que votre voix intérieure accélère à la minute 4.
« Je faisais l’exercice le soir, au lit, et je m’endormais au bout de trois minutes. Ma formatrice m’a simplement dit de m’asseoir. Maintenant je presse mon pouce contre l’index avant d’appeler un client difficile, et je sens mes épaules redescendre. »
Julien, 37 ans, commercial en reconversion, Toulouse
Comment l’auto-hypnose s’enseigne-t-elle dans la formation Harmonesis ?
Elle arrive tôt, en deux temps. Au stage Premiers Pas, les stagiaires vivent leurs premières transes et découvrent qu’il s’agit d’un état qu’ils connaissent déjà. Au deuxième module Technicien, ils apprennent à la transmettre : signal d’entrée, fusibles, autosuggestions, tâche entre deux séances. Notre guide pratique la range parmi les suites à proposer au consultant « lorsque cela a du sens », pour consolider une ressource et renforcer son autonomie.
Dans notre cursus d’hypnothérapeute (stage Premiers Pas de 2 jours puis 3 modules de 3 jours, 172 heures dont 100 heures de mise en situation professionnelle, 3 500 € au total dont 500 € pour le stage Premiers Pas), chaque stagiaire pratique sur lui-même avant de guider un binôme. Vous comprendrez vite pourquoi un consultant « n’y arrive pas » : vous serez passé par là.
Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.
FAQ 
L’auto-hypnose est-elle dangereuse ?
Chez une personne sans trouble psychiatrique, le risque est faible : vous restez conscient et pouvez revenir à tout moment. La pratique en solo est déconseillée en cas de trouble psychotique, d’épilepsie non stabilisée ou de souvenir traumatique non accompagné. On ne la pratique jamais en conduisant. En cas de doute sur votre santé, parlez-en d’abord à votre médecin.
Combien de temps doit durer une séance d’auto-hypnose ?
Entre 10 et 20 minutes, c’est la durée recommandée par le manuel de formation Harmonesis. Une pratique courte et quotidienne installe mieux l’automatisme qu’une longue séance hebdomadaire. Les débutants peuvent commencer par 5 à 10 minutes. Fixez la durée avant de commencer pour ne pas regarder l’heure pendant la transe.
Peut-on rester bloqué en auto-hypnose ?
Non. Au pire, vous vous endormez et vous vous réveillez normalement un peu plus tard. L’état hypnotique est réversible : un bruit, une sonnerie ou simplement votre décision suffisent à revenir. Le fusible « si quelqu’un entre, tu reviendras immédiatement ici et maintenant » renforce encore ce retour.
Faut-il fermer les yeux pour faire de l’auto-hypnose ?
Ce n’est pas obligatoire, même si la plupart des personnes entrent plus facilement en transe les yeux fermés. On peut pratiquer les yeux ouverts en fixant un point ou en nommant ce que l’on voit, entend et ressent. Cette variante rend service au bureau ou dans un train. Choisissez simplement ce qui vous paraît le plus confortable.
Comment savoir si je suis en transe ?
Les signes sont souvent discrets : respiration plus lente, corps plus lourd ou plus léger, sons extérieurs qui s’éloignent. Le manuel Premiers Pas d’Harmonesis cite aussi la perception modifiée du temps parmi les signes rapportés après la transe. Inutile de chercher un état spectaculaire. Une transe légère suffit pour que la suggestion soit utile.
Quelle phrase utiliser comme autosuggestion ?
Une phrase courte, positive, au présent et reliée à une situation concrète. Par exemple : « Quand tu entres en réunion, tu respires lentement et tu restes clair. » Évitez les négations et les formules vagues comme « tout ira bien ». Répétez-la trois fois avec de légères variations juste avant de revenir.
L’auto-hypnose peut-elle se substituer à des séances avec un hypnothérapeute ?
Pour des objectifs simples comme la détente ou la préparation d’un examen, elle peut suffire. Pour une phobie, un deuil ou un souvenir douloureux, un praticien apporte un cadre, une anamnèse et un regard extérieur qu’on ne se donne pas seul. Les deux se combinent bien, et beaucoup d’hypnothérapeutes transmettent un exercice à pratiquer entre deux séances. Pour tout problème de santé, le médecin reste le premier interlocuteur.
Peut-on apprendre l’auto-hypnose à un enfant ?
Oui, sous une forme adaptée : plus courte, plus imagée, souvent racontée comme une histoire ou un jeu. Un enfant entre facilement en transe quand il s’absorbe dans son imaginaire. Un adulte l’accompagne les premières fois et l’objectif reste simple, comme se calmer avant un contrôle. Si une difficulté persiste, un avis médical passe avant tout.

Rédigé par
Sarah Rattana
Responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis · Kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR (AHTMA), elle conçoit et supervise le cursus EMDR d’Harmonesis selon l’approche « Sécurité Intégrative ».