
L’étreinte du papillon (butterfly hug) : la technique d’auto-stimulation bilatérale expliquée
Par Sarah Rattana
TEMPS DE LECTURE : 9 minutes
💡 En bref : l’étreinte du papillon (butterfly hug) est une auto-stimulation bilatérale : bras croisés sur la poitrine, mains posées sous les clavicules, on tapote lentement, en alternance gauche-droite, en respirant calmement. Mise au point par Lucina Artigas auprès d’enfants à Acapulco en 1998, elle sert à s’apaiser ou à renforcer une ressource. Elle ne permet pas de retraiter seul un souvenir traumatique.
Je montre l’étreinte du papillon le premier matin du niveau 1, avant même d’avoir expliqué les huit phases. Une dizaine d’adultes, bras croisés, qui se tapotent les épaules en silence : la première fois, il y a toujours un rire nerveux. Puis le silence change de qualité. C’est le geste le plus simple de toute la formation, et l’un des plus mal compris. On le voit sur les réseaux sociaux présenté comme de « l’EMDR à faire chez soi ». Voici ce qu’il est vraiment, et ce qu’il n’est pas.
D’où vient l’étreinte du papillon ?
L’étreinte du papillon a été mise au point par Lucina Artigas, thérapeute EMDR mexicaine, avec Ignacio Jarero, lors d’interventions menées en 1998 auprès d’enfants d’Acapulco touchés par l’ouragan Pauline. Le problème était très concret : comment offrir des stimulations bilatérales à des dizaines d’enfants à la fois, sans un praticien assis en face de chacun ? La réponse a été de confier le geste à l’enfant lui-même.
Le nom vient de la forme des mains : pouces entrecroisés, les doigts dessinent les ailes d’un papillon posé sur la poitrine. Pour un enfant, c’est une image facile à retenir. Pour un adulte, c’est un geste discret, que l’on peut refaire dans une salle d’attente ou avant une prise de parole. La technique s’est ensuite diffusée dans les interventions de groupe après des catastrophes, puis dans les cabinets.
Pourquoi un geste aussi simple apaise-t-il ? On ne dispose pas d’une explication complète. Nos supports de formation rattachent les stimulations bilatérales au modèle du traitement adaptatif de l’information et à leur effet sur l’attention : suivre un rythme alterné mobilise une partie des ressources mentales et rend un contenu difficile moins envahissant. S’y ajoute un effet plus corporel, que chacun connaît sans théorie : se tenir dans ses propres bras, respirer lentement, sentir un rythme régulier sur la peau. Les enfants le font spontanément quand ils se bercent.
Comment faire l’étreinte du papillon, pas à pas ?
Le geste tient en six temps. Découvrez-le dans un moment calme, comme un exercice de régulation, et pas au cœur d’une crise la première fois.
- S’installer. Assis, pieds à plat au sol, dos soutenu. Les yeux peuvent rester fermés ou mi-clos, le regard posé vers le bas.
- Croiser les bras. Les mains se posent sur le haut de la poitrine, sous les clavicules, ou sur le haut des bras. Les pouces peuvent s’entrecroiser pour dessiner le papillon.
- Tapoter en alternance. Une main, puis l’autre, doucement, comme des ailes qui battent. Le rythme est lent et régulier.
- Respirer. Une respiration ample, par le ventre, sans forcer.
- Observer. Laisser passer pensées, sensations et images sans les retenir, comme des nuages dans le ciel.
- Arrêter. Quand l’apaisement est là, ou au bout d’une à deux minutes : poser les mains, rouvrir les yeux, regarder la pièce.
Notre cahier de pratique, remis aux consultants, le résume en deux lignes dans sa boîte à outils : « Câlin papillon. But : renforcer le calme avec des tapotements alternés. Exercice : croise les bras, tapote doucement les épaules. » La consigne tient volontairement en une phrase. Le geste doit rester accessible quand l’émotion rend impossible de suivre de longues instructions.
Quel rythme et quelle durée choisir ?
Lent, et court. C’est la réponse qui surprend le plus. On imagine qu’une stimulation plus rapide ferait plus d’effet. Pour s’apaiser, c’est l’inverse : un tapotement lent accompagne la respiration et le ralentissement du corps. En cabinet, les séries rapides sont réservées à la désensibilisation, dans un cadre construit. En autonomie, on garde un rythme tranquille, celui avec lequel on bercerait quelqu’un.
Pour la durée, je conseille des séquences d’une à deux minutes, que l’on peut renouveler. Si l’agitation monte au lieu de baisser, on arrête. On pose les pieds au sol, on regarde trois objets dans la pièce, on respire. Et l’on passe à un autre outil, la respiration ou le contenant, plutôt que de tapoter plus fort ou plus longtemps.
⚠️ Précaution : Si les tapotements font remonter un souvenir douloureux, arrêtez. L’étreinte du papillon n’est pas faite pour aller chercher un souvenir, seul, chez soi. Chez Harmonesis, tout travail sur un trauma suit la règle « stabilisation avant retraitement », avec au minimum trois rendez-vous avant tout retraitement.
À quoi sert l’étreinte du papillon, et à quoi ne sert-elle pas ?
Elle sert à deux choses. S’apaiser, d’abord : faire redescendre une anxiété, un stress aigu, une agitation au moment de dormir. Renforcer une ressource, ensuite : pendant qu’on pense à un lieu sûr ou à un souvenir agréable, les tapotements lents aident à ancrer la sensation positive. En séance, elle devient aussi un outil de secours. Le mémento sur la dissociation du manuel EMDR niveau 2 d’Harmonesis cite la « stimulation tactile auto-administrée », sous la forme d’un « tapotement croisé des épaules », pour rétablir une « double attention corporelle ».
Ce qu’elle ne fait pas : retraiter un souvenir traumatique. Le retraitement repose sur tout le reste du protocole, anamnèse, stabilisation, cible précise, cognitions, mesures, et sur un praticien qui observe et peut arrêter. Tapoter en pensant à une agression, seul dans sa cuisine, c’est ouvrir une porte sans personne pour aider à la refermer. Notre manuel niveau 1 range d’ailleurs le butterfly hug parmi les « techniques d’autostimulation » que le praticien introduit en séance, notamment face à un blocage.
- Oui : apaiser un stress, une anxiété passagère, un réveil nocturne agité.
- Oui : ancrer une ressource déjà installée en séance, comme le lieu sûr.
- Non : revisiter seul un souvenir traumatique ou une scène qui fait peur.
- Non : tenir lieu d’accompagnement quand la détresse dure ou s’aggrave.
Quelles sont les 3 façons de faire une stimulation bilatérale ?
L’étreinte du papillon appartient au canal tactile. Notre manuel niveau 1 présente les trois options que le praticien teste avec chaque consultant en phase 2 : « Visuel : suivre le mouvement des doigts ou une lumière. Kinesthésique : tapotements alternés sur les genoux ou les mains. Auditif : sons alternés d’une oreille à l’autre. »
| Canal | Comment | Quand on le préfère |
|---|---|---|
| Visuel | Suivre les doigts du praticien ou une barre lumineuse | Protocole standard, bonne tolérance visuelle |
| Tactile | Tapotements du praticien, boîtiers vibrants, étreinte du papillon | Troubles visuels, enfants, autonomie encadrée |
| Auditif | Sons alternés au casque | Personnes qui préfèrent fermer les yeux, gêne au toucher |
Aucun canal n’est supérieur aux autres pour tout le monde. Notre guide de conduite de séance le dit simplement : « La meilleure modalité n’est pas celle que le praticien préfère, mais celle qui permet à la personne de rester présente, confortable et engagée dans une double attention suffisante. » Les trois canaux sont comparés en détail dans notre guide sur les stimulations bilatérales alternées.
Peut-on utiliser l’étreinte du papillon avec des enfants ?
Oui, et c’est là qu’elle est née. Les enfants retiennent l’image du papillon, aiment le geste et peuvent le reprendre seuls à l’école ou au coucher. On l’introduit comme un jeu, en le faisant avec eux, et on l’associe souvent à une image rassurante ou à un personnage. Avec les tout-petits, un parent peut tapoter doucement les épaules de l’enfant, en alternance, dans un moment calme.
Le cadre reste le même que pour l’adulte : un outil d’apaisement, pas un moyen de faire parler l’enfant d’un événement difficile. Quand un enfant a vécu un choc, c’est un professionnel formé qui décide du rythme, avec l’accord des parents et, si besoin, l’avis du médecin. Notre article sur l’EMDR pour les enfants détaille ces précautions.
Comment l’étreinte du papillon est-elle utilisée en groupe ?
C’est son second terrain d’origine. Après une catastrophe ou un événement qui touche une école entière, des protocoles de groupe s’appuient sur ce geste, parce que chacun peut s’auto-stimuler en même temps sous la conduite d’un ou deux intervenants. Artigas et Jarero ont formalisé un protocole de groupe fondé sur ce principe, dessin et récit à l’appui. Ces interventions sont conduites par des équipes formées, dans un cadre précis.
En formation, nous l’utilisons en groupe de manière plus modeste : en ouverture de journée, ou après une pratique chargée, pour que chacun redescende avant la suite. Dix stagiaires en moyenne par session, dix papillons, deux minutes. C’est aussi une façon de vivre de l’intérieur ce que l’on proposera plus tard aux consultants.
Quelles erreurs fréquentes éviter ?
- Tapoter vite et fort, en pensant qu’un geste plus énergique apaise davantage.
- Garder les yeux fixés sur un écran ou sur les notifications du téléphone pendant l’exercice.
- Essayer pour la première fois au sommet d’une crise, sans avoir jamais pratiqué à froid.
- Prolonger pendant un quart d’heure en espérant aller au fond d’un souvenir : c’est exactement là que le geste change de nature.
La plupart de ces erreurs viennent d’une confusion entre apaiser et traiter. Tant que l’objectif reste de redescendre, le geste est simple et utile. Dès qu’il sert à aller chercher quelque chose de douloureux, il sort de son cadre, et c’est le moment d’en parler à un praticien.
Comment les consultants s’approprient-ils ce geste ?
« Ma praticienne me l’a montré au deuxième rendez-vous. Je trouvais ça un peu enfantin. Maintenant je le fais dans ma voiture, avant d’entrer à l’hôpital où je travaille de nuit. Deux minutes, et j’arrive à la relève plus posée. »
Sophie, 36 ans, aide-soignante, Bordeaux
Comment apprend-on à transmettre l’étreinte du papillon ?
Montrer le geste prend dix minutes. Savoir quand le proposer, quand l’arrêter et quoi faire si un souvenir remonte prend beaucoup plus longtemps. Dans notre formation EMDR en 6 jours (148 heures avec les 100 heures de mise en situation professionnelle, 2 500 €), l’étreinte du papillon est pratiquée dès le niveau 1 avec les autres exercices de stabilisation, puis reprise au niveau 2 dans la gestion de la dissociation et des blocages.
Si vous cherchez des exercices à pratiquer seul, en connaissant leurs limites, notre article peut-on faire de l’EMDR soi-même en présente plusieurs. Et si l’anxiété ou les souvenirs envahissants durent, parlez-en à votre médecin : ces outils accompagnent, ils ne remplacent pas un suivi.
Note : Cette approche s’inscrit dans le cadre du bien-être et ne saurait remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.
FAQ 
Qui a inventé l’étreinte du papillon ?
L’étreinte du papillon a été mise au point par Lucina Artigas, thérapeute EMDR mexicaine, avec Ignacio Jarero. Elle a été utilisée en 1998 à Acapulco, auprès d’enfants touchés par l’ouragan Pauline. L’objectif était de permettre à chaque enfant de s’appliquer lui-même des stimulations bilatérales. Le geste s’est ensuite diffusé dans les interventions de groupe et en cabinet.
L’étreinte du papillon, est-ce de l’EMDR ?
C’est une technique issue de l’EMDR, qui repose sur le même principe de stimulation bilatérale alternée. Pratiquée seule, elle reste un exercice d’apaisement et ne constitue pas une séance d’EMDR. Le retraitement d’un souvenir suppose le protocole complet et un praticien formé. En cabinet, elle peut s’intégrer à la stabilisation ou servir d’outil de secours.
Combien de temps faut-il pratiquer l’étreinte du papillon ?
Une à deux minutes suffisent le plus souvent pour ressentir un apaisement. On peut renouveler la séquence dans la journée si elle fait du bien. Si l’agitation augmente au lieu de diminuer, mieux vaut arrêter et passer à un autre exercice, comme la respiration ou l’ancrage des pieds au sol. Des séquences courtes et régulières valent mieux qu’une longue séance.
Où poser les mains exactement ?
Les bras se croisent sur la poitrine et les mains se posent sous les clavicules, ou sur le haut des bras si c’est plus confortable. Les pouces peuvent s’entrecroiser pour dessiner la forme du papillon. Les tapotements alternent entre la main gauche et la main droite. L’essentiel est que la position reste confortable et que le rythme soit lent.
Peut-on faire l’étreinte du papillon pendant une crise d’angoisse ?
Elle peut aider à redescendre, surtout si elle a déjà été pratiquée à froid et que le geste est familier. On l’associe à une expiration lente et à l’observation de la pièce. Si la crise ne cède pas ou se répète, un avis médical est nécessaire. En cas d’idées noires, le 3114 répond jour et nuit.
L’étreinte du papillon convient-elle aux enfants ?
Oui, elle a même été conçue pour eux. Les enfants retiennent facilement l’image du papillon et peuvent reprendre le geste seuls. Elle s’utilise comme un outil pour se calmer, pas pour faire parler l’enfant d’un événement difficile. Si un enfant a vécu un choc, un professionnel formé et le médecin décident de l’accompagnement avec les parents.
Faut-il penser à quelque chose pendant les tapotements ?
Pour s’apaiser, il suffit de suivre sa respiration et de laisser passer ce qui vient, sans s’y accrocher. Pour renforcer une ressource, on pense à un lieu sûr ou à un souvenir agréable déjà identifié. On évite en revanche de penser volontairement à un souvenir douloureux. Ce travail-là se fait en séance, avec un praticien.
Pourquoi le rythme doit-il être lent ?
Un rythme lent accompagne le ralentissement de la respiration, ce qui favorise l’apaisement. Les stimulations plus rapides sont utilisées en cabinet pendant la désensibilisation, dans un cadre construit et surveillé. Pratiquées seul, elles risquent d’activer des associations plutôt que de calmer. La lenteur est donc une mesure de confort et de prudence.

Rédigé par
Sarah Rattana
Responsable pédagogique EMDR chez Harmonesis · Kinésiologue certifiée. Formée à l’EMDR (AHTMA), elle conçoit et supervise le cursus EMDR d’Harmonesis selon l’approche « Sécurité Intégrative ».